‹ Œuvres de Henri de Régnier (volume 2)Chapitre 97 sur 168 · SUIVI DE · texte numérisé non relu

SUIVI DE

J'offre à votre visage, Amants, et vous Amantes, Ce miroir, tour à tour morose et radieux, Selon que se reflète en ses ondes dormantes Le rire de vos dents ou le deuil de vos yeux.

Comme une source unique, en diverses fontaines S'écoule, et, par chacune, est d'un goût différent, Le variable Amour tend aux lèvres humaines Son poison meurtrier ou son philtre enivrant.

Les uns boivent en lui V éternelle amertume Dont leur bouche à jamais gardera l'acre pli, Et s'en vont, emportant en leur cœur qu'il consume, Un feu sourd dont la cendre, hélas! est sans oubli.

D'autres n'ont conservé de sa rencontre heureuse Que le frais souvenir des limpides ruisseaux Où leurs mains doucement jointes en coupe creuse Ont puisé le bonheur qui chantait dans leurs eaux.

C'est pourquoi vous verrez, satisfaits ou farouches, Et pleins d'un douloureux ou d'un tendre passé, S'attrister des regards ou sourire des bouches En ce même cristal chaleureux ou glacé,

Mais, content de la route ou las du dur voyage, Soit le pas qui s'approche allègre ou bien pesant, Amour, c'est toujours toi, Prince au double visage, Qui te mires par eux à ce miroir changeant!

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