‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 6 sur 168 · SENTENCE · texte numérisé non relu

SENTENCE

Le vrai sage est celui qui fonde sur le sable, Sachant que tout est vain qui n'est pas éternel Et que même l'amour est aussi peu durable Que le souffle du vent et la couleur du ciel.

C'est ainsi qu'il se fait, devant l'homme et les choses, Ce visage tranquille, indifférent et beau, Qui regarde fleurir et s'effeuiller les roses Comme éclate, s'empourpre ou s'éteint un flambeau.

N'ayant pas attisé de ses mains paresseuses Les flammes de l'aurore et les feux du couchant, Les soirs n'ont pas pour lui de cendres douloureuses, Et le jour qu'il voit naître est le jour qu'il attend.

Parmi tout ce qui change et tout ce qui s'efface, Je pourrais, comme lui, rester grave et serein, Et, si la fleur se fane en la saison qui passe, Penser que c'est le sort que lui veut son destin.

Mais j'aime mieux laisser l'angoisse qui m'oppresse Emplir mon cœur plaintif et mon esprit troublé, Et pleurer de regret, d'attente et de détresse, Et d'un obscur tourment que rien n'a consolé;

Car ni le pur parfum des roses sur le sable, Ni la douceur du vent, ni la beauté du ciel, N'apaise mon désir avide et misérable Que tout ne soit pas vain dans le temps éternel.

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