‹ Œuvres de Henri de RégnierChapitre 78 sur 203 · LE DERNIER SOIR · texte numérisé non relu

LE DERNIER SOIR

La haute lampe Brûle sur la table en silence, Droite parmi les livres lus Où ma tête s'est inclinée; Je n'entends plus, Mélancolique et vigilante, Passer et rôder par la chambre La vieille Année.

Elle s'est faite humble, patiente et grave

En sa grise robe d'hiver,

Pour s'asseoir près de l'âtre clair

Où se chauffent ses mains baissées;

Elle s'est faite douce et grave

Avec des pas légers qui semblent

Marcher à travers mes pensées

Sur de la cendre.

Les corbeilles d'été et les paniers d'automne

Sont là, pendus au mur, et parfois

L'osier craque, le vent frissonne

Aux roseaux du vase où se sèchent

Leurs tiges et leurs feuilles, et parfois

Je tressaille et j'écoute

Et je la vois,

Immobile en sa robe grise.

Sans que jamais murmure sa bouche

Plus rien des chansons désapprises

Qu'elle chantait dans l'été riant

En tressant brin à brin,

Avec ses mains,

L'osier souple et le jonc pliant

Et le saule qui se redresse

Et cingle et qu'on tourne en corbeilles.

Seul son rouet ronfle et bourdonne Avec un bruit lointain d'abeilles Qui s'enfle, s'approche et recule.

Et monotone Semble filer du crépuscule.

L'horloge haute

En sa maison d'écaifle et de buis

A TRAVERS l'aN 171

Ajoute une heure à l'heure qui fuit Et le temps va de l'une à l'autre Jusqu'à minuit.

Alors la silencieuse Année, assise

A l'âtre en sa robe rose et grise,

Se lève et rallume le feu qui s'éteint;

Une grande flamme d'espoir

Monte et rougit le pavé noir

Et réchauffe ses mains glacées,

Et je crois voir.

Au seuil déjà du temps qui vient,

Son visage nouveau sourire à mes pensées.

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