‹ Œuvres de Henri Heine (volume 4)Chapitre 30 sur 81 · TROIS SONNETS POUR GUILLAUME SCHLEGEL · texte numérisé non relu

TROIS SONNETS POUR GUILLAUME SCHLEGEL

Le ver le plus nuisible : le doute qui vous ronge ; le poison le plus funeste : le manque de confiance en soi-même, tout cela était sur le point de tarir en moi la sève de la vie ; j'étais un arbrisseau, dépourvu de soutien.

Tu le pris en pitié, ce pauvre arbrisseau ; tu le laissas s'appuyer à ta bonne parole ; et si jamais la débile petite plante se couvre de fleurs, ô mon grand maître, c'est toi qu'il me faudra remercier. i

Oh ! puisses-tu lui conserver ainsi ta sollicitude pour que, devenu arbre, il orne un jour le jardin de la belle fée qui t'a élu pour favori.

Dans ce jardin, racontait ma nourrice, on entend des accents d'une merveilleuse douceur ; les fleurs parlent et les arbres chantent.

' Heine fut, à l'Université de Bonn, l'élève de cet homme célèbre, l'un des chefs du romantisme allemand. — (Note des éditeurs.)

Robe à paniers richement fleurie, petites mouches sur ses joues fardées, souliers à pointes et passementeries, coiffure en tour, taille de guêpe :

Ainsi s'attifait la fausse Muse, lorsqu'elle vint un jour amoureusement t'enlacer : mais tu te détournas d'elle et poursuivis ta marche vagabonde, conduit par ton obscur instinct.

Dans une antique solitude tu découvris un château, à l'intérieur duquel la plus belle des jeunes filles, telle qu'une pure statue de marbre, dormait d'un sommeil enchanté.

Mais ton salut eut tôt fait de rompre l'enchantement ; la vraie Muse d'Allemagne s'éveilla souriante, et, enivrée d'amour, se jeta dans tes bras.

Non content de tes propres richesses, tu voulus encore te rafraîchir au séjour des Nibelungen sur le Rhin ; aux rives de la Tamise, tu pris des merveilles, et cueillis hardiment les fleurs des bords du Tage.

Près du Tibre, tu as exhumé plus d'un trésor ; la Seine a rendu hommage à ta gloire ; tu pénétras jusque dans le sanctuaire de Brahma et voulus aussi posséder les perles du Gange.

Homme avide, crois-m'en ! Tu dois te contenter de ce qui ne fut donné qu'à quelques hommes : Au lieu d'amasser toujours, songe désormais à prodiguer.

Et des trésors rapportés sans peine du nord et du midi, enrichis maintenant ton disciple, fais de lui ton joyeux héritier.

A MA MÈRE B. HEINE nIe Van Geldern

J'ai pour habitude de porter très haut la tête ; je suis de

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caractère un peu raide et opiniâtre ; si le roi lui-même me regardait en face, il ne me ferait pas baisser les yeux.

Pourtant, mère chérie, je le dirai hautement : malgré l'orgueil puissant dont se gonfle mon âme, en ta bienheureuse et douce et confiante présence, une crainte souvent s'empare de mon cœur.

Est-ce ton esprit qui doucement me subjugue, ton haut esprit qui pénètre vaillamment toute chose et monte, étincelant, vers la lumière du ciel ?

Ou bien est-ce le remords d'avoir commis tant de fautes qui t'ont contristé le cœur, ce cœur si beau et qui m'a tant aimé ?

Dans mon aveuglement je t'ai quittée un jour ; je voulais pousser jusqu'au bout du monde, pour voir si je ne rencontrerais par l'Amour, que j'eusse amoureusement pressé dans mes bras.

J'ai cherché l'Amour sur toutes les routes, j'ai tendu la main à toutes les portes, mendiant une pauvre aumône d'amour, — mais on ne m'a donné, en riant, que la haine froide.

Et toujours, et toujours, j'errais après l'amour, mais je ne l'ai trouvé nulle part, et je suis revenu au logis, malade et triste.

Mais là, tu es venue au devant de moi : ah ! ce que j'ai vu luire en tes yeux, c'était le doux Amour depuis longtemps cherché.

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