LE JARDIN
Viens, car le crépuscule est l'heure où le jardin Sent la feuille, la fleur, la terre et l'ombre moite; Entre les buis égaux l'allée est plus étroite Et dirige le pas qu'elle rend plus certain.
Qu'importent, au dehors, le champ et le chemin, Le carrefour perfide et l'étang qui miroite... Cette rose qui saigne à sa tige encor droite Est ton seul souvenir de tout ce qui fut vain.
Le Passé tout entier, avec la nuit vivante, Là-bas, renaît. Sa foule hostile infeste et hante L'herbe grasse, le sentier mou, le bois obscur;
Mais ici, marche en paix en ce lieu calme et tendre Où les grands espaliers ont l'air, le long du mur, D'écarter leurs bras noirs comme pour te défendre.