RÊVE ET VIE
Le jour brûlait, mon cœur brûlait ; sans mot dire, je portais la douleur en moi-même ; je me glissai là-bas près de la rose fleurie en un endroit paisible.
Je m'approchai sans bruit, muet comme la tombe; des larmes toutefois roulaient sur mes joues. Je regardai dans le calice de la rose d'où sortait une lueur vive.
Et joyeux, je m'endormis près du rosier. Alors je fus le jouet d'un rêve lutinant : je vis une jeune fille au visage rose, le sein dans un corsage rose.
Elle me fît un joli présent, doré et moelleux ; vite je le portai dans une maisonnette d'or, qu'emplit étrangement une agitation confuse : un petit peuple y danse une ronde charmante.
Douze danseurs y dansent, sans trêve ni repos, en se tenant solidement par la main, et quand une danse est finie, une autre recommence de plus belle.
La musique de danse me bourdonne à l'oreille : " La plus belle des heures ne recommence jamais ; toute ta vie ne fut qu'un rêve, et cette heure-ci n'aura été qu'un rêve dans ton rêve. "
Le rêve avait fui, dans le matin gris; mon œil aussitôt regarda la rose : O malheur ! au lieu de la vive lueur, c'était un froid insecte que contenait le calice !