‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 79 sur 203 · LA VOIX · texte numérisé non relu

LA VOIX

La fontaine murmure à la source un secret

Qui, goutte à goutte, s'interrompt, filtre ou s'arrête

Et qui se continue en la rumeur secrète

Dont vibrent sourdement la mer et la forêt.

Tour à tour hésitant, humble, bas ou discret, Commence, se rétracte et se cherche et s'apprête Le même mot épars qu'attend, espère et guette Le passant qui partout le devine et se tait.

L'éclair l'écrit au ciel et le biffe; la pluie S'embrouille, se reprend, bégaie et balbutie; La fissure ricane et l'antre ouvre la gueule;

Tout parle; et, dans le vent anxieux et farouche. J'écoute pour jamais errer, multiple et seule. L'universelle voix de l'invisible bouche.

A TRAVERS l'AN 173

Je voudrais pour tes yeux la plaine

Et une forêt verte et rousse,

Lointaine

Et douce

A l'horizon sous un ciel clair,

Ou des collines

Aux belles lignes

Flexibles et lentes et vaporeuses

Et qui sembleraient fondre en la douceur de l'air.

Ou des collines.

Ou la forêt...

Je voudrais

Que tu entendes,

Forte, vaste, profonde et tendre,

La grande voix sourde de la mer

Qui se lamente

Comme l'Amour;

Et, par instant, tout près de toi,

Dans l'intervalle,

Que tu entendes.

Tout près de toi.

Une colombe

Dans le silence;

Et faible et douce

Comme l'Amour,

Un peu dans l'ombre

Que tu entendes

Sourdre une source...

Je voudrais des fleurs pour tes mains,

Et pour tes pas

Un petit sentier d'herbe et de sable

Qui monte un peu et qui descende

Et tourne et semble

S'en aller au fond du silence.

Un tout petit sentier de sable

Où marqueraient un peu tes pas,

Nos pas.

Ensemble !

A TRAVERS l'aN 175

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