LE CROISSANT
La poterne, dans la muraille, ouvre à l'abord Sa voûte oblique et basse où le pavé résonne, Et l'antique rempart que le créneau couronne Veille toujours à pic sur la plaine et le port.
Le palais du Grand Maître est là, debout encor; Ici les Chevaliers dont l'Ordre l'environne Ont leurs nobles logis qu'un blason écussonne. L'héroïque passé survit en son décor.
Si l'épais bastion que la tour ronde flanque N'a pas, du joug haï, sauvé la cité franque, Rhodes, tu coûtas cher au vainqueur musulman,
Car, autour de tes murs, un vaste cimetière S'incurve encore, comme un funèbre croissant, Où trente mille Turcs ont pourri dans la terre !