‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 36 sur 168 · EN ARCADIE · texte numérisé non relu

EN ARCADIE

Et in Arcadîa ego.

C'est ici ton vrai ciel et ton sol, Arcadie, Que je foule du pied et qu'admirent mes yeux; C'est l'écho réveillé de ta voix endormie Qui répète à ma voix ton nom mélodieux.

Ce fleuve sinueux qui marque dans le sable

Son lit que, chaque hiver, déplace un cours nouveau

Est divin, fabuleux, antique et vénérable,

Dont sèchent aujourd'hui les méandres sans eau.

Ce pâtre, qui, là-bas, regarde dans la plaine L'ombre étroite tourner autour des cyprès droits, Image sans beauté de l'Eglogue lointaine, Est le frère pourtant des Bergers d'autrefois.

Misérable et pensif, assis parmi les chênes, Sur sa flûte, il module un air rustique et lent Qui tremble de douleur, de tristesse et de fièvre Entre la terre ardente et le soleil brûlant.

Ici fut Olympie, et ce lieu solitaire Où le caillou résonne au choc de mon talon, A vu jadis l'Hellade en fête, tout entière, Se presser dans l'enclos de l'illustre vallon.

Le cri de tout un peuple en ses mille poitrines Acclamait les vainqueurs des luttes et des jeux Et saluait, debout au pied de ces collines, Les temples, les trésors et les autels des Dieux.

Maintenant, le soleil chauffe dans l'herbe molle La colonne brisée et le fronton détruit, Et le bourdonnement d'une abeille qui vole Occupe à sa rumeur l'oreille qui la suit.

L'air vibre. La chaleur brûle dans la lumière. Aucun souffle n'émeut les lauriers et les pins. Le silence s'endort, et ce marbre en poussière Est le reste d'un Dieu qui coule de ta main.

Seuls, le subtil Hermès et la Victoire ailée Ont su vaincre le sort et déjouer le temps, Et leur double beauté, sublime et mutilée, Vit encore aujourd'hui dans le marbre éclatant.

Entre les mille Dieux tombés du sanctuaire Dont le pic exhuma les débris incertains, Eux seuls de tous, l'Ingénieux et la Guerrière, Se dressent beaux encore et sont toujours divins.

Et foulant ta poussière immortelle, Olympie, Il me semblait entendre un pas mystérieux Qui conduisait mes pas vers ta gloire endormie Sous ce soleil si fort que j'en fermais les yeux

* * ii).

Pour écouter, semblable à quelque aile invisible, Le frémissement clair et le frisson guerrier Des abeilles sans nombre en ton vallon paisible Où pousse le pin vert auprès du noir laurier.

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