LE SECRET
Je ne chanterai plus, mon cœur, tes noirs secrets, Mais je leur sculpterai, tels que, d'or et d'ébène, En porte la Tristesse entre ses mains de reine, Un de ces lourds, profonds et singuliers coffrets.
Je ne livrerai plus aux passants du chemin
La clé des beaux palais de ma mélancolie
Et ne permettrai plus qu'on cueille en son jardin
Les fruits de ma mémoire et les fleurs de ma vie.
Ne vient-il pas un temps où, sans de vains aveux, La bouche doit se clore et la voix doit se taire, Si même on laisse encor deviner dans ses yeux Quelque muet tourment à jamais solitaire?
Aussi, pour les garder des regards indiscrets, Je remets en vos mains, Silence, et vous Tristesse, Avec tout son amour et toute sa détresse, Mon taciturne cœur et ses sombres secrets.