‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 45 sur 203 · DIONYSIAQUE · texte numérisé non relu

DIONYSIAQUE

J'ai parcouru la terre et j'ai cherché les Dieux. Elle est toujours pareille au limon fabuleux D'où sortirent jadis les figures divines. L'automne encor mûrit aux pentes des collines La grappe lourde au cep et vineuse au pressoir. Mais les vendangeurs las qui passent dans le soir, Au bruit de leurs sabots gras de glèbe et de boue, Marchent la tête basse et poussent à la roue Et mènent tristement, courbés sous leur fardeau, Des treilles de la vigne aux tonnes du caveau, Le char de la Vendange inerte et taciturne... L'amphore entre leurs mains est triste comme une urne ; Le pressoir en tournant gémit, et c'est en vain Que sous les talons nus ruissellera le vin; Nul ne célèbre plus son ardeur où rougeoie Le rire de l'amour et le feu de la joie

En foulant le raisin que trépigne l'orteil !

Je ne vois plus le bras énergique et vermeil

Hausser farouchement, comme en l'antique orgie,

La corbeille empourprée et la serpe rougie.

Ni le Dieu qui menait la rieuse fureur

Des torses enlacés et des seins en sueur

Et qui, svelte en sa chair toujours adolescente,

Guidait du thyrse haut la fête renaissante

Et, la grappe à la bouche et les pampres aux reins,

Ruait, avec des cris, vers les pommes de pin

Qu'il jetait à travers la foule échevelée,

En une furieuse et sonore mêlée.

Les Ménades en sang et les Silènes ivres.

Comme un sourd tambourin de cuir dur et de cuivre,

Le vent gronde toujours au fond de la forêt;

Il rôde, se reprend, s'étire et l'on dirait,

A l'entendre à travers les branches, doux et rauque,

Mystérieux, sournois et souple, qu'il évoque.

Dans la rousse splendeur de l'automne qu'il mord

Et meurtrit de sa dent et de sa griffe d'or.

Les grands tigres striés qui sous le joug bachique

Traînaient le char du Dieu debout et frénétique

Dont le sommeil repu, à l'âpre et fauve appui

Du beau flanc qui s'enflait et respirait sous lui.

LES MÉDAILLES d'arGILE 85

S'étendait en sentant sur sa bouche gorgée Passer le soufTle chaud de la bête allongée Dans l'herbe ténébreuse où, jusques au matin, S'endormait leur repos bestial et divin.

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