LE REFUS
Merci d'avoir franchi le seuil de ma maison
Et de m'être venu rappeler la saison
Que j'oubliais au coin de mon foyer en cendre.
C'est vrai : La sève vive enfle l'écorce tendre
Et l'éternel printemps, une nouvelle fois,
Réveille le jardin et reverdit le bois !
Voici rire la source et chanter la fontaine
Et c'est vers la clarté que ton geste m'entraîne..
Mais, non ! reprends ta route et ne t'arrête pas
Ici. Mon pas pesant serait trop vite las
Et mon talon trop lourd laisserait en arrière
Mon effort de s'unir à ta marche légère,
Et je ferais du bruit en buttant aux cailloux,
Et la Nymphe en riant s'enfuirait devant nous
Et, de sa course, hélas ! par l'écho prévenue,
Nous ne verrions tous deux que son épaule nue,
Tandis que toi, tu peux la surprendre et, d'un bond, La saisir, frissonnante et fraîche. Ainsi va donc Seul dans le clair printemps qui t'appelle, et me laisse Suivre d'un long regard attendri ma jeunesse Qui ressemblait jadis à la tienne et va-t'en, Loin du seuil où tu vins saluer en passant, Par ce matin d'avril, celui qui fut toi-même Autrefois, et qui te remercie et qui t'aime Et souhaite à ta lèvre habile aux chants nouveaux Une flûte coupée au plus vert des roseaux.