‹ Œuvres de Henri Heine (volume 4)Chapitre 11 sur 81 · LES DEUX GRENADIERS · texte numérisé non relu

LES DEUX GRENADIERS

Vers la France s'acheminaient deux grenadiers de la garde ; ils avaient été longtemps retenus captifs en Russie. Et lorsqu'ils arrivèrent dans nos contrées d'Allemagne, ils baissèrent douloureusement la tête. jjl

Ici, ils venaient d'apprendre que la France avait succombé, que la vaillante et grande armée était taillée en pièces, et que lui, l'Empereur, l'Empereur était prisonnier. ^

• Il s'agit de la sorcière.

" Ecrit en 1816.

A cette lamentable nouvelle, les deux grenadiers se mirent à pleurer. L'un dit : — " Combien je souftVe ! mes vieilles blessures se rouvrent et ma fin s'approche ! "

Et l'autre dit : " Tout est fini ! — Et moi aussi je voudrais bien mourir. Mais j'ai là-bas femme et enfant qui périront sans moi.

"Que m'importent femme et enfant! J'ai bien d'autres soucis! Qu'ils aillent mendier, s'ils ont faim ! — Lui, l'Empereur, l'Empereur est prisonnier !

" Camarade, écoute ma demande : Si je meurs ici, emporte mon corps avec toi, et ensevelis-moi dans la terre de France.

" La croix d'honneur avec son ruban rouge, tu me la placeras sur le cœur; tu me mettras le fusil à la main, et tu me ceindras 1 epee au cote.

" C'est ainsi que je veux rester dans ma tombe comme une sentinelle, et attendre jusqu'au jour où retentira le grondement du canon et le galop des chevaux.

" Alors l'Empereur passera à cheval sur mon tombeau, au bruit des tambours et au cliquetis des sabres ; et moi, je sortirai tout armé du tombeau pour le défendre, lui, l'Empereur, l'Empereur ! "

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