JOUR DE VENT
Ce soir, le rude vent qui souffle de la mer Est un passant bourru qui brusquement vous frôle; L'eau du canal s'irrite, et la lagune au môle Pousse son onde forte et son flot plus amer.
Tout gronde, vibre, tremble, en ce fracas de l'air; La masure s'appuie au palais qui l'épaule, Car l'antique Borée, échappé de sa geôle, Gonfle l'Adriatique où le vaisseau se perd.
Jadis, quand l'ouragan hurlait à pleine bouche, Ton Lion, ô Saint-Marc, anxieux et farouche, Interrogeait les flots de son regard d'airain,
Mais qu'importe, aujourd'hui, leur calme ou leur colère, Venise n'attend plus à l'horizon marin Le retour écumeux de ses rouges galères !