LA VOIX
La fontaine murmure à la source un secret
Qui, goutte à goutte, s'interrompt, filtre ou s'arrête
Et qui se continue en la rumeur secrète
Dont vibrent sourdement la mer et la forêt.
Tour à tour hésitant, humble, bas ou discret, Commence, se rétracte et se cherche et s'apprête Le même mot épars qu'attend, espère et guette Le passant qui partout le devine et se tait.
L'éclair l'écrit au ciel et le biffe; la pluie S'embrouille, se reprend, bégaie et balbutie; La fissure ricane et l'antre ouvre la gueule;
Tout parle; et, dans le vent anxieux et farouche. J'écoute pour jamais errer, multiple et seule. L'universelle voix de l'invisible bouche.
A TRAVERS l'AN 173
Je voudrais pour tes yeux la plaine
Et une forêt verte et rousse,
Lointaine
Et douce
A l'horizon sous un ciel clair,
Ou des collines
Aux belles lignes
Flexibles et lentes et vaporeuses
Et qui sembleraient fondre en la douceur de l'air.
Ou des collines.
Ou la forêt...
Je voudrais
Que tu entendes,
Forte, vaste, profonde et tendre,
La grande voix sourde de la mer
Qui se lamente
Comme l'Amour;
Et, par instant, tout près de toi,
Dans l'intervalle,
Que tu entendes.
Tout près de toi.
Une colombe
Dans le silence;
Et faible et douce
Comme l'Amour,
Un peu dans l'ombre
Que tu entendes
Sourdre une source...
Je voudrais des fleurs pour tes mains,
Et pour tes pas
Un petit sentier d'herbe et de sable
Qui monte un peu et qui descende
Et tourne et semble
S'en aller au fond du silence.
Un tout petit sentier de sable
Où marqueraient un peu tes pas,
Nos pas.
Ensemble !
A TRAVERS l'aN 175