‹ Œuvres de Henri Heine (volume 4)Chapitre 56 sur 81 · COUCHER DE SOLEIL · texte numérisé non relu

COUCHER DE SOLEIL

Dans l'immense océan argenté qui frissonne, descend le soleil empourpré ; à sa suite, dans l'air, flottent des formes roses. Comme un visage triste et mortellement pâle, la lune, à l'autre bout du ciel, sort des voiles d'automne du couchant, et les étoiles scintillent derrière elle, étincelles lumineuses dans l'espace nébuleux.

La déesse Luna et le dieu Sol, unis par les liens du mariage, luisaient jadis au firmament : autour d'eux grouillaient les étoiles, leurs innocents petits enfants.

Mais de mauvaises langues semèrent la discorde, et l'hostilité sépara l'orgueilleux couple flamboyant.

Maintenant chaque jour, dans sa majesté solitaire, le dieu Soleil circule là-haut, et les hommes altiers qu'endurcit le bonheur adorent et célèbrent sa puissance. Mais, la nuit, Luna chemine dans le ciel, pauvre mère entourée d'étoiles orphelines, et elle luit avec un air de muette mélancolie. Et jeunes filles énamourées et poètes au cœur tendre lui dédient leurs fleurs et leurs chants.

La douce Lune ! Avec son cœur de femme, elle aime encore

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son bel époux. Aux approches du soir, tremblante et pâle, elle s'arrête derrière un nuage léger et contemple avec douleur celui qui l'abandonna. Elle voudrait pousser le cri de son angoisse : " Viens ! Viens ! Il tarde aux enfants de te voir ! " Mais le soleil, le dieu hautain, à la vue de son épouse, s'empourpre davantage encore de colère et de chagrin, et, implacable, il se couche dans son lit de veuvage aux ondes glacées.

Ainsi de méchantes langues de vipère ont apporté aux éternels dieux eux-mêmes la douleur et la ruine ! Et ces pauvres divinités, tourmentées et inconsolables accomplissent là-haut leur carrière infinie, et ne pouvant pas mourir, elles traînent leur éclatante misère.

Moi, moi qui suis un homme, à qui son humble origine garantit le bonheur de pouvoir mourir, je veux cesser de me plaindre.

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