LA FORÊT
Héroïque forêt de légende et de songe,
Si tu ne m'offres plus ton fabuleux mensonge
Et si, dans tes chemins, je ne retrouve pas
Les Princesses en pleurs que rencontraient mes pas
Ni les grands Chevaliers s'en allant sous l'armure
Vers la grotte enchantée où dormait l'aventure
Dont le destin devait ouvrir à leur retour
Le château de Tristesse ou le verger d'Amour,
Qu'importe ! N'as-tu pas, toujours qui recommencent,
Tour à tour, tes rumeurs, tour à tour, tes silences
Et tes tendres printemps et tes riches étés?
Diadème et manteau de ta maturité,
N'as-tu pas, ô forêt heureuse, tes automnes
Dont la pourpre te vêt et dont l'or te couronne?
N'as-tu pas le pin calme et le chêne puissant
Et les arbres légers qui chantent dans le vent, Forêt, toi, l'innombrable et pareille à la mer. 0 toi, dont le parfum est, tour à tour, amer, Délicieux, farouche et fort comme la vie?...
Je viens à toi, Forêt, je veux vivre. J'oublie Que tu fus autrefois fabuleuse à mes yeux. Les héros de mon rêve en ont rejoint les dieux. Pour animer ton ombre et que tu sois vivante Il suffit d'être seul à celui qui te hante Sans qu'il voie à travers les trous de tes fourrés Des fantômes de songe et des êtres sacrés Peupler ta solitude et peupler ton mystère. Maintenant n'es-tu pas plus belle, solitaire Et que rien n'ose plus troubler ta verte nuit? Car les Faunes cornus qui dansaient avec bruit Sur les pommes de pin et sur les feuilles sèches Sont partis; leur sabot, au caillou qui l'ébrèche, Ne fait plus retentir sa corne dans l'écho; La Nymphe fugitive et vaine a quitté l'eau Des sources, et «on corps, comme elles transparent, N'en sort plus vaporeux et vain comme le vent, Et l'arbre a refermé son écorce fendue Silencieusement sur la Dryade nue,
Prisonnière à jamais du tronc qui la retient, Et, merveilleux combat héraldique et païen, On ne reverra plus se heurter sous les branches Le Centaure au poil rouge et la Licorne blanche.