CHRYSILLA
Lorsque l'heure viendra de la coupe remplie, Déesse, épargne-moi de voir à mon chevet Le Temps tardif couper, sans pleurs et sans regret, Le long fil importun d'une trop longue vie.
Arme plutôt l'Amour; hélas ! il m'a haïe Toujours et je sais trop que le cruel voudrait Déjà que, de mon cœur, à son suprême trait. Coulât mon sang mortel sur la terre rougie.
Mais non ! que vers le soir en riant m'apparaisse Silencieuse, nue et belle, ma Jeunesse ! Qu'elle tienne une rose et l'effeuille dans l'eau;
J'écouterai l'adieu pleuré par la fontaine
Et, sans qu'il soit besoin de flèches ni de faulx,
Je fermerai les yeux pour la nuit souterraine.
LES MÉDAILLES d'ARGILE 35
TIMANDRE
Voici la maison blanche où vécut jusqu'au soir Du long jour studieux qui fut toute sa vie Tiniandre qui, jadis, dans la glaise asservie. Modela cet hermès qu'hier je t'ai fait voir.
Entre. Pousse la porte et tais-toi; l'âtre est noir. Voici le banc de hêtre et la dalle polie Où sa grave tristesse ou sa joie éblouie. Chaque matin, dès l'aube, au travail vint s'asseoir.
C'est là que patient, pensif et solitaire,
Il fit vivre pour nous le songe en la matière.
Incline-toi, des dieux l'ont souvent visité.
Tu chercherais en vain le tombeau de Timandre Si la Gloire en secret n'eût, pieuse, sculpté L'urne d'argile rouge où reposât sa cendre.