PREMIÈRE PARTIE
VOYAGE DE MUNiCH A GÈNES.
Je tais rhomme le {ilus poli dn iqotide. jTe me Tante de n'avoir jamak été grossier sur cette terve où 8e trouvent tdnt d'impertineâtsinsupporiablesqui s'accrochesitaui gerin, et leur racontent leurs souflfrances ou déclament lènrft vers. J'ai toujours éoouté avec une patience vraiment chrétienne toutes les misères de ce genre sans trabir- par la plus petite grimape le profdnd ennui de mon ftme. Tel qu'Uti brftmlne
pénitent qui livre son corps à la vermine pour tjué ces créatures de Dieu fassent aussi curée , j'ai souvent prêté le flanc des jours entiers aux plus implacables insectes humains ; j'écoutais avec calme, et mes soupirs intérieurs n'étaient entendus que de lui > qui récompense la vertu. Et puis là prudence pratique nous recommande aussi d'être honnête et de ne point garder lin silence offensanti, ni de rien répondre de fâcheux, quand ^ par aventure, un spongieux conseiller de commerce ou un sec débitant de fromages s'attache à nous et commence une conversation généralement européenne par ces mots : — Nous avonis aujourd'hui une belle température. On ne peut savoir où l'on se retrouvera avec un semblable philistin, et il peut nous faire payer bien cher de ne lui avoir pas ré|>ondii poUjfnént : '^haLÏeiÊîpéraiàre est fort belle. I)[ p^t :4Kiéiâe arriver, ober lecteur, que tu viennes àrt'ft^eoir alla table. d'hôte, à Caseel, à ]a gauche. dudi^ phitistin^ et qu'il ait. juÂte* Q^pt devant* iUi et serve afvec uaesmïabilité cbanti^iate le plat d^ : carpes au bl*ùn. Qu'il CQfi%$n^ .iWe vieille jdjent conire toi, et l'assis tt^a^ff^rift Je tqur delà table sana qu'il t'arrive le. rph^ipotit preste de queue s car, «hélas , tu es
îustement le treizième à la table, ce qui est toujours inquiétant lorsque tu es à gauche du découpeur, et qu'on commence à servir par la droite. Et ne pas avoir de carpe est un grand malheur, peut-être le plus grand après une condamnation à perdre la cocarde prussienne.
Le philistin qui te joue ce tour se moque de toi par-dessus le marché, et t'offre les lauriers qui restent nageant dans la sauce noire : hélas ! à quoi servent les lauriers, quand il ne s'y joint point de carpe ! Et le philistin cligne de l'œil , ricane et murmure entre ses dents : — 11 fait aujourd'hui une belle température.
Hélas , pauvre âme ! il peut encore arriver que tu sois couchée au cimetière auprès du même philistin, et qu'au jour du jugement, quand tu entendras retentir le grand trombone , tu dises à ce voisin : — Mon cher ami , donnez-moi la main , je vous prie , pour que je puisse me relever, car ma jambe gauche est engourdie par cette damnée position que nous gardons depuis si long- temps ! Alors til vois tout d'un coup le fameux ricanement du philistin, et tu entends sa voix goguenarde dire : — 11 fait aujourd'hui une belle température.
— Il fait aujourd'hui une belle température!
Que n'as-tu , - cher lecteur, eutendu le ton , rincomparable fausset de basse dont furent dites ces paroles ! que n'as*tu vu le parleur lui-même^ cette face archi^-prosaîque, ces petits yeux subtilement sots, ce nez retroussé, finement investigateur! tu aurais reconnu sur-le-champ que cette fleur n'était pas le produit d'un sable ordinaire , et que ces accents étaient la langue de
Charlottenbourg , où l'on parle le berlinois beaucoup mieux encore qu'à Berlin même.
Je suis rhomme le plus poli du monde, î'aime les carpes au brun , je crois quelquefois à la résurrection , et je répondis : — En eflfet , la température est très-belle.
Quand l'enfant de la Spree eut canardé de la sorte , il m'entreprit vivement , et je ne pus me délivrer *de ses questions et des réponses qu'il y taisait le premier, et surtout de ses parallèles entre Berlin et Munich, la nouvelle Athènes , à laquelle il ne laissa pas un cheveu sur la tête. • • • • •
Qu'on appelle , il est vrai , toute ïa ville une nouvelle Athènes , cela est , entre nous , passablement ridicule, et je fatigue beaucoup quand il me faut la défendre sous ce rapport. C'est ce que j'ai vivement éprouvé dans le dialogue avec le philistin berlinois , lequel fut assez impoli , encore qu'il eût discouru avec mioi depuis quel« que temps, pour ne trouver aucun sel attique dans la nouvelle Athènes.
— Il n'y en a qu'à Berlin, cria-t-il assez haut. Là seulement vous trouverez l'esprit et l'ironie. 11 y a bien ici de la bière blanche, niais véritablement aucune ironie.
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— Nous n'avons pas d'ironie, nous cria Nannerl , la svelte sommelière, qui passait alors en courant ; mais tous pouvez demander ici toute autre espèce de bière.
J'eus grand regret que Naniierl eût pria l'ironie pour une bière particulière , peut-être pour la meilleure de Stettin , et afin qu'elle ne s'exposât plus désormais à une pareille mé^ prise , je commençai à l'endoctriner ainsi :
— Belle Nannerl» l'ironie n'est point une bière, mais une invention des Berlinois , les gens lea plus avisés du monde , qui étaient fort con^ trits d'être nés trop tard pour pouvoir inventer la poudre : ils cherchèrent donc à ^e faire une invention aussi importante, fort utile à ceux-là même qui n'ont pas inventé la poudre. Autrefois , ma chère enfant , quand quelqu'un avait fait ou dit une sottise , qu'y pouvait-on ? Ce qui était fait était fait , et l'on disait : — Cet homme est un stupide animal. C'était désa-»
gréable. A Berlin, où l'on est fort sensé et où l'on fait néanmoins le plus de sottises, on sen-* tait grandement ce désagrément. Le ministre essaya d^ remédier par des mesures sérieuses : il ordonna que les grosses sottises pussent 9eules être imprimées. Les petites ne sont per-i
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mises qu'en conversation , permission qui n'a été accordée qu'aux professeurs et aux fonctionnaires élevés. Les petites gens ne doivent émettre leurs sottises qu'en secret* Malheureusement toutes ces précautions ne servirent à rien. Les sottises comprimées se firent jour avec d'autant plus de force dans les occasions extraordipaires , ellts furent même secrètement protégées d'en haut , et surgirept publiquement d'en bas, L'embarras était grand, qu^d enfin fut trouvé un moyen rétroactif par lequel on peut défaire toute sottise ou même la transformer en chose raisopnable. Ce moyen est tout simple , et consiste à déclarer qu'on n'a fait ou dit la sottise en question que par ironie. Ainsi , ma chère enfant, tout avance dans ce monde ; la sottise devient ironie , la flagornerie manquée satire , la lourdeur naturelle persiflage adroit , la folie réelle verve comique , l'ignorance esprit brillant , et tu finiras toi-même par devenir l'Aspasie de la nouvelle Athènes.
J'en aurais dit bien davantage si la belle Nanr i^erl, que je retenais par son tablier, ne se fût yiolemment dégagée quand elle entendit ui) orage de voix qui demandaient de toutes p^rlst
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de la bière. Quant au Berlinois , il avait Taîr de rironie même en considérant avec quel enthousiasme furent reçus les grands pots écumants ; et , désignant un groupe de buveurs qui savouraient de tout leur cœur le nectar de houblon, sur rexcellence duquel ils disputaient , il dit en ricanant i — Et ce sont là vos Athéniens !
Les remarques que cel homme lâcha tout d'une file me firent naturellement peine , vu que j'ai un grand faible pour notre nouvelle Athènes. Je m'efibrçai en conséquence de faire comprendre au pétulant censeur que l'idée nous était venue seulement depuis peu de nous poser en nouvelle Athènes; que nous n'étions que de jeunes commençants, et que no^ grands esprits, voire même notre public poli, n'étaient pas encore assez bien établis pour se laisser voir de près. Tout est encore au 'berceau , et nous sommes loin d'être complets. — Nous n'avons, mon cher ami, ajoutai-je, guère que les emplois inférieurs qui soient remplis , et il ne vous est pas échappé que les hiboux, par exenïpie, les sycophantes et les Phrynés ne nous manquaient pas. Mais il n'y a disette que pour les premiers rôles , au point qu'un seul individu est souvent obligé d'en jouer plusieurs à
la fois. Ainsi notre poète , qui chante le tendre amour grec des jeunes gwçons , s'est ¥U forcé de se charger également de Tinsolence d'Aris* tophanes ; mais il peut tout faire , il a tout ce qu'il faut à un grand poète , à Texception peut- ^e de rimagination et de l'esprit , et , s'il a^ait beaucoup d'argent, ce serait un homme riche.
Ce qui nous manque en quantité , npus le com«* pensons par la qualité. Nous n'avons qu'un grand sculpteur, mais c'est M. Le Lion. Mous n'avons qu'un grand orateur, mais je suis con-r vaincu que Démosthènes né pouvait pas tonner aussi bien que lui sur l'impôt de la dréche dans l'Attique. Si nous n'avons pas encore empoisonné de Socrate , ce n'est vraiment pas le poison qui nous a manqué. Et si nous ne pos* sédons pas encore un Démos , une population entière de démagogues , nous pouvons cepen-dant vous offrir un exemplaire de luxe de cette espèce, un démagogue profès qui vaut à lui seul tout un Démos, une troupe complète de grands, bavards , de gobe-^mouches, île poltrops et au-, très semblables va-nus-pieds, et* tenez, vous le voyez en personne !
Je ne puis résister à la tentation de donner un signalement plus détaillé du personnage qui
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se présentait à nous en ce moment. Je laisse à d'autres à décider si sa tète a quelque chose d^humain , et si elle est en conséquence fondée en droit à le donner pour un homme. Moi )e tiendrais cette tête pour celle d'un singe, et c'est par courtoisie seulement que je la prends pour humaine. Son accoutrement consistait en un bonnet de drap dont la forme ressemblait à l'armet de Membrin , juché sur de raides cheveux noirs qui pendaient par derrière et se séparaient à l'enfant sur le devant. Sur la face de cette tète , qui s^ donnait pour une figure , la déesse de la trivialité avait imprimé son cachet, et si fort , que le nez qui s'y trouvait éa était presque écrasé ; les yeux baissés semblaient tout affligés de chercher inutilement ce nez.
Son habillement était un pourpoint teutonique, modifié à la vérité selon les exigences impérieuses de la civilisation de l'Europe moderne 9 mais dont la coupe rappelait toujours celui qu'Arminius a porté dans la forêt de Teu« tobourg, et dont la* forme originelle s'est conservée dans'uné association patriotique de tailleurs , par tradition aussi secrète que l'architecture gothique se conserva au milieu d'une guilde mystique de maçons. Un chiffon blanc
qui jurait avec un col nu et fort teutpnique^\ recouvrait le collet de ce fameux habit. De longues mains sales pendaient de ses longues manches ; au milieu descendait un long corps, sous lequel flageolaient deux petites jambes.. . Tout rétre faisait, à en mourir^ une parodie de l'AppUon du Belvédère.
— Et c'est là le démagogue de la nouvelle Athènes? demanda avec un rire ironique le Berlinois. Eh, bon Dieu! c'est un compatriote à moi. J'en crois à peine mes yeux corporels... C'est justement celui qui. .., non !. . . Est-il possible!
— Oui, Berlinois aveuglés, repris-je avec quelque dialeur, vous méconnaissez vos génies indigènes, et lapidez vos prophètes. jNous , au contraire, nous savons tout utiliser.
— Et à quel usage employez-vous cemalheu^ reux insecte?.
— On peut l'employer partout où il fautsauter, ramper, de la sensibilité, un grand àppetit, de la piété, beaucoup de vieil allemand, peu de latin et pas de grec. Il sauter néellement très-bien sur une barre, fait des tableaux de
touis les sauts imaginables, et des catalogues de ||#
toutes les variantes des poésies en vieux tudes^
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qae« Et puis, il représente Tamour de la patrie saDs être le moins du monde dangereux ; car on sait très^bien t{u'après s'être trouvé par hasard au milieu des démagogues teutomanes, il s'en est retiré à temps, quand leur cause offrit quelques risques , et ne pouvait plus ainsi s^accorder avec les sentiments chrétiens de son tendi^e cœur. Mais depuis que le danger a disparu, que les martyrs ont souflGsrt pour leur opinion, que presque tous y ont renoncé spontanément, et que même nos barbiers les plus chauds ont quitté leurs pourpoints teutoniques, de ce moment même a commencé l'ère prospère de notre prudent sauveur de la patrie. Lui seul a conservé le costume des démagogues et lei façons de parler qui en font partie ; il vante encore Arminius le Chérusque et madame Thusnelda, son épouse, comme s'il était leur blond descendant. Il nourrit toujours une haine patriotique germanique contre la Babylone française, contre l'invention du savon, contre la grammaire grecque païenne de Thiersch, contre Quinctilius Yarus, contre les gants, et contre tous les hommes qui ont un nez décent. Il se présente ainsi , monument ambulant d'un temps évanoui, et, comme le dernier Mohican,
lui aussi est resté seul de toute une horde forte et active, lui, le dernier démagogue teutomane. Vous voyez donc que, dans la nouvelle Athènes, qui manque encore toul-à-fait de démagogues, nous pouvons employer cet homme. Nous avons en lui un fort bon démagogue, qui en même temps est si doux, qu'il lèche tout ce qu'on lui jette, et mange dans la main des noisettes , ' des marrons , du fromage et des cervelas , enfin ce qu'on lui donne ^ et comme il est unique dans son espèce , nous aurons encore plus tard, quand il sera crevé, l'avantage spécial de le faire empailler et de pouvoir le conserver à la postérité comme le dernier démagogue, avec sa peau et ses cheveux. Gardezvous pourtant, je vous prie, d'en rien dire au professeur Lichtenstein , de Berlin ;. car celuici le fermait réclamer pour le musée zoologique, ce qui pourrait occasîoner une guerre entre la Prusse et la Bavière, vu que* nous ne voulons en aucun cas le livrer. Déjà les Anglais l'ont estî/mé, et en ont offert sept mille sept cent septante-sept guinées; déjà les Autrichiens ont voulu l'échanger contre la giraffe; mais notre ministère a répondu que le dernier démagogue est sans |^rix, et qu'il fera un jour l'orgueil de
notre cabinet d'histoire naturelle , ainsi qiife Tornement de ilotre ville*
Le Berlinois paraissait m'écouter avec quelque distraction. Des objets plus beaux avaient captivé son attention, et il me coupa toiit-à-coup la parole en ces termes : — Mille pardons si je vous interromps; mais dites -moi donc au moins ce que c'est que ce chien qui court làbas?
— ^^ C'est un autre chîeil.
— Ah 1 vous né comprenez pas. Je parle de ce grand chien à soies blanches et sans queue.
— Mon cher monsieur, c'est le chien du nouvel Alcibiade.
— Mais, reprit le Berlinois, pourriez-vous me dire où est ce nouvel Alcibiade?
— Entre nous , répondis-je , la place est encore vacante, et nous n'avons pour le moment que le chien.
Le lieo où se tenait cet entretien â*appelle Bogenhausen , ou Neubourghausen , ou villa Hompescb, ou jardin de Montgelas, ou le Scblœssel. On n'a même pas besoin de le nommer quand on s'y veut faire conduire de Munich : le cocher vous comprend tout de suite à un certain clignement d'œil altéré, à un certain mouvement de tête de bienheureux , ou à d^autres grimaces indicatrices. Mille mots sont à
la disposition de l'Arabe pour exprimer le sabre, du Français pour l'amour, de l'Anglais pour la pendaison, de l'Allemand pour boire, et du nouvel Athénien pour désigner les lieux où il boit. La bière est réellement fort bonne en cet endroit ; on n'en boit pas de meilleure au prytanée, vulgairement nommé Bockkeller.
Elle a un goût parfait, principalement sur cette terrasse à escalier ou l'on a devant les yeux les Alpes du Tyrol. J'allais souvent m'y établir l'hiver dernier; et je contemplais ces montagnes neigeuses, étincelantes sous la lumière du soleil, et qui semblaient coulées en argent pur.
L'hiver régnait alors aussi dans mon âme :
les pensées et les sentiments étaient comme étouffés sous la neige, la vie inspiratrice était desséchée et morte en moi; ajoutez la déplorable politique , les regrets q^e m'arrachait la mort d'une ravissante créiature, un vieux 1&* vain de chagrin et le rhupe. Et puis; je buvais beaucoup de bière, parce qu'oi) m -assurait que cela rendait le sang léger. Pourti^nt la meilleur re bière attique ne pouvait jne réussir, à moi qui m'étais auparavant habituel au porter en Angleterre.
Enfin vint le ^our où tout chang^a• Le soleil
ITAI.IE. StO
p^pçA les nuagca dit eiei, ^ ahreuini la terre, ce vieil eafout, du lait de ses rayona. Les iBAnts^es ffémireat de filaisir , et leurs larmeet de neige eoulèrent ea ahondanoe, les créées de gkiee des laes crai|uèvenl et se ifendire^t, la .lèvre eairrit ses yeiix bleus, de so|i sein s'élaiieèâraat les fleur» amoureuses et les fcnréts se»o^ res, palais verdoyants des ressigneiks; toulela nature sanrit, et c». sourire s'appelait le pvin^ temps. Alers^ ioommença aussi en moi un neuveoii printemps, de nouvelle» fleurs jaillireiit de men oosur, des sentiments^ de Hbetté, semblables à des' raee», puis de» désirs tendres eoonme de jeunes viofettei, et s^m doute aus^ dans le nombre mainte ortie inutile.
L'espérâiuEe étendit de nouveau sa rilinte verdure sur. les tombéS' de yie» désirs éteints, les Baélocyes de la poésie revinrent, comme des oiseaux voyagei^rs qui «(ni passé l'iiiver dans 1^ <jialeur dû midi, et retournent visiter leur nid abandonné dansi le nord , et ce coenr du nord délaissé résonna ; et s'épanouit encore comme autrefois; seulement, j'ignore comment cela se fit. Est-ce un soleil blond ou brun qui a réveillé le printemps dans mon cœur, qui par ses baisers a réchauffé dans ce cœur les fleurs engour-
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dies, et par son sourire a rendu la voix aux ro5-< gnols? Était-ce la nature elle-même qui venait chercher: son écho dans mon sein, et s'y mirer avec son nouvel éclat printanier? Je ne sai&; mais je crois que ce fut sur la terrasse, àBogenhausen, en présence. des Alpes tyroliennes, qua^ mon. cœur fut fasciné par ce nouvel enchantement. Quand j'étais assis là. avec mes pensées, il me semblait souvent voir une belle jeune figure regarder du haut de ces Alpes, et je désirais des ailes pour l'aller trouver dans le pays de sa résidence, ritalie« Je me sentais souvent aussi caressé par les parfums des citronniers et des orangers qui descendaient en nuages des montagn(BS, avec leurs séductions et leurs .promesses, pour m'attirer en Italie. Une fois même, dans l'or du crépuscule du soir , je le vis bien distinctement sur la cime d'une montagne, le jeune dieu du printemps. Des fleinrs et des lauriers couronnaient sa tête radieuse, et il ta^ dit avec un cdl riant et une bouche épa*nouie : — Je t'aime ; viens à moi en Italie.
Mofiixegarà pouTciit donc i)iéii éUncelef de quelqpQ'flMDme langoureuse quanid, dans le désespoir où me jetait ta «usdite interminsdi>le cOBrversaftioit , il s'élançait vers* les belles mon-» tagoes • dn Tyvol , et que je «oupirais profon^ dément. Mais mon philistin berlinois ne vit dans ce regard et dans ce soupir qu'une nouvelle ressource de conversation ; alors » soupirant, de oOmp^^ie : -*4Ahfl oui^ je voudrai^ bien
aussi, moi, être â présent à Constantinople! Ah ! voir Constantinople fut toujours Tunique vœu de ma vie ! Et maintenant , hélas ! les Russes y sont certainement déjà entrés, à Constantinople... Avez-vous vu Saint-Pétersbourg? Je répondis que non, et le priai de m'en dire quelque chose ; mais ce n'était pas lui qui y était allé Tété dernier, c'était M. son beau-frère, le conseiller de justice, et il parait que ce doit être une ville unique. — Avez-vous vu Copenhague?
Comme j'eus encore répondu négativement à cette question, et demandé une description de la ville, il se mit à sourire d'un air bien fin, balança avec satisfaction sa tête çà et là, et m'assura sur l'honneur que je ne pouvais m'en faire une idée si je n'y avais été moi-même. — Ceci , répliquai-je , ne peut se faire encore pour le monieiit. Je VeuK eftrtreprendte, m^ aiftre véynge dont j'ai fait le foi^et *ce ^^rnitfemps' : }d véib peerdv ppo^^rilaiiei " *<
.En cMteiidaàt ces Inoti^ mon homlixe B&tiàGL ttmt-^moap de dessous mn siégé, piiio«étta laroîs fois «ar le même piedyist fneobnâa s — 'TMly ! tiiril;r!^>ltifilyi ^
. Ce fut fiour naioi^ki tieiirm^r >tottpî d^guifi&ti. ^Je^tid^domaiti; mé 'dts-^ci Mf4e'45}mitip. J^
ne Yeux\ plus tarder ; il me faut voir aussitôt que possible le pays qui peut jeter le philistin le plus sec dans une telle extase, qu'à entendre ce nom , il se met à chanter comme une caille. Pendant que je m'occupais chez moi à faire mes malles , le ton de ce tirily me résonnait incessamment dans l'oreille, et mon frère, Maximilien Heine , qui m'accompagna le lendemain jusqu'à la frontière , nç pouvait comprendre pourquoi de toute la journée je ne pus dire un mot de sens commun , tandis que je ne cessais de tirilyser.
* (il
Tirily ! tirily ! ^e vis , je sens la douce souffrance de l'existence , je sens toutes les joies et toutes les peines du monde , je souffre pour le salut de tout le genre humain , j*expie ses péchés , mais j'en jouis aussi.
Et ce n'est pas seulement avec les hommes , c'est encore avec les plantes que mes sentiments sont sympathiques ; celles-ci me racontent , avec leurs mille langues vertes , les plus
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çhàriuantes, histoires. Elles savent qu'e je n'ai pas un prgUeil d'homme , et que ) ai autant de plaisir à parlor avec les Aumbles fleurs de prairies qu'avec les sapins les plus élevés. Hélas ! )e ne s^is que trop ce qu'il en est de ces super* bes sapins ! Us s'élancent du fond de la vallée jusqu'aux nuages, et dépassent presque les ci-mes des gcanits les plus hardis : mais combien dure toutQ cette grandeur? Tout au plu&queK ques misérables siècles^ après quoi ils tombent accolés de vieillesse et n'ont plus qu'à pourrir sur le spL Viennent pendant la nuit les hiboux sortis silencieusement de leurs crevasses, qui ajoutent l'insulte à leur malheur : ---< Voyez! sapins qui étiez si forts , vous avez cru pouvoir vous mesurer avec les montagnes , et mainte*nant vous gisez brisés dans le vallon, çt les montagnes sont toujours debout*et immobiles.
Ui^ aigle perché sur s^ chère roche solitaire, et qui entend une si dure raillerie, doit faire de poignantes réflexions. Il pense au sort qui l'at* tendiui-méme. Il ne sait pas non plus, lui, dans quelle profondeur il sera jeté un jour. Mais les étoiles lui envoient des scintillements si rassurants , les eaux des bois roulent des murmures si copsolateurs , et la fière harmonie de son
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âme, à lui, contre si puissamment la voit des pei»iées timides , qu'il oublie bientôt tcelles-ci. Que le soleil vienne à paraître ^ et il se retrou^ verâ comme toujours; il planera vers son astre, et <{ûand il sei^à adsez haut , il lui chantera ses jôiéê et ses douleUrd. Les animaux ses compagnons^ surtout les hommes , croient qile l'aigle ne peut i^haûter, et ils ne savisnt pas qu'il ne chékite que lorsqu'il eët hoj^s de leur portée , et qull a tirèpi d'orteil pour vouloir être entendu d'utt àittre qtie le soleil. Et il a raison : il poUfi^àil pl^ehdre ici^bas fantàidîe â quelqu'un de là'lfàcte etoj)ltakttêê, dé rendre CQihpte de son chant; Je sais moî-^mëme par* expérience ce que disent de pareilles critiques : la poule se dreissé sur une patte et caqueté que le chanteur n'a pas d'âme; le dinddn gloussé que le véritable sérieux lui manque ; la colombe roucoule qull ne connaît pas l'amour intime ; l'oie barbote qu'il n'est pas asset savant; le chapon crie de sa voix aigre qu'il est trop sensuel; le roitelet l'accuse de manquer totale^ ment de croyance ; le passereau siffle qu'il n'est pas assez fécond ; tes hupes , les pies, les linotes, tout cela gazouille, gémit et grasseyé.... Le rossignol seul ne môle point sa voix
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à ces critiques : iadifférent pour le reste du
monde, son unique pensée, son unique chant sont pour la rose purpurine; il l'entoure de son vol amoureux, il se précipite enflammé au milieu des épines chéries , et il saigne et il chante.
A midi sonnant j'entrais à Innsbrûck.
Innsbtûck est en elle-même une ville mal habitable et assez niaise. Peut-être a-t-elle l'air plus spirituel et plus agréable e|i hiver quand les hautes montagnes qui l'enferment sont couvertes de neige, que les avalanches grondent, et que la glace craque et étincelle de toutes parts.
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Je trouvai ces montagnes la tête ceinte de nuages comme de turbans grisâtres. On voit là le rocher de Sainte-Martin , théâtre de la plus belle légende impériale , comme généralement le souvenir du chevaleresque Maximilien fleurit et retentit encore plein de vie par tout le Tyrol.
Dans Téglise de la cour sont les statues tant vantées des princes et princesses de la maison d'Autriche et de leurs aïeux, parmi lesquels plusieurs sont comptés qui sont encore à comprend]^ comment a pu leur arriver cet honneur. Elles sont de forte grandeur naturelle, coulées en fer, et rangées autour du tombeau de Blaximilien. Mais comme l'élise est petite et la toiture peu élevée, il semble voir de noires figures de cire dans une baraque de foire. On lit sur le piédestal de quelques-unes le nom des augustes personnages qu'elles représentent.
Pendant que )e considérais ces statues, survins rent de». Anglais : un homme maigre , à face ébahie^ les pouces accrochés aux emmanchures de son gilet blanc, et, entre les dents, son Guide des Voyugeur$ ; derrière lui , sa longue compagne, dame dans la fleur.desadécadencie, mais encore suffisamment épaisse; derrièreelle,
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une rouge figure de parter sur un eoUet blanc de-poudre, mordhi^nt ralde dans un habit dito^ et les bras de bois entièrement chargés des gants de milady^ de ses fleurs des Alpes, çt de son carlin.
Ce . trèfle monta en file juscpi^à la partie su^ périeure de Téglise, et le fils d'Albion expliqua àaa QompaguQ le» statues , c'est-àrdûne (fu'il lut dans s^n Gun^des^ Fçy4gm^ ajotsi qu'il aiiit 3tr^ « lijl première statue est celle du roi Clovis de France, Vautre celle d;u roi Arthur d'Angleterre, la troisième de Rodolphe de Habsbourg, ». etc. Mais comme le pauvre Anglais avait commen-r ce sa revue par en hau|^ et non d^en baa, ciimr me te supposait le Guide 4$$ Vçyagwoti^ il tomba dans les quiproquos lea plus amusants, et qui devenaient pluj^ comiques quand il arrivait à une statue de fismme, qu'il prenait pour un homme, et vke v^rsaj de sorte qu'il ne eompre* nait pojgat pourquoi Rodolphe de Qabahaurg était repréçemté eu )upea , tandia que l'impéra^ trice Marie avait des culc^tes de fer et unç barbe un. peu longue* Moi, qui prête volontiers le secours do mou aavoir, je remarquai en pafrr saut que c'était probablraftent une exigence du costume d'alors, oubien que leaattguste&person'^
liages avaient peut-être expressément demandé qu'cm les coulât de la sorte, et pas autrement; qu'ainsi, il pourrait prendre envie à Tempereur actuel de se faire représenter avec des paniers, ou même au maillot.. •• Qui pourrait y trouver à redire?
Le carlin poussait des aboiements critiques, le laquais ouvrait de grands yeux, le maitre se frottait le nez, et milady disait : — A fine exhibition ^ very fine indeed.
Yll.
Brixen fut la seconde ville un peu grande du Tyrol dans laquelle j'entrai. Elle est située dans une vallée, et quand j'arrivai elle était couverte de vapeur et des ombres du soir. Au milieu de ce calme du crépuscule vibrait le tintement mélancolique des cloches , les troupeaux de moutons trottaient vers leurs étables, les hommes vers les églises ; partout une odeur désagréable de saints fort laids et de foin sec.
— Les jésuites sont à Brixen , m'avait dit naguère YHèsperuê. Je les cherchai tout autour de moi dans les rues , mais je ne vis personne qui ressemblât à un jésuite, si ce n*est peut-être ce gros homme à tricorne ecclésiastique, avec un habit noir de coupe cléricale , vieux et râpé , qui contrastait d'alitant plus avec ses culottes noires neuves et brillantes.
Ce ne peut être un jésuite, me dis-je enfin, car je me suis toujours figuré les jésuites un peu maigres. Et puis , y a-t-il encore réellement des jésuites ? Je crois souvent que leur existence n'est qu'une chimère , que c'est la peur que nous avons d'eux qui nous revient dans le cerveau, long-temps après que le danger est passé, et tout cet emportement contre les jésuites me rappelle alors ces gens qui vont par les rues avec un' parapluie ouvert longtemps après qu'il a cessé de pleuvoir. Oui*, il me semble parfois que le diable , la noblesse et les jésuites n'existent qu'autant qu'on y croit. Quant au diable, c'est chose certaine , puisque les croyants sont les seuls qui l'aient vu jusqu'à présent. Pour ce qui est de la noblesse , nous éprouverons dans quelque temps que la bonne iociété ne sera plus la bonne société du moment I. 3
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01^ le braye bourgeois a'aura plusia bcmtéde la tçfiir pour la ;boaae p^ciété. Mais lois jésuites ? Nous avons du moins cela de gagné qu'ils n'ont plus leur^ vieilles culottes ! Le^ anciens jésuites sopt dans la tombe avec leurs vieilles culottes , leurs ambitions , leurs plans universels , leurs discussions, leurs distinctipns, leurs restrictions et leurs poisons, et ce que nous voyons se couler par le monde avec des culottes neuves et lusfixées , est moins leur esprit que leur spectre , spiBCtre absurde et imbécile, qui prend chaque ^our à tâche de nous prouver par sa parole et par ses actions combien peu il est à craindre. Et, en vérité, il nous rappelle l'histoire d'un revenant de cette espèce dans la foret de Thu-* ringe , lequel délivrait de toute îfrayeur les gens qui avaient peur de lui ; en leur ôtant fort poliment^ sa tête de dessus ses épaules pour leur ipontrer qu'il étaîti tout-à-fait cwux et vide en dedans.
Je ne puis m'empècher de taconter comno^nt [je; trouvai J'oçcasiou d'obsef*ver de plus près le gro9 hopimf^^ ^M% Culottes neUv^a et brillantes , et de m,e. convaincre que ce n'était pas un jéçuite., mais upe tête ordik^aire du bétail de Pieu. C'est dans> la salle à xnanger de mon au-
ber^e qmé }e le rèncofiitrài venan^t souper en Gompagiùe d'un homme l^oog et maigre qu'on appdiait éxcdlenice, et qui ressenibiait telle-» ment à ce vieux g^entilhomme célibataire «dont Shakespeare. nous a doiiné ie portrait, ^'on eût dit que la nature avait commis un plagiat. Tous deux assaisonnaient leur repas en importunant la servante , charmante fille en vérité , de leurs caresses, qui paraissaient ne pas la dégoûter médiocrement, au point qu'elle se dégagea avec eflFort pendant que Fun la claquait sur les reins et que l'autre voulait l'embrasser. Us vidèrent alors leur sac d'obscénités les plus grossières , auxquelles ils savaient bien que la pauvre fille ne pouvait échapper, obligée qu'elle était de rester dans la salle pour me servir, moi et les autres convives. Pourtant, quand cette inconvenance devint intolérable , elle planta tout là, se sauva', et revint, quelques minutes après , portant sur un bras un jeune enfant qu'elle garda pendant tout le temps, quoiqu'elle en fût fort gênée pour son service. Nos deux compagnons ne se permirent plus alors rien contre la pudeur de la jeune fille, qui les servit sans rancune , mais avec un rare sérieux. Leur conversation prit une autre direc-
46 REISEBIL0ER.
tion. Tous deux revinrent à Téternel radotage de la grande Conjur^ition contre l'autel et le trône , tombèrent d'aecord sur la nécessité de
mesures rigoureuses, et*àe serrèrent plus d'une fois la main en signe de sainte alliance.
it
Les ouvrages de Joseph de Hormayr sont indispensables pour l'histoire du Tyrol : ils sont même encore, pour celle de nos jours, la meilleure et peutrétre unique source.
La Guerre des paysans tyroliens en 1 809 ^ par
- Bartholdy, est un livre bien et spiritueller
Yipent écrit, et si l'on y trouve des défauts, ils
résultent nécessairement de ce que l'auteur,
par suite de la noble faiblesse propre aux gens
de cœur, avait pour le parti vaincu une prédilection particulière , et que la fumée de la poudre enveloppait encore les événements au moment où il les a décrits.
Beaucoup de faits mémorables de ces temps n'ont pas été recueillis et ne vivent que dans la mémoire du peuple , qui n'en parle guère aujourd'hui avec plaisir, parce qu'alors revient le souvenir de mainte espérancje déçue. Les pauvres Tyroliens ont dû faire aussi toutes sortes d'expériences , et quand on leur demande s'ils ont obtenu , en récompense de leur fidélité, tout ce qu'on leur avait promis aux jours du danger, ils secouent avec bonhomie les épaules, et disent naïvement qu'on n'y attachait peut-être pas d'intentions bien sérieuses, et puis, que l'empereur a beaucoup à penser, et ^u'il lui échappé bîed des choses.
: GoûsoleaHvous, pauvrèë diables! vous n'êtes pasrleé smtls ausqueM on aitfeit des pi%fmes<ses. Il arrive biensouvent sur les ^ankis vais^ seauj^' négriers' q[lAe 'pendant lei^ grosséà tempâtes^y rt quand Ul naviie est en péril ,' on; a rbconlns^lahx^ faonrmeiB^ noirs qui sont éntasséâ pJandT'dbsenritéà'fodd de cale. Oh' brise âlit^irs leurs /fecs, on leurprbkhet bien sàinteoietit de
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lear donner la liberté s^ilff réuftsissent par leur zèle à sauver le bâtiment. Et mes pauvres simples noirs de remonter pleins d'allégresse sous la clarté du soleil , de s'attacher aux pompes , d'épuiser l'eau au prix de leurs forces , d'aider où il faut sSder, de grimper, de sauter, de r&û^ 1er les câbles, de couper les mâts , enfin de tra-* vailler )usqu'à ce que le danger soit passé. Alots on les ramène , comme il va sans dire , dous l'entrepont, oik ils sont réenchalnés fort commodément , et abandonnés dans leur sombre prison à leurs réflexions démagogiques sur les promesses des marchands d'âmes , dont l'uni- • que but , après la cessation du péril , est de troquer encore quelques âmes de plus.
. O nayis, réfèrent in mare te nori Fluctus
Quand mon vieux professeur expliquait cette ode d'Horace, où l'État est comparé à un vaisseau, il avait toujours à faire bien des observations politiques , qu'il suspendit quand la bataille de Leipzig eut été livrée , et que toute la classe se dispersa.
Mon vieux professeur avait tout prévu. Quand
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nous reçûmes la première nouvelle de ce com- . bat , il secoua sa tête grise , et je sais maintenant ce que cela,YOulaitdire« Bientôt arrivèrent les rapports circonstanciés, et l'on se montrait mystérieusement les images bariolées où Ton avait représenté, avec une maladresde fort édifiante, comme quoi les augustes chefs des arnîées s'agenouillèrent sur le champ de bataille, et remercièrent Dieu^
— Oui, ils pouvaieiit remercier Dieu, disait mon inaitre, et il ri^it comme il avait coutume de le faire quand il expliquait Saluste; l'empereur Napoléon les a si souvent battus, qu'ils ont pu à la fin apprendre le métier.
Vinrent ensuite les alliés et les mauvaises poésies de délivrance, Hermann et Thusnelda, Hurrah, et l'association des dames patriotiques, et les glands du chêne national , et les interminables vanteries sur la bataille de Leipzig, puis encore la bataille de Leipzig, san^ relâche, sans répit.
— Il arrive, à ces gens-là, disait mon professeur, comme £^ux Thébains, quand ils eurent enfinbattu à Leuctres ces invincibles Spartiates, et qu'ils ne cessèrent leurs forfanteries sur cette bataille, ce qui faisait dire d'eux à Antisthèi^es,
qulls étaient comme les enfants , qui ne se sentent pas de joie quand par hasard ils ont rossé leur maître d'école. Hélas , meç pauvres enfants, il eût mieux valu que nous-mêmes eussions reçu les coups ! —
Le bon vieillard est mort quelque temps après« Sur son tombeau croit de Fherbe prussienne, <{ue paissent les nobles destriers de nos chevaliers rests^urés,
Les Tyroliens sont beaux, enjoués , probes, honnêtes , et d'esprit borné en deçà dé toute idée. C'est une race d'hommes saine, peut-être parce qu'ils sont trop sots pour pouvoir être malades. Je les appellerais volontiers aussi une noble race , parce qu'ils se montrent fort délicats dans le choix de leur nourriture, et fort propres dans leurs habitudes. Il n'y a que le* sentiment de la dignité personnelle
qui leur manqué abBôliinieiit. Le Tyi^ôlien a ube sorte de sérvilisme riant et humoristique qui porte presque une teinté d'iroùiê , e^ qtd est pourtant réel et très-sériéux. Lés femihés tyroliennes te saluent d*uno fa^on ëi aimiealé^ ment avenants, les hommes te serîfent si robttstement la main, et gesticulent avec une coi^éîa- Hté si pittoresque, qute tu pourrais crôite qtf ^ te traitent' comme un proche parent , où tout au ihoins coâime leur égal ; mais, loin de là', ils n'oublient jamais qu'ils ne sont que de petites gens , et que tu es un monsieur comme il faut, qui y<>it certainement sanB dépl^ii^k* qfuè les petites gens se mettent un instant sans tiÉiidité siir te même pied que lui. Et il$ a[gissé)D^t en cela diaprés un instinct naturel fort jusie. Les aristcyoraXes les phis pétrifiés sont chîarmés dé troùY^r «ne oécai^on de se rabaisser; cat* c'est à cela n^éme qu'ils sentent combien ils sont plaeës haut. Chez eux; les Tyroliens exercent ce serviUsihe gratis ; mais ils chércheilt à en faire une source de gain à l'étranger.' lis- ti'a*fiquent de leur personnalité^ de leur nationalité. Ces mar<()hands de coUTerturés , cliamarrés de leur costume national , ces gais Btta tyroliens vous permettront de grand cceur' u^%e
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plaisanterie ; mais il faut alors leur acheter quelque chose. Cette famille Rainer, qui s'en alla en Angleterre, comprenait encore bien mieux cette spéculation, et puis ils avaient, en outre, un bon conseiller, qui connaissait bien l'esprit de la nobility anglaise. C'est là ce qui leur procura un si bon accueil dans le foyer de l'aristocratie européenne,tn the west end ofthe tawn. Quand je vis, l'été précédent, dans les brillantes salles de concert du monde fashionable de Londres, ces chanteurs tyroliens, vêtus du costume national, monter sur les tréteaux , et faire «retentir ces chants dont le iodeln résonne
d'une façon si naïve et si aimable dans les Alpes du Tyrol, et qui trouvent un écho si complaisant aussi dans notre âme, à nous autres Allemands du nord, mon cœur se sentit suffoquer d'un amer déplaisir ; le sourire de toutes ces lèvres de qualité me mordait comme autant de serpents : c'était comme si j'eusse entendu insulter grossièrement la chasteté de la parole allemande, comme si les. plus doux mystères de notre sensibilité nationale eussent été profanés devant une populace étrangère. Je ne pus applaudir comme les autres à ce maquignonnage éhonté de ce que nous avons de plu$
pudique , et un Suisse, que ces sentiments agitaient aussi, quitta la salle en même temps , et me dit avec beaucoup de justesse : — Nous autres Suisses donnons sans doute beaucoup de choses pour de Fargent, le plus pur de notre sang et nos meilleurs fromages; mais nous 4>ouTons à peine entendre sonner hors du pays le Ranz des vaches, encore moins le sonner nous-mêmes pour de l'argent.
Le Tyrol est fort beau ; mais les plus beaux paysages sont impuissants à nous charmer, quand le temps et l'âme sont maussades. La mauvaise humeur de celle-ci est toujours une suite de lautre ; et comme il pleuvait dehors, il faisait aussi mauvais temps dans mon cœur. Seulement , je hasardais de temps à autre ma tête hors de la portière , et je contemplais les monts gigantesques qui me regardaient sérieu-
JTàUB. sj «
cément , iQt , avec leurs têtes monstrueuses et leurs longues barbes de nuées, s'inclinaient pour n)0 souhaiter bon voyage. J'apercevais çà et là quelque petite montagne peinte en bleu par le lointain, qui semblait se hausser sur la pointe des pieds, et regarder avec curiosité pardessus les épaules des autres montagnes, sans doute pour me voir. De tous côtés juraient les ruisseaux des bois qui se précipitaient follement des hauteurs , et couraient se confondre dans lee sombres torrents des vallées. Les hommes se tenaient à Tabri dans leurs maisons propres et jqlies, accrochées çà et là aux pentes des collines, aux versants les plus abruptes, et jusque sur les cimes; maisons jolies et nettes, qu'entoure ordinairement une longue galerie en formé de balcon, décorée à son tour de linge étendu, d'images desaints, de pots de fleurs et de sourire;^ de jeunes (Ules. Ces maisonnettes sont aussi joliment peintes, le plus souvent vert et blanc, comn^e si elles portaient aussi la livrée na^on^le : bretelles vertes sur chemise blanche. En voyant ces demeures au milieu de cette solitude de pluie^ je m'élançais souvent en désir, et voulais aller joindre les hommes qui étaient* assis ap sec , et sans doute bien aises sous ces
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toits. — Ah, me disais-je, la vie doit être là bien douce et bien intime, et la vieille grand'-mère y raconte certainement les contes les plus merveilleux. Pendant que là voiture passait im« pitoyablement, je reportais souvent la vue en arrière, pour voir monter les colonnes de fumée bleuâtre des petites cheminées, et il pleuvait toujours plus fort dehors et en moi , au* point que les gouttes d'eau m'en tombaient presque des yeux.
Souvent mon cœur s'élevait aussi, et, malgré le mauvais temps , grimpait jusqu'à ces gensqui habitent tout en haut, sur les montagnes, qui n'en descendent peut-^tre qu*une seule fois pendant leur vie, et apprennent peu de ce qui se passe icirbas : ils n'en sont pourtant ni moins pieux ni moins heureux. De politique , ils n'en savent rien, sinon qu'ils ont un emp^eur qui porte un habit blanc sur culottes rouges« C'est ce que leur a raconté: le vieil oncle , qui l'a appris lui-même à Innsbrûck de Sepperl-le-* Noir, qui est allé à Vienne. Quand les patriotes montèrent chez eux, et leur représentèrent avec grande éloquence qu'on leur donnait alors un prince qui avait' un habit bleu sur culottes blanches, il^ se saisirent de leurs carabines,
embrassèrent femmes et enfants, descendirent de leurs montagnes, et se battirent à mort pour l'habit blanc çt leaf*chères vieilles culottes roitges. .
Au fond,' qu'importe la couleur de la chose pour laquelle on meurt , quand on meur^ pour ce qu'on aimei^ Et unç telle oA^rt chaudç et 6- 4èle vaut mieux qu'une vie frQid.e ft sansXoL Les chants d'une pareille m.ort». ^s douces rimes et les mots étincelaatç suffisent déjà jj^our , réchauffer notre cceur quand l'air humide des brouillards et les soucis iifbpbttutis^ yeulent lassombrir. i •
Beaucoup de ceftchansons me vibrèrent dans le cœur quand je roulais au travers des montagnes du Tyrol. Les bois de sapins me rendaient par leur murmure mainte parole d'amour perdue dans l'oubli. Quelquefois, quand les lacs bleus me r^ardaient comme de grands yeux pleins d'un désir impénétrable , je pensais aux deux enfants qui s'aimaient tant et moururent ensemble. C'est une bien vieille histoire que personne ne croit plus aujourd'hui , et dont je ne sais moi-même que quelques rimes éparses :
Il était deux enfants de roi
Qui s'aimaient d'amour bien tendre;
REISEBILDEB.
Ils ne pouiF9}^t se réunira- Car l'eau était trop proibnde.
Ces mots commencèrent à résonner spontanément en moi, quand, passant près d'un de ces grands lacs , je vis sur une rive un petit garçon, et sur Tautre une petite fille, tous deux vêtus de façon fort gentille du costume national diapré , avec leurs chapeaux verts pointus et enrubanés : ils s'envoyaient et se renvoyaient des sdufs. . .
, Ik ne, pji>UTaient se réunÛTy Car Teau était trop profonde.
leTyroltnérléfbnat le temps s'édâlrdt-, le sdiéil d'Italie <5oixikneiibà à îalsseï^ deptii^^gon approche ^ le^ motitsig^s dc^tireiit plus éhaii^ des et plus brillantes àe totif; je vis déjà des vl-^ gnes qni s'enlaçaient aux Glrb^es, et jëptis aussi Inegarder plus soùveiit à là portière. Mais ((uand t0a têfè* est hors dé ircrttdre, nlon coeur la suit, et, avec le icoénr , tout son anioiir, ses naélaiicolic|t<ès élans et sa folie. Il m'est souvent
arrivé que le pauvre cœur se soit laissé déchirer par les épines , en s'approchant des buissons de roses, le long du chemin, et les roses du Tyrol ne so^t pas laides. Quand )e passai par Steinach , et que je vis le marché où Immermann a fait paraître dans son drame l'aubergiste André Hofer avec ses compagnons , )e trouvai que le marché était beaucoup trop petit pour une réunion d'insurgés, mais pourtant , assez grand encore pour y devenir amoureux. Il n'y a là que quelques petites maisons blanches. A une petite fenêtre se tenait aux aguets une petite insurgée, qui ajusta et fit feu avec ses grands yeux. Si la voiture n'eût passé aussi vite, et qu'elle eût eu le temps de me coucher encore une fois en joue, j'aurais certainement été atteint. En ma qualité de voyageur consciencieux, JQ dois tK^^ôsigner ici que mddiame l'auberg^iMfi de Sifef^tig'^st par elA&*mêm6>vi^Ue fetmnfe^tmals qu'elle a, en rev)5(9Çhe, deiJix jeuae^ filfes «^i VOUS' réchèuflfent le cceur d'une façon to^te bS^aL&i^ante , alçr^ quf vous êtes desceçdi^. liais je qe Te, dois, point oublier, Toi, la plus belle de toutes, bçUç fi^euse d^sfrontièi^f d'Italie! Ph,^iiane m'as-tu , ^cofume Ariadne à Thési^e, doi^éflc iU de ton fiai^wu^ pour » me