LE DÉPART
Moi, le maître du champ, du clos et du verger, J'ai vu mûrir le fruit à la branche alourdie Et la grappe charger le cep que son or plie, Et j'ai laissé la porte ouverte à l'étranger!
Que tous entrent ici cueillir et vendanger, Chacun selon sa force et selon son envie; Je pars, et que la mer, au gré du vent, dévie Ma fortune nouvelle et mon vaisseau léger !
Je ne reviendrai plus, vous m'oublierez. L'automne Ramènera le fruit et la grappe. Personne Ne se souviendra plus de celui dont la main
Planta l'arbre docile et la treille certaine,
Et qui changea, reprise à son Dieu souterrain,
La source sans visage en masque de fontaine.