L'ENTRÉE AU PARC
Vous entrerez
En vous courbant,
Par la petite porte basse
A l'angle du long mur, voici
La lourde clef de fer noirci...
Vous vous assolerez sur le banc.
Il est velu de mousse grasse;
Le temps Ta rongé et il penche,
Mais il est de marbre,
Et, souvent,
Des feuilles mortes,
De branche en branche.
Au gré du vent,
Tombent, lentement des vieux arbres
Mystérieux et tout en or.
Et leur chute molle et légère
Caresse, frôle, elïleure et flaire
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r.e vieux marbre velu qui dort.
Vous entendrez
Bientôt, peu à peu, de plus près
l^t sourdement, comme en vous-même,
Vivre et respirer le silence.
Le vieux parc est plein de fontaines
Qui rient et pensent
l'^t parlent bas et qu'on entend
(iémir entre elles doucement
l'^.t se murmurer Tune à l'autre.
Car l'eau oublie et passe et ment.
De vieux secrets qui sont les nôtres
Trop vagues pour qu'on s'en souvienne.
Mais n'écoutez pas les fontaines.
N'écoutez pas,
Non plus, si c'est le soir.
Les colombes qui roucoulent encor
Dans les cimes des arbres d'or.
Ni celles qui s'entrelamentent
A la pointe des cyprès noirs ;
N'écoutez pas, si c'est le soir.
Les fontaines, ni les colombes.
Ni la feuille qui tombe
Devant vos pas.
L'allée est large et claire et douce Et si vous marchez sur sa mousse Le silence ira avec vous, Comme il est venu avec moi, Jusqu'au miroir où l'on se voit A soi-même sa Destinée.
C'est un bassin où dort depuis que tu es née
Une eau mélancolique en un marbre fidèle.
Pas une goutte ne s'est perdue,
L'onde est intacte, toute, et telle
Que le Temps l'amassa jusques à ta venue,
Et auprès d'elle
Se tiennent debout deux statues.
Ailées et nues.
Et toutes deux qui sont l'Amour;
^lais l'une va sourire et l'autre va pleurer.
Approche-toi, viens te mirer
A ton Destin.
Le clair miroir est incertain.
Si tu t'y entrevois en pleurs ou souriante,
Ta bouche trouvera celle qui lui ressemble
Et son baiser t'attend aux lèvres de la vie...
Et dans l'eau du bassin le doul)le Amour t'épie.
A TRAVERS l'AN 207