L'ENNUI
Pour distraire aujourd'hui ma tristesse importune Ne pose pas ta main sur mon front soucieux, Car l'angoisse de vivre y plisse sa rancune Dont le mauvais éclair brûle encor dans mes yeux.
Fais glisser lentement sur les fenêtres closes Les longs rideaux obscurs qui devancent la nuit; En ce cristal terni laisse mourir ces roses : Leurs feuilles en tombant disent le temps qui fuit.
Ne viens pas me parler de bonheur et de gloire : Mon cœur est sans désir et mon esprit est las; Mon destin lourdement rame sur une eau noire Où la barre dévie et résiste à mon bras.
Que ton pas soit léger comme le pas d'une ombre ! Le silence convient à ce jour détesté, Puisque mon rêve morne, interminable et sombre, Hante un fleuve pesant qui n'est pas le Léthé.