SOIR
Il est doux, ô mes yeux, lorsque le veut d'automne Cesse de s'acharner à l'arbre dont frissonne Le spectre dépouillé qui craque et tremble, encor, De voir, dans l'air muet où son vol se balance, Tomber en tournoyant, à travers le silence, Une dernière feuille d'or !
Quand au jour éclatant, qui se voile, succède Le crépuscule lent, humide, mol et tiède, Qui fait perler la mousse au dos des bancs velus, Il est doux, au jardin mystérieux, d'entendre Résonner dans le soir le rire obscur et tendre Des visages qu'on ne voit plus.
Il est doux, ô mon cœur, lorsque la route est noire, D'écouter longuement au fond de sa mémoire Le pas du Souvenir aux échos de la nuit. Si le divin flambeau est mort en sa main sombre, Et s'il n'est pas l'Amour, peut-être en est-ce l'ombre Au moins qu'il ramène avec lui !...