SOUVENIR
C'est un lieu dont on se souvient,
Comme d'un visage, La pensée errante y revient,
Quand l'esprit voyage...
Voici la ville et la villa
Et ses salles peintes; Nous nous sommes promenés là,
Écoutant les plaintes
Des jets d'eau vaporeux et frais Et des cent fontaines
Et du vent dans les noirs cyprès Et des vasques pleines.
Nous avons respiré l'odeur
Du jardin en pente Qui sent l'eau, la feuille et la fleur
Et la mort vivante.
Les pas s'en vont; l'ombre les suit,
Mais l'âme, ici, reste De ceux que l'amour a conduits
A la Villa d'Esté.
Elle est un lieu magicien
Sur l'autre rivage; On en parle et l'on s'en souvient
Comme d'un visage.