LA FLUTE ET LA SOURCE
J'ai retrouvé, ce soir, ma flûte d'autrefois.
Elle est lisse et légère aux mains. Je me revois
Comme jadis, debout et la tige à la bouche,
Le dos contre le tronc d'un pin, près de la source
Dont l'onde, en s'écoulant, guidait mon jeune jeu,
Si bien que ma chanson imitait peu à peu
Son rythme, ses frissons, son murmure, sa voix;
Et mon regard suivait la gamme de mes doigts
Tandis que se mêlaient les bruits, à mon oreille,
D'une feuille, du vent, d'un oiseau, d'une abeille...
Jours heureux ! Mon désir voudrait entendre encore
Votre écho qui sommeille en la flûte sonore :
La voilà. Je l'appuie à ma lèvre; c'est bien
Ainsi... mais où donc est le bruit aérien
De la feuille et l'oiseau et le vent et l'abeille
Et la source qui murmurait à mon oreille?
Où donc est tout cela qui jadis m'inspirait,
Et le pin au tronc rouge, et la verte forêt,
Et les heures d'alors, et moi-même, et pourquoi
M'avoir fait, Dieux cruels, Dieux méchants, Dieux sournc
Qui riez du vain souffle où mon soir s'évertue,
Retrouver le roseau, si la source est perdue?