‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 32 sur 168 · LE REFUS · texte numérisé non relu

LE REFUS

Merci d'avoir franchi le seuil de ma maison

Et de m'être venu rappeler la saison

Que j'oubliais au coin de mon foyer en cendre.

C'est vrai : La sève vive enfle l'écorce tendre

Et l'éternel printemps, une nouvelle fois,

Réveille le jardin et reverdit le bois !

Voici rire la source et chanter la fontaine

Et c'est vers la clarté que ton geste m'entraîne..

Mais, non ! reprends ta route et ne t'arrête pas

Ici. Mon pas pesant serait trop vite las

Et mon talon trop lourd laisserait en arrière

Mon effort de s'unir à ta marche légère,

Et je ferais du bruit en buttant aux cailloux,

Et la Nymphe en riant s'enfuirait devant nous

Et, de sa course, hélas ! par l'écho prévenue,

Nous ne verrions tous deux que son épaule nue,

Tandis que toi, tu peux la surprendre et, d'un bond, La saisir, frissonnante et fraîche. Ainsi va donc Seul dans le clair printemps qui t'appelle, et me laisse Suivre d'un long regard attendri ma jeunesse Qui ressemblait jadis à la tienne et va-t'en, Loin du seuil où tu vins saluer en passant, Par ce matin d'avril, celui qui fut toi-même Autrefois, et qui te remercie et qui t'aime Et souhaite à ta lèvre habile aux chants nouveaux Une flûte coupée au plus vert des roseaux.

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