‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 3 sur 168 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

C'est en vain que le Temps a pris mes jeunes Heures,

Une à une, avec lui, Et qu'il s'en est allé tandis que je demeure

Seul et qu'elles ont fui.

Elles furent pourtant ma joie et ma jeunesse.

Tout ce qui a été Ma force, mon espoir, mon amour, mon ivresse,

Mon printemps, mon été !

N'emportent-elles pas en leurs mains étendues Les fleurs de ma saison?

Et les voici qui sont, ô mon cœur, disparues Derrière l'horizon;

Et, là-bas, sur le bord du fleuve taciturne,

Toutes et de retour, Il me semble les voir enguirlander dans l'urne

La cendre de mes jours;

A la stèle, en rêvant, celle-là se repose

Et paraît oublier; L'une d'un doigt léger y suspend une rose,

L'autre y noue un laurier.

Mais que m'importe à moi cette part de moi-même

Que l'on met au tombeau Si je sens, dans l'air âpre et vif que ma bouche aime,

Mon corps toujours nouveau;

Si je me sens renaître au fond du printemps proche

Et de l'été futur, Si la source et la fleur sont encor clans la roche

Ou derrière le mur,

Et si je puis toujours forcer l'Heure nouvelle

A se montrer à moi, Enivrée, amoureuse et douce ainsi que Celle

Qui venait autrefois,

LA SANDALE AILEE 19

Soumise et repoussant le cuir de sa sandale

Du bout de son orteil, Sur la terre docile à son ombre inégale

Danser nue au soleil !

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