‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 50 sur 203 · MÉDAILLES MARINES · texte numérisé non relu

MÉDAILLES MARINES

La Mer, quand elle est lasse, allonge indolemment

Jusques à l'horizon son corps glauque et mouvant;

La lune sur les eaux l'argenté et la fait nue.

Parfois; puis, au matin, l'aurore revenue

Vêt son repos fluide et son souple réveil

D'une robe de feu, de brume et de soleil

Que de grands midis d'or couvrent de pierreries,

A moins que quelque sombre et soudaine furie

La dresse haletante et debout et hurlant

Par les gueules du flot et les bouches du vent.

En sa colère au ciel dispersée en écumes...

Et, plus lasse d'avoir craché son amertume,

La voici qui s'endort sur la grève à tes pieds

Laissant traîner, parmi le sable et les galets.

Sa verte chevelure éparse d'algues longues;

Ecarte-les et prends en tes mains cette conque,

Toute irisée encor de marée et d'embrun

Et ruisselante et qui semble écouter quelqu'un.

Et tu croiras parler, en sa nacre tordue,

A l'oreille, tout bas, de la mer qui s'est tue.

LES MÉDAILLES u'aRUILE 95

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