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QUATRE POÈMES D'ITALIE

La gondole nous balance Sous le felzc, et, de sa main, Le fer coupe le silence Qui dormait dans l'air marin.

Le soleil chauffe les dalles Sur le quai des Esclavons; Tes détours et tes dédales, Venise, nous les savons !

L'eau luit; le marbre s'ébrèche; Les rames se font écho, Quand on passe à l'ombre fraîche Du Palais Rezzonico.

FUNÉRAILLES

Oh I quel farouche bruit font clans le crépuscule Les Chênes qu'on abat pour le bûcher d'Hercule.

Victor Hugo.

Le bûcher dressé là pour ce nouvel Hercule Emplit l'horizon rouge et le ciel empourpré; Et la nuit s'illumine et tout entière brûle A l'ardente splendeur de ce couchant sacré.

Au brasier fraternel où se tordent ensemble Le laurier odorant et le chêne fumeux, Une foule sans cris se hâte et se rassemble Afin d'en emporter le rellet en ses yeux;

Et quelques-uns, penchés sur la flamme féconde, Y viennent allumer leur torche et leur flambeau Pour éclairer encor les ténèbres du monde. Quand le bûcher noirci ne sera qu'un tombeau.

Et c'est ainsi qu'ayant emprunté l'étincelle A l'énorme incendie en sa gloire écroulé Ils s'en repasseront la clarté mutuelle, Et l'une brillera, quand l'autre aura brûlé,

Jusqu'à l'heure où ce feu vacillant et débile Ne soit plus au regard du passant incertain Que le dernier rayon de la lampe d'argile Que ménage le pas et que couvre la main.

Qu'il éblouisse l'ombre ou couve sous la cendre, Au geste de l'Amour comme aux doigts de Psyché, Qu'il monte la montagne ou qu'il la redescende. Qu'il soit lampe, foyer, flambeau, torche ou bûcher.

Sa flamme inextinguible, éternelle et divine, Ira jusques au fond des siècles à venir, Que le souffle la courbe ou que le vent l'incline. Car elle est immortelle et ne peut pas finir;

Puisque l'âme de l'homme en elle se consume Et qu'elle est née en lui de ce jour enchanté Où, sereine et debout, devant son amertume, Apparut à ses yeux ton image, ô Beauté !

Ton doigt blanc s'est posé sur son cœur qui palpite Et qui bat à jamais et qui brûle en son sein.

FUNÉRAILLES 319

Et depuis lors un Dieux mystérieux l'habite, Et l'éclair a jailli qui ne s'est plus éteint.

Et mainienant, bûcher, «ronde, rougeoie, éclate. Change la feuille en flamme et la feuille en tison Et dresse les cent nœuds de ton hydre écarlate Dont les langues d'or clair dévorent l'horizon 1

Celui qui rassembla ta masse formidable

A détourné le fleuve à travers la forêt

Et, comme au seuil des temps son frère de la Fable,

Une course éternelle a tendu son jarret.

Le lion a rugi sous sa massue ardente;

Il empoigna le noir sanglier par son crin

Et, du fauve farouche à la bête fumante,

Ses pieds nus ont rejoint la biche aux pieds d'airain;

Mais, au lieu de percer de sa flèche intrépide L'engeance aux rauques cris du lac aux noires eaux Et de saisir, fougueux, l'étalon par la bride, 11 a forcé les Sons, il a dompté les Mots.

Ils ont autour de lui dansé comme des Faunes. Les Nymphes ont souri de sa témérité Et, grave, il a tressé d'immortelles couronnes Et des guirlandes d'or au front de la Beauté.

Sa main forte a cueilli les pommes à la branche Du jardin bleu gardé par le Dragon rampant. La neige de l'hiver fleurit sa barbe blanche. Et sa lyre d'ivoire a des cordes d'argent.

Plutôt que de dormir sous le marbre et sous l'herbe, O flamme, prends sa chair et consume ses os; Donne à cet autre Hercule et qui dompta le Verbe Le bûcher mérité par ses INIille Travaux !

01 )i: ET POÉSIES

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