ROMÉO ET JULIETTE
Juliette Capulet et Roméo Montague, L'amour cruel a mis la fiole et la dague Entre vos jeunes mains faites pour d'autres jeux; L'éclair a lui trop tôt sur vos sorts orageux; Ensemble vous n'avez dormi que dans la tombe; Un funèbre cyprès où pleure une colombe Est l'emblème que veut votre mortel destin. Et cependant, aux grenadiers du vert jardin, Vous avez écouté, dans la nuit, bouche à bouche, La voix du rossignol amoureux et farouche Et crier l'alouette au ciel, vers le soleil, Vous que le noir poison et que le fer vermeil Devaient unir, un jour, en une même cendre, O vous, dont le désir ne voulait pas entendre,
O sourds amants, gronder de leurs griefs nouveaux Vos deux palais haineux, ennemis et rivaux, D'où, la main à l'épée et le poing à la torche, Le meurtre et la vengeance embusqués sous le porche S'épiaient, l'œil mauvais et le visage ardent, Tandis que, plus subtil que la flamme et le vent, L'amour astucieux, riant de la querelle, Parce qu'il était beau, parce qu'elle était belle, Irrésistiblement l'un vers l'autre appelait, Vieux Montagne, ton fds, ■ — ta fille, Capulct !