‹ Œuvres de Henri Heine (volume 2)Chapitre 2 sur 9 · IT&US · texte numérisé non relu

IT&US

Gondiiîre dâod le labyriidthe di: cette' vite^! Le Mmolanire serait dès à^pràent vainott, et je te eouvrirais ée baisers, pour ne t'ahaadoimer )am$ds! 1.

C^est hwï signe quand lès fiêmmes sourient, dit un éerirain chinois.; et un écrivain tdlemandr était teut^4ai1î de: cet avis €|uatid, daasi le Ty vol ^ri^nal » oà commence. Tlt^ti^» î) |iassa^ devaiitrune monta^pae^ âû pied d^ laqiidle., sur < une digiie peu âevéie^ était assise une dé ces petites maisons quinbus regwd^oyi d'une façoa siaimaUe, avec leur galène- ami* cale et leûrsnaîves.p^nture». A une e^brémité, relevait, un igrand crucifix de bois, qui servistit d'appui à une Tignci Et c'ébdt ekose affreusement douce,; de voir comme la vie embrasait la mort, comme la verdure luxuriante de oçttè vigne festonnait le corps sanglant et tes -mnmbres cnH^ifiés du Sauveur. De Faulre eôté était une vdUère remplie de tourteveUes, dont les habitants ailéft voltigeaient çà et là. : Une oèp lombe d une blancheur mevvi^leuse était perchée sur ia pointe du.)olktoit de la mu^Qn^IqUî s-avangait; pareil a la €lèCderVQÛted'un.e;niebe de sainte sur la tète de la belle âteuse^ Gellchfù était assise sur la petite galer&ô, et filait, .-ac^

5& REISt&ILNSR;

d'après la métliode idienianâe du rouel^ mais d^^près oe procé<iè immémcmalement antique ôà- là qnieMuille, diargée de dianTre, est retenue sous le bras , pendant que le fil court auteur d^un ftiseau libr^aent saqiendu. C'est ainsi que fixaient les iilles des rois en Grèce, encore ainsi que filent les Parques et toutes les Italienne^. Elle fflait et sôuriaat. La. colombe restait imiQobile au^^essus de sa tète, et tout M^êsiua de' la maison s^élançaient les hautes ÉUMMUgnes, dont le*soleil.faasàit étinceler les cimes neigeuses, semblables â une sombreg«p4e de géanis, la tête ai4uée de casques d'acier.

'EBe ftl^iit «t souriait, et je crois qu'dle emre-^ loppa mon cosat ekms ton- fil, pendant que la Toiture marchait phis lentement, à causiB du large torrent de TEisach, qui bondiskait de Fautite cdtë du chemin. Ces ttiedts charmants furanV'obçtmément {»ésehts tout le î«rup à ma pensée ; )e voyais partout œtte gracieuse %ure, qti'un statuaire grec semblait avoir modelée avec le parfum d'u»e rose blanche, léger souffle aéHen, apparition d'une noblesse toute divine, comme il l'avait peut^tre rêvée en ses jeuiies années, par une tiède nuit de printemps. Les yeux, aucun Grec n'aurait certainement pu les

ITALIS. 59

, et moins encore les comprendre. Moi, )e les vis et les compris ces romantiques étoiles, dont les magiques feux éclairaient cette beauté antique. Tout le jour je vis ces yeux, et j'en ré* vai la nuit suivante. Elle était encore assise et souriait, les colombes voltigeaient çâ et là, comme des anges d'amour; la colombe blanche étendait aussi mystérieusement ses ailes sur sa tête; derrière elle, s'élevaient plus imposants

ses gardes, avec leurs casques de neige; sur le devant, le ruisseau s'élançait plus furieux et plus sauvage, lespampres enlaçaient' avec une anxiété plus amoureuse l'image de bois cruci* fiée, qui s'agitait douloureusement, ouvrait des yeux souffrants, et saignait par toutes ses blessures ..; mais elle filait et souriait, et, au bout de son fil , c'était mon cœur qui sautillait en giii^edefuieAV* .

xir.

A mesure que le soleil rayonnait' Umjows plus beau et plus puissant dans l'immensité des cieux , et enveloppait de voiles d or châteaux et montagnes , il faisait aussi plus chaud et plus clair dans mon cœur ; mon sein se rem* plissait de nouveau de fleurs , dont la pousse vigoureuse se faisait jour au dehors, et dépassait ma tête, et, au milieu de ces fleurs de ma fantaisie, s'élevait encore la belle fileuse et son

céleste ' sourire. Bercé par de tels rêves, rêve iHoinooéme, j'arrivai en Italie; et, comme, pendant la route, j'avais d^à souvent oublié que je m 'yrendais, je fus presque effrayé quand je me trouvai tout d'un coup face à face avec ces grands yeux Italiens, et que la vie. italienne, avec ses miUe et mille coideurs , accourut en personne, brûlante et babillarde, au-devant de moi.

Et45elft m'arrivà dans la ville de Trente, où j'^Htraiparune belle après-midi de dimancàe, à rbeure-ou-la chaleur se couche , oà les Italienr soulèvent pour courir par les rues. Cette vîiie, vieille et cassée, est assise au milieu d'un large cercle de v^i;es et fraîches montagnes, qui, telles que des dieux éterndlement jeunes, jettent des -regards de pitié sur l'œuvre ruinée des humains. Cassé et ruiné , se repose tout à coté . le .fier, château qui dominait autrefois la ville, fabuleux édifice d'un temps fabuleux, oveo ses flèches, ses saillies,, ses créneaux, et une grosse tour ronde, qui n'a plus aujourd'hui d'autres habitants que les hiboux et des inva* lides Autrichiens. La ville aussi est bâtie d'une manière fabuleuse , et Ton est singulièrement ému à la première vue de ces vieilles maisons

6si BBISBBIIDSB.

lombardes, avec leurs fresques éleintM, iews images de saints mutilées, leurs pattes tours, leurs guérites, leurs petites fenêtres grillées, et ces frontons ayancés, disposés en estrade, sou*tenus par des piliers grisonnants et affaiblis par l'âge, lesquels auraient eux^némes besoiii d'appui* Un td aspect serait trop «douloureux, si la nature ne couTrait d'une vie noufdle «s pierres mortes, si des lignes gracieijAes nesarraient de leurs bras tendres et caressants ces piliers chancelants, comme la }eunesse sou<iient la vieillesse , et surtout si des visages de jeunes filles, plus gracieuses encore, ne se te^ naiaitaux aguets demère les sombres arceana de ces fenêtres, et ne riaient de l'AllemMid nouveau dâiarqué, qui va, comme un réyeur somnambule , trâ>ucliant à travers ces ruines fleurissantes.

J'étais réeUemoot comme dans un rêve, dans un rêve où l'on cherdie à se nqf^peler ce que l'on a d^ rêvé une fois. Je regardais tiourà-tour les maisons et les hommes, et il me semblait presque avoir déjà vu ces maisons en de meilleurs fours, quand leurs jofies peinlu^ res éclataient de la fraîcheur des couleurs; quand les ornements dorés des Irises des

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fenêtres n'étaient pas encore aussi noirds, et q«e * la flUadone de marbve ,- svte son en^ faot dans les bras, avait ^ encore son admimble téêe^que le temps ic(Mioclaste a brisé depuis d/une :façon m brnlalei Les figures des vieilles femmes me paraissaient aussi fort connues , et me faisaient l'ettrt d'avoir été dé* Coifpë6»snr les toiles des vieiHes peintures ita- Uetmes <[t» î'avak vues , étant èi^nt, dans la galmr de Dusaddorff. Les vieux hommes me pnraissiiesrt également des conoaissaiiices ou-» bliées. d^iiid long^^amps:, et me regardaient avec des jrenx sérieux , oommid du fond des siè* clés. Ménie les jeunes fillès: lestes et pimpantes fivaicnt qpidlque chose. d'ancienn^nent mort <i et, en înéBoie temj^s, de coiRoplétement ressus«cité, aiB point que le frisson me trarwsa, mais un doux ftfiason , comme |e l'avais fadis senli quand, ià Ykéure solitaire de -minuit-^ je pres^ 3ais de mes lèvres leslèvres de Maria^ femme admirablement b^e , qui n'avait, d'autre dé* faut que d'.étre' morte* Mais fimce me fut en-^ suite de rire de mojhméme^et il m^ sembla que la ville entière n'était qu'une jolie nouvelle que j'avais lue jadis, ou mieux encore, que l'avais composée moi-même, et que j'étais enr^

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chanté dans ma propre création, et que je .m'effrayais detant les figures enfantées par ma fantaisie. — PeatHâtre aussi, pensai-jé^ tojiit cela n'est- il au fond qu'un songe, et j'aurais de bon xœur donné un thaler pour un soufflet de femme, seulement pour apprendre si jVâtais éveillé. ou endormi.

Peu s'en fallut que je n'eusse cet article à meilleur. compte, quand je me heurtai contre la grosse vendeuse de fruits , au coin du mar^ ché; mais elle se contenta de m'envoyer sur les ordlles; quelques %ues iréri tables *, et je pus alors me couTainore que je me trouTais dans la réalité la plus réelle, au milieu de la place publique de Trente , près de la grande fontaine dont les tritons et les dauphins de cuivre lançaient d'une manière, fort appétissante leur eau claire coname de l'aident. A gauche, iétait un vieux palaazo dont les murs étaient peints de figures allégoriques bariolées, et sur la terrasse on exerçait à rhéroïame quelques soldats autrichiens; à droite, une petite maison gotho-lombarde d'un goût capricieux ,

* Le mot figue sur Voreille est employé en allemand au figuré pour signifier un soufflet.

dans l'intérieur de laqnelle une voix fraîche et légère de jeune fille ftedonnait si galment , si hardiment , que les murs crevassés en tremblaient déplaisir ou de vieillesse; au-dessus s'avançait, hors d'une fenêtre à ogive, une chevelure noire, frisée, tortillée comme un labyrinthe, frisure de comédienne , sous laquelle s'allongeait une figure maigre et durement caractérisée , qui n'était fardée que sur la joue gauche , et ressemblait ainsi à une omelette cuite d'un seul côté. Devant moi s'élevait le dôme antique, ni grand, ni sombre, barbon riant, vieilli à point , aimable et engageant.

XIIÎ.

Quand j'eus écarté le rideau de soie verte qui servait de porte à l'église, et cjue j'entrai dans la maison du Seigneur, je me sentis le corps et le cœur agréablement rafraîchis par l'air délicieux qui y soufHait , et par la lumière magique et veloutée qui descendait au travers des vitraux colorés sur l'assemblée en prière. II n'y avait guère que des femmes étendues en longues files sur des prie-dieu peu élevés. Elles

ne priaient que par un léger moufenaent des lèvres; et, en même temps, s'étentaient sans cesse avec de grands éyentails verts , de sorte qu'on n'entendait qu'un continuel et mystér rieux doichotement , et qu'on ne voyait que coups d'éventail et voiles agités. Le craque* ment dé wom bottes troubla phis d'une belle dévoUoB, M de grand&yeux catholiques me regardèrent moitié curieur, moitié agaçants , et m'auraient volontiers conseillé de m'agf nouil- 1er aussi et de faine utie sieste d'âme. •

Yi^aimentun pareil dôme, avec sa lumière étoufiee pt sa flottante friiicheur » est un séjour agrédblè, quand on a ddiors le soleil aiti»ig^ant^et une chaleur acodblante. On ne^s'en peut ikire aucune idée dans notre AUems^pae protestante du Nord, où les églises ike sont point bâties d'une manière aussi confortable } où la lumière se lance si insolemment par nos rationnelles vitres sans images , où méioe la froide abstr^i^on ' des prêches, ne. protège poiM Isufiisammetit contre la jchaleur. Qu/on dise ce qu'on «^oudi^a ,' le cathoMcisme eat une boniw iréUgien d^té. On est bien étendu sur l»hàa!Cê de ces vleiliesi«àthédMies , on ygoute me^té fraîche y un saiht dok^ far même ^vm

prie , on rêve et Ton pèche en pensée ; les madones dans leurs niches ont pour nous des regards si miséricordieux '; leur cœur de femme vous pardonne même quand on a mêlé leurs traits ditins à des réTerlès pécheresses; et, pour le surplus, im a dans un coin, en cas de nécessité, uii établisseraieBt en bois brun, à l'usage de la cohscienoe , où l'on peut.se smilâger de ses péchés.

Un jenne moiiie, à mine<sévfoe, était assis dans une semblable boutique. Le visage de là dame qui^ lui confessait ses péchés m'était dérobé, partie par son ycâle blàne, partie par la ptancbe latérale du confessionnal ; pourtant une main se montrait' en dehors dont la vue jU^ai^ réta. Je ne pouvais cesser de r^ardèr - dette main; le réseau azuré des veines et l-éclat délicat des doigts blancs, m'étaient bien sihguliè* remdnt connus ^ et toute la puissance! dà vêverie de^ mon âme fut en mottV^tneUtrpour ima^er une figure qui pàt appartenir à «étte main. C'était une bâen belle main, et 000, comme on en trouve dhes les jeunes fiUes^ naéitié agneaux , moitié ro^s , qui • «t'ont , qi^e i dei mains sans idiéesi^.^maifis st^utes végétales, toute» animales; oelleoî avait i^au' cdnAraipe

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quelque chose d'intellectuel » .d'historique, comme les mains des belles personnes bien ^levées, ou qui ont beaucoup souffert. Et puis cette main portait un air de touchante innocence, commasi elle n'avait pas besoin de se confes* ser aussi , qu'elle ne voulût même pas entendre ce qu'avouait sa maîtresse , et qu'elle attendit au dehors que celle-ci eût fini ; mais cela durait long-temps, il fallait que la dame eût beaucoup de péchés à raconter. Je ne pus attendre davantage; mon âme imprima un invisible baiser d'adieu sur la belle main, et celle-ci tressaillit au même instant, et tout- à -fait comme la main de Maria la morte quand je la touchais. — Au nom de Dieu, pensai-je, que fait Maria la morte à Trente ?. •• et je me hâtai de sortir du dôme.

Quand je repassai sur la place du marché , la susdite fruitière du coin me salua de façon

tout amicale et familière, comme si nous étions de vieilles connaissances. — Peu importe , me dis-je , de quielle manière on fasse une connaissance , pourvu qu'on arrive à se connaître.

Quelques figues jetées à la tête ne sont pas , à vrai dire, la meilleure introduction; mais moi et la fruitière, nous nous regardions pour-

tTÀLli. , ^i

tant aussi gracieusement que si nous naud fussions réciproquement présenté les meiUeu-» ras lettres de recommandation. D'ailleurs , la bonne femme n'avait pas mauvais air. Elle était, sans doute 9 déjà à cet âge où nos années de service sont inscrites sur le front avec de fatald chevrons ; mais elle avait, en revanche , d^au^ tant plus d'embonpoint , et ce qu'elle avait perdu en jeunesse était regagné en poids. Ajoutez que sa figure conservait toujours les traces d'une grande beauté, et qu^on y lisait, comme sur les vieux pots de faïence : Aimer et être aimé est le plus grand bonheur de la terre. Mais ce qui lui prêtait le plus de charmes, c'était sa coiffure , ses boucles bien roulées ^ poudrées à blanc, richement ei^aissées de pommade , et pastoralement piquées de fleurs naturelles.

J'observais cette femme avec la même attention qu'un antiquaire ses torses de marbre fraîche» ment découverts; je pouvais encore étudier beaucoup sur cette ruine humaine vivante, démontrer par elle les diverses couche^ des civilisations d'Italie, l'étrusque, la romaine, la gothique, la lombarde, jusqu'à la mo-* derne poudrée à frimats, et c'était une chose fort intéressante pour moi que de voir dans

7^ REISEBILDBR.

cette femme le contraste de ce résumé de civilisation, ayec sa profession et ses habitudes passionnées sans contrainte. Je n'étais pas moins intéressé par les objets de son commerce, les amandes fraîches que je n'avais jamais vues encore dans leur enveloppe verte primitive, et les figues mûres et parfumées , amoncelées en tas comme chez nous les poires. Je me réjouissais aussi à la vue des grandes corbeilles d'oranges et de citrons frais, et puis, quel aspect tout aimable! à côté, dans une corbeille vide, était couché un superbe enfant , qui tenait dans ses mains une petite clochette, et, pendant que la grosse cloche tintait à Téglise, il répondait dans chaque intervalle de deux battements par un coup de sa clochette, et souriait avec une si heureuse insouciance au ciel bleu étendu sur sa tête, qu'il me revînt à moi-même la fantaisie d'enfant la plus drôle, que je m'établis devant cette riante corbeille, que je fis le petit gourmand, et que j'entrai en conversation avec la fruitière. Mon mauvais italien fit qu'elle me prit d'abord pour un Anglais , mais je lui avouai que je n'étais qu'Allemand. Alors elle me fit une foule de questions géographiques, économiques, hortologiques et climatériques sur l'Allé-

magne , et s'émerveilla quand je lui avouai encore que les citrons ne poussaient pas chez nous, que nous étions obligés, pour faire le punch , de presser très-fort le peu de citrons qui nous venaient d'Jtalie , e| que , par désespoir, nous en remplacions le jus par du rhum. — Hélas,, ma chère dame, lui dis-je, il fait froid et humide dans notre pays; notre été n'est qu^un hiver badigeonné en vert, le soleil même est forcé de porter chez nous un gile^ de flanelle, s'il ne veut se refroidir. Sous ces rayons jaune de flanelle , nos fruits ne peuvent venir à point ; ils ont l'air pâle et malheureux, et, entre nous soit dit, les seuls fruits mûrs que nou6 ayons sont des nèfles. Quant aux figues, il nous faut, comme les citrons et les oranges, les tirer des pays étrangers , et la longueur du voyage les rend sottes et farînei^ses; nous ne pouvons recevoir fraîche, et (Je première màia que la plus mauvaise espèce, et celle-là est si amère, que celui qui la reçoit gratis vous intexite une plainte en voie de fait. En un mot, tous les fruits de qualité nous manquent , et nous ne possédons que les groseilles à maquereau , les poires, les noisettes, les prunes longues, et autre semblable populace.

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