‹ Œuvres de Henri Heine (volume 5)Chapitre 4 sur 6 · PREFACE. XIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XIII

Diane , plus à Minerve , plus à Vénus. Ce dernier point est contestable; je sais au moins qu'à regard des Grâces , les Français sont toujours restés orthodoxes.

J'espère qu'on n'interprétera pas mal ces observations : elles avaient pour objet de prévenir le lecteur contre un fâcheux malentendu. Dans les volumes qui suivront ceux-ci , il ne sera plus question ni de moyen-âge ni de catholicisme; mais il fallait traiter à fond ce thème dans les présens volumes , parce que j'avais k expliquer cette révolution religieuse , philosophique et artistique » sur laquelle madame de Staël a répandu pour sa part tant d'erreurs en France. Je le déclare franchement : je n'ai cessé d'avoir en vue le livre de cette grand'mère des doctrinaires, et c'est dans une intention de redressement que j'ai donné au mien ce même titre : de l'Allemagne.

Paris, leSayril i835.

PBEMIËBË PÀBTIE

Après avoir travaillé pendant long-temps a faire comprendre la France en AUeniagne, k détruire ces préventions nationales que lés despotes savent si bien exploiter h leur profit, j'entreprends aiijourd'hui uii travail semblable et non moihs utile en expliquant rAllemagnè aux Français.

La Providence i qui m^a imposé cette tâche, me*' donnera aussi les lumières nécessaires.

J'accomplis une œuvre profitable alleux pays , et j'ai pleine foi dans ma mission.

Autrefois, Tignorance la plus parfaite régnait en France à l'égard de l'Allemagne intellectuelle , ignorance qui devenait très funeste ep temps de guerre. Aujourd'hui , au contraire , surgissent un demi-savoir ; une interprétation erronée de l'esp^t allemand , une confusion de doctrines tudesques , qui esX redoutable et très dangereuse en tçmps de paix.

La plupart des Français se sont imaginé qu'il suffit de connaître lès chefs-d'œutre de l'art allemand pour comprendre la pensée de l'Allemagne : mais l'art n^est qu'une seule^face de cette pensée ; et encore pour la comprendre , il faut reconnaître les deux autres faces de la pensée alleniande : la religion et la pliilo-

Sophie.

Ce n'est que par l'histoire de là réforme religieuse , proclamée par Luther, qu'on peut apprendre comment la philosophie a pu se développer cheaj nous , et seulement.par Vçxposition de nos systèmes philosophiques, qu'on saurait apprécier cette grande révolution lit-* téraire , qui a commencé par la théorie , par les principes ô,'}xnG nouvelle critique , et qui a

^DK l'allemaoni: .

produit ce romantisme ipxe tous amez tant ad-^ miré. Vous av^ admiré des fleurs dont vousne connaissiez ^i Wi^acines ni le langage éymlM>lîque. Vous n'arves vu ^qpeie les couleurs ; vous n'avei^ senti que les parfums.

Pour dévoiler la pensée allemande ^ je dois donc parier d'abord de la religion. Cette i^eligion , c'est le christianisme.

Ne V0US d^im^z pas, âmes pieuses ! je ne Messerai pas vos ^oreilles par des- plaisanteries profanes. Elles peuvent enci^ avoir queltjue portée en Allemagne», où il est peut-être utile de neutraliser en ce moment l'influence de la religion ; car, nous autres Allemands, nous sommes dans la< situation où se trouvait la France avant m révolution , lorsque le <rbristi&iisme é<;ait inséparablement lié à l'ancien régime. L'un ne jp^uvait être élnranlé l^nt qu0 l'autre e&t continué d'exercer son influence sur la multitude. Il &llut que Voltaire fit entendre son rire tranchant avant que Samson p% laisser ^tomber ^a hache. Mais le rire de Voltaire n'a rien piH^uvé ; il a produit un effet t«ut matériel, comme la hache de Samson.

Voltaire n'a iait que blesser le corps du christiankme : tous ses sarcasmes , puisés dans l'his-

DE l'aLLEMAGNE.

toire de l'église -y toutf^ ses épîgrammes sar le dogme et le culte, sur la Bible , ce saint liTjre de rhumanité , sur la Vierge Marie , la plus belle fleur de- la poésie j tout ce carquois , hérissé de flèches philosophiques qu'il décocha contre le cleirgé et japriêtrièe, ne blessa que l'enveloppe iQiortelle; du christianisme , et non pas son essence intérieure ^ il île put atteindre ni les profondeui^ de son esprit.ni 9on âme immortelle. ; i. .^ ;., ;

Car le christianisme ^st; une idée 5 et , en cette qualité , il est indestructible , imnil>i^tel , comme le sont les idées. Mais cette idée , qu'est-elle?

C'est parce qu on n'a pas encore conçu clai^ rement cette idée, parce qu'on a pri&sesformes extérieures pour sa réalité, qu'il n'existe pas une histoire du cjiristianisme. Bien que deuit partis opposés écrivent l'histoire de , l'église , et se contrediipent constamment , ils sont cepend.Ant d'accord en C:ela qu'ils ne disent précisément ni l'un ni l'autre ce qu'est après tout cette idée qui fut le centre du christianisme , qui s'efforce de se révéler dans sa symbolique , dans son dogme et dans son culte , et qui s'est manifestée dans la vie réelle des peuples chré-

DE l'allemâgne. 7

tiens. C'est ce qtie ne nous disent ni Baronius, le cardinal catholique;^ .ni Schrœckh , le conseiller aulique protestant. Feuilletezi^ tonte la collection des actes des conciles, le code de la liturgie , toute l'ki^tQire ecclésiastique de Saccarelli , vous n'apprendrez pas ce que fut l'idée du christianisme. Que y oyez-y ous dans l'histoire des églises d'Orient et d'Occident? Dans la première: , des subtilités dogmatiques , à l'aide desquelles, les yieux. sophistes grecs cherchent à se renouyeler ; dans la seconde, rien que des questions de discipline au sujet des querelles que font naître les intérêts ecclésiastiques : des formulés d'oppression , inyentées par l'esprit casuistique des anciens Romains se manifestent de nouyeau. Comme on s'était disputé à Constantinople sur le logos ^ on se bat k Rome pour les rapports des pu^ances temporelles et spirituelles ; là on s'attaque sur homousios y ici sur l'inyestiture. Mais les questions byzantines :

Si \e logos est homousios k Dieu le père?

Ou si Marie doit être appelée* mère de l'homme ou mère de Dieu ? ^

Si le Christ manquant d'aUmens deyait

mourir (fe ikim ^ ou s'il n'avdif faim que pàrc^ qu'il voulait aroir faim?

Toutes c<98 qu^tiùns né s'ap{>uyâietil att fond que sur des intrigues de coiut* ^ et la solu* tton dépendait de ce qui se passait k là sour-^ diâe daïïs les petits appartemens du paiâîii sacrif comme par exemple désavoue silSùdô^é^ devait t(knber où si c'était Pulchériè. Gé n'est rien autre chose, rîeii dt^phis. Cette dame hall Nestorius qui a révélé ses intrigues d'amoui^ ; Fautre hait Cyi^illus que protè^ Pukhérie.

Tout se rapporte a deisi caquets (|e femmes tt d'euiluques. Il y a uA homme au fond de <3h^que question, et dans Thomme un parti qti^i^il^ sert ou qu'on pouimiit. Les choses ne se pâë^ saient pas mieux en Occident^ Rome v<Hilail dominer. Quand ses légions suecombaieiit ^ elle envoyait des dogtnes dans les provinces. Toii-^ tes les discussiéns de croyances avaient d<^^ \ usurpations romaines pour bases. Il s'agissait de consolider la puissance suprême de Tévèqu^^ de Rome. Çeliii-ci était toujours très tolérant pour les articles 'de foi proprement dits , mais il vomissait feu et flaipme dèâ ^'dn touehàit aux droits ide i'église. Il ne disputait pais béftucoup sur 1^ personnes en Jé^us-Christ, mais

beaucoup sur les conééqvtenc^é des dèdrélàltâsl d'Iâdore. Il centralisait Mn pidUtoi^ par le droit tsanoiiîque, parl'installattoii deséTêque^, par le rabaissemeilt de l'âiiteidté des princeis , par des fotidalioilift d'ordres monastiques, pâi^ le célâiatdes prêtres, eto. Mai^ tout cela état1>«ce le cliristîafiistne? L'idée du chinsftianiàme sie révèle-i^'^elleà iious pendatit k lecture de tette histùir^e? Et dette idée^, j^ le d^iUànde éncofe , quelle est-'elle?

Ea jeteint un regard l&tt dé préjugés dans riiisloîre des Maniehé^fitt et dèë 6no^it}Ueiâ , on pourrait déjà découviir^ dàlis le préûiiefr* siècle de l'toe chrétienne ^ coHittieht cttte idé^ s'est formée I et commeÉit elle è'e^t riiàttifbâtée dâtis le monde. Bien que les uhà aient été dé^ clarés hérél^ues> que lés autres soient déiôHé^,^^ et que l'égliâe \éè ait condamnéi» tou^ , teur in-^ fluence ^ur le dognve s'eàt cependant coti^eN vée, l'ÉPt chtiétien s'éàt développé de ItMt^ ^jrn^bol^s, el leur façon de voir Vest identifiée à la vie têtière de tous lés peuples chfétienâ. D'apf es leurs demièréè raisons , les Matïî^ chéens ne différât. pas beaucoup des Gnolsûques. La doctrine des deux principes, le bon et le m#âvats, qui se combattent, leur e^

cpmmunç . Les uns , les Manichéens , emprun-* tèrent c^, dpgme à rancîeiine religion des Parsis ^^ où Oi'omase, la lumière, est opposé à Arimanes, la nuit ou les ténèbres. Les autres, les véritables . Gppstjques , croyaient plus à la préexistence du bon principe , et expliquaient la naissance du mauvais principe par Témanajtion^ par; génériation d'jEon.y qui se dété * rioraiçnt d'autant pluis qu'ils s'éloignaient de leur origine. D'après Cerynthus, le créateur de notre monde^n'e^t^nuUeinent Dieu très haut, mais seulement une émanation de lui, un de ces Eons, le véritable ûfei!W»b«r^oj,qtji- à .insensiblement dégénéré , et qui s'est plaôé en adversaire vis-^a-^is du /(qg'oj , le bon principe émané directenient du Dieu suprême. Cette cosmogonie gnostique est d'origine indienne , elle entraîne avec elle la doctrine de l'incarnation de Dieu, de la mortification de la chair, de la vie contemplati venelle adonné naissance \ l'ascétisme , à .l'abnégation monastique , qui est la fleur la plus pure de l'idée chrétienne. Cette idée n'a pu se manifester que très vaguement dans le dogme, et n'apparaître que confusément dans le culte. Toutefois nous voyons apparaître partout la doctrine des deux prin-

DE l' ALLEMAGNE. 1 ï

cipe&; le pervers Satan est partout opposé au Christ ; 4e nvonde spirituel est représenté par le Christ, le inonde matériel par le diable.

Au premier est 9i<>tre âme, au second notre oojrps. Le m(màe çntier , la nature , sont dévolus par leur origine au mal. C'est par eux que Satan , le prince d^b ténèbr^es, veut nous entraînjsr à nôtres perte , et il Êiut renoncer à loM les plaisirs; sènsilelsdje la vie, martyriser not^ë tovpsi, iiiféodé à Salaîn , afin que rame s'élève plus qiiajestueiisement aux lumières du ciel, au royaume éblouissant du Christ.

Ce^ i^jnstème, qui est Pidée du christianisme , s^ëtaît répandu avec une incroyable rapidité dans tout l'einpire romain ; ces douleurs ^ cette lièvre , cette tension extrêilie , durèrent pendant tout le moyen-âge^ et nous autres modernes nous en ressentons encore souvent de la douleur et de la faiblesse dans tous les membres. Si quelqu'un de nous est déjà guéri, il ne peut cependant échapper à l'atmosphère d'hôpital qui l'entoure, et il se trouve malheureux comme un homme bien portant parmi diesmalades. Un jour, quand l'humanité sera pleinement revenue à la santé, quand la paix aura iété conclue entre le corps et Ffime, et

ï2 DE l'aLLEMAGNE.

Qu'ils reparaîtront dans leur harmoaie primitive, alors la queiselle factice que le christia^ nisme a fait naître , paraîtra à peine compré«« beasible. Les génél*ations |4us belles ,et plus . heureuses, nées de libres c^mbrassémens, qui s'élèveront florissantes au sein d'une religion de plaisir souriront douloureusement eh son ^ goant à leui^ pauvres ancêtres ^ dont la vie 9'est passée dans la triste abstinence de toutes les jbies de cette belle terre, et qui ont blémt jusqu'à la condition de ^ectres, par la flétris^ sure mortelle qu'ils ont appliquée aux cbsau^ des et brillantes émotions des sens ! Oui,, je le dis avec cel'titude, nés desceadans seront plus beaux et plus heureux que nous; car je crois au progrès , et je tiens Dieu pour un être clé* ment qui a destiné l'humanité au bonheur.

En parlant ainsi , je crois l'honorer plus que ces gens qui pensent que l'homme est né pour soufiCcir. Déjà, sur cette terre, je voudrais voir, cette félicité s'établir par les firuits des institutions politiques ^l industrtelles fondées sur la liberté , ce qui , selon la pensée des âmes éé^ votes, n'^atu-alieu qu'au ciel, après le jugement dernier. Ce sont peut-^être la , des dieux parts , de folles espérances , et n'y a^-il à espérer àe

DB l'Allemagne. i5

résurrection pour l'humanité ni dans le sens politique ni dans le^ens chrétien? L'bumanit^ est peut*être dei^tinée à d'éternelles misères, condamnée k être foidée aux pieds psur les despotes , exploitée par leurs suppôts , et ba* fouée par leurs laquais. Hélas! sHl en était (linsi^ce serait un devoif pour ceux-lk mêmes qui regardent le catholicisme comme une erreur que de le maintenir; qu'ils parcourent alors l'Europe , les pieds nus et sous des capuchons de moines , qu'ils prêchent le néant et 1^ renonciation à tous les biens terrestres, qu'ils montrent aux hommes enchaînés et avilis la consolante image du crucifix , et qu'ih leur promettent après leur mort tomes les joies du ciel.

C'est peut-être parce que les grands de ce monde, sûrs de leur puissance, ont résolu dans leur âme d'en abuser, éternellement, qu'ils ont reconnu la nécessité du christianisme pour leurs peuj>les; et c'est, après tout , par un sentiment d'humanité envers les pauvres nations qu'ils se donnent tant de peine pour cônserveir cette foi.

Le sortfinaidu chriÀianisme est aini^i dépendant de sa nécessité. Pendant dix-huit sièdes.

]4 I>E l' ALLEMAGNE.

cette religion a été un bienfait pour rhuma- Viité ; elle à été providentielle, divine , sainte. Tout ce qu'elle a fait en faveur de la civilisation , en affaiblissant les forts, en donnant des forces aux faibles, en liant les nations par un même sentiment, par' un même langage, et tout ce que ses apologistes lui ont attribué de grand, tout cela est encore peu de chose comparé à cette immense consolation qu^elle répandait parmi les hommes. Une gloire éternelle appartient au symbole de ce Dieu souffrant , de ce Dieu crucifié , à la couronne d'épines, dont le sang a coulé comme un baume adoucissant sur les plaies de l'humanité. Le poète doit suru>ut reconnaître avec respect la sainte sublimité de ce symbole. L'ensemble de tels symboles qui éclate dans les arts et dans la vie du moyen-âge , excitera , dans tous les temps, l'admiration du poète. Quelle colossale unité dans l'art chrétien , quelle unité dans ses œuvres ! Voyez ces dômes gothiques , comme ils forment, bien un seul son avec le culte , et comme se révèle bien ici l'idée de l'Eglise elle-tnême I Ici , tout s'élève vers le ciel , tout se traïissubtancie : la pierre s'élance en bourgeons , ' en feuillage , et devient arbre ; les

DE l' ALLEMAGNE. l5

fruits de là vigne et du frometit deviennent du sang et de la chair; l'honimé devient Dieu ; Dieu devient pur esprit ! ^Quelle étoffe précieuse et féconde pour les poètes que cette vie chrétienne du moyen -âge! Le christianisme seul pouvait répandre sur cette terre tant de hardis contrastes , des douleurs si colorées , des beautés si hasardeuses ; tout cela si grand , si merveilleux , si inoui , qu'on dirait que rien de pareil n'a jamais existé dans la réalité , et que tout cela a été enfanté dans le délire d'une fièvre, délire colossal de quelque dieu fou. La nature elle-même semblait alors se travestir sous des formes fantastiques; et bien que l'homme , plongé dans les profondeurs de ses abstractions, se détournât d'elle avec chagrin, elle l'éveillait quelquefois d'une voix à la fois si .douce et si terrible , si prodi- ^usement tendre , et si enchanteresse et si puissante^ que l'homme écoutait involontair rement , souriait , s'effrayait et en mourait quelquefois. L'histoire du rossignol de Bâle iïie revient en ce moment à la mémoire; et commet sans doute, vous ne la connais^z pas»

je vepx vous la conter :

' Un jour de mai 1433, du temps du concile,

:i6 PC l'àllemagns:.

iinç société d'ecclésiastiques alla se pTamener dai^ un b^is» près de Baie. Il y ayait des prélats i des docteugrs, des moiaes de toutes les couleurs, et ils disputaient sur des points de difl^^tté tbé0logîque « distinguant, argumentant, s'échaujffant sur les annates, les expectatives et les restrictions , recherchant si Tho^

mas d'Àquin a été un plus grand philosophe que Bonaventure ^ que sais-^je moi? Tout a coup, au miheu de leurs discussions dogmatiques et abstraites , ils se turent et restèrent comme enracinés dessous un tilleul en fleurs 5 où se cachait un rossignol qui roucoulait e^t soupirait les^mélodies les plus molles et 1er; plus tendres. Tous ces savans personnages se sentirent merveilleusement . touchés , leurs cœurs scolastiques et monastiques s'ouvrirent à ces chaudes émanations du printemps ; ils se réveillèrent de TengoUrdissement glacial oîi ils étaient plonges ; ils se regard^rent^avec surprise et ravissement, — lorsqu'un d^euxremv^ua subtilement que tout ceci ne lui B&m-^ blait;, pas très canonique, que ce rossignol pourrait bien être un démon , que ce démon les détournait de leur conversation dirétîenne par ses chants séducteurs , qu'il tes entrainak

DE l'aLLEMAGNE. I7

à la vohipté et aux doux péchés^ et il se mit à l'exorciser ^av^c la formule alors usitée : adjuro te per eum qui veniurus est ^udicare vwos et mortuos , etc. Oo dît que l'oiseau répondit à cet exorcisme : c< Oui , je auifi un malin esprit! » et qu'il s'envola en riant. Pour ceux qui Ta- Taient entendu chanter, ce jour-lk même ils tombèrent lùalades , et moururent bientôt.

Cette histoire n'a p|is besoin de commentaire. Elle pprte l'effroyable cachet d'un temps où tout ce Ofui était doux et aimable^ était taxé 4e sorcellerie diabolique. Le rossignol luimême était caldmnjé, et l'on faisait un' signe de crqix quand il obantait. Le vrai chrétien marchait les sens exactement fermés, comme une abstraction, comâae un spectre, au milieu delà riante nature. «Je re viendrai phis tard sur ce rapport des âmçs chrétiennes et de la n%turè; car, "pour fai^e conilaitre l'esprit de l'école romantique m#derne, jç serai forcé d'exposer les superstitions populaires allemandes. Pour le momient , .je me bornerai k remarquer que» des écrivains français , égarés par l'autorité de quelques Allemands , sont tombés dans une grande erreur, en admettant que , pendant le moyen-âge , les crpyan- I. 2

ces populair^ps avalent été les -mêmes dans toute l'Europe. Ce n'est que sur le bon principe, sur le royaume de Jésus - Christ , que l'Europe entière nourrissait les mêmes vues ; l'église de PVome y ppurvoyait, et quiconque s'éloignait de l'opinion prescrit€i, était un hé-^ rétique. Mais sur le mauvais principe, $ur l'empire ^e ^atâ^ i l^ vues variaieiit selon li^ pays y et dans le np^d on s'en faisait une autr.e idée que dans 169 çqntrées rpioiantiques du sud. Cela venais de ce que les prêtres chrétiens pp rejetaient pas pomme des songe&i vidp^ les vieilles divinités nationales, mais qu'ils leur acpordiâient uno existencç réelle , ei^ ^^urant toutefois que les dieux étaient autant de diablés et de diablesses, qui avaient pe|:duleur pouvoir sur les hommes par la victoire du Christ , et qui cherchaient maintenant a Iç^ attirer à eux tle nouveau, par la ruse et la volupté* Tout l'olympe, était devenu un„ enfer dans l'espace , et les poètes du moyen-âge avaient beau chanter avec grâce les divinités grecques , le pieux lecteur ch];étien ne voyait là que ilémons et revenans. I^e sombre anathème des moines tomba surtout bien ruder ment sur la pauvre Vénus. Elle passait pour

DE l'ai^lemagste. ig

"Une fiile de Belzébuth , et le bon chevalier Tanhausér lui dit même en face :

O Vénu^ , nia belle déesse , Vous êtes une diablesse !

Ce Tanhausér , Y énus l'avait entraîné dans ce lieU merveilleux qu'on nommait la mon* tagne de Vénus , où la belle déesse et ses nymphes menaient, au milieu des jçux et des danses, la vtê la plus dissolue. Diane elle-même, en dépit d/d sa chasteté', était accusée de courir les bois dans la nuit avec ses nymphes; de la les légendes du Féroce Chasseur et de la Chasse nocturne. Ici se montre tout-k-fait le point de vue gnostique de la détérioration des choses divines , et l'idée du christianisme se névèle ifi la manière la plus sensible dans cette transformation de l'antique culte national.

La foi nationale en Europe , mais plus au liord qu'au sud , était j>anthéiste. Ses mystères ^ ses symboles reposaient stir un culte de la nature; dans chaque élément on adorait un être merveilleux ; dan^ chaque arbre respirait une divinité ; toutes les apparitions du monde sensible étaient divinisées. Le christianisme retourna cette manière de voir; au lieu de di-

viniser la nature , il la diabolisa. Mais les riantes images de la mythologie grecque/lnventées par les artistes, et qui régnaient avec la civilisation dans le midi , n'étaient pas aussi faciles à changer en masques sataniques que lès dieux de la Germanie , à la création desquels nulle pensée artiste n'avait présidé y et qui étaient déjà aussi sombres et aussi chagrins que le nord même. Ainsi, ëa France, on ne put créer un empire du diable aussi terrible et aussi noir que chez nous, et le monde des esprits et des sorciers y prit une forme sereine. Combien les légendes populaireis de la France sont belles, éclataxites et claires, comparées aux légendes deTÂUemagne, ces tristes enfantemens pétris de srang et de nuages, dont les formes sont si grises et si*btaferdes, etj'aspeot si cruel ! Nos poètes du moyen-âge, qui choisissaient, la plupart, des sujets que vous autres de la Bretagne et dç la Normandie , vou's aviez trouvés et traités les premiers, donnèrent , peut-être à dessein , à leurs ouvrages , ces agréables formes de l'ancien esprit français. Mais dans nos compositions nationales, et dans nos légendes populaires traditionnelles , domina ce sombre esprit du nord dont vous

DE l'âllemagne. 2r

pouvez a peine vous faire une idée. Vous avez, ainsi que nous, plusieurs sortes d'esprits élémentaires , mais les nôtres diffèrent autant des vôtres qu'un Allemand diffère d'un Français.

Que les démons de vos filiaux sont nets et propres «n comparaison de la canaille infernale de nos esprits infects et mal léchés ! Vos fées , vos liiti|is , de quelque pays que vous 1er tiriez, du pays de Galles ou de l'Arabie, semblent parfaitement naturalisés chez vous, et se distinguent des ap(>aritions germaniques, à peir près comme un dandy qui flâne sur le boulevart de Coblentz, avec des gants jaunes glacés , se distingue d'un lourd porte-faix allemand. Vos Ondine et vos Mélustne , par exemple, sont des* princesses; les nôtres sont des blanclii^euses. Quelle frayeur éprouverait la fée Morgane, si elle rencontrait une sorcière allemande, toute nue, enduite d'onguent, et courant*, k cheval sur un balai , au sabbat du Broken , cette montagne qui sert de rendezvous à tout ce qui a été conçu de plus hideux et de plus sombre ! A sa cime est assis Satan , sous la forme d'un bouc noir. Chaque sorcière s'approche de lui , un cierge à la main , et le baise là où cesse le dos. Puis, toutes ces sœurs

22 DK l'aLLEMAGNE.

infernales dansent en rand autour de lui. Le bouc bêle, et rimfernale chahut lance au loi]> un cri de joie féroce. Quand les sorcières, p§r^ dent un de leurs souliers dan^ cette dansa , c'est pour elles uii triste présage ; cela signifie qu'elles seront brûlées dans le coura ^de l'année. Mais la folle musique du sabbat, digne de Berlioz y dissipe toutes les craintes et t^us les pressentimens , et quand la pauvre sorcière se réveille le matin ^e son ivresse » elle se retrouve nue et accablée sur la x^endre, près de son foyer éteint. •

On trouve les meilleures notions sur ces sorcières dans la DémonolôE^ie de Thonorable et savant docteur Nicolas Rémigius , juge criminel de son altesse sérénissifne le duc de Lorraine* Cet homme perspicace ét^it ^ il est virai , dans la meilleure situation du monde pour connaître les sorcières , car il instruisait leurs procès , et , dans son temps seulement , plus de huit cents femmes montèrent ^ en Lorraine , sur le bûcher , comme atteintes et con^ vaincues de sorcellerie. L'épreuve consistait particulièrement en ceci : on leur liait les msiins et les pieds ensemble , puis on les plongeait dans l'eau. Si elles tombaient au fond et se

D£ l'Allemagne. ii3

noyaient , elles étaient innocentes ; mais flott:aietit-eUes au-dei^us de la riyièire , on les texiait^pour coupables et on les brûlait sans miséricorde. C'était la logique du temps.

Comme base du caractère des démons alleiifiiands , nous voyons que tout ce qui est idéal leur a été enlevé*, et que rhçrriblè est allié en «u:k à l'ignoble. Plus ils te montrent lourdexnent familiers, plus l'impression qu'ils produisent est effroyable. Rien n'est plus repoussant , cjuè nos revenans, nos kobolds et nos farftdets. Praetoritis, dans son Antropodemus plutonicuB donne une page à de sujet, que je obpie d'après Robeheck \

« Lés anciens n'ont pu dire autre chose des

l&obolds, sinon que c'étaient des hommes véri-

t:abies, de forme semblable aux petits enfans,

avec de petits habits bariolés; quelques-uns

ajoutent qu'ils portent un couteau qui sort de

leurs reins , par quoi ils sont très laids a voir ,

ayant été autrefois méchamment assassinés

avec cet instrument. Les superstitieux pensent

que ce doivent être les âmes de gens tués dans

lamalison où ils apparaissent; et ils rappoi^tent

beaucoup d^histoires , disant que les kôbôlds

rendent de si bons services aux servantes et aut

24 DE iJàLLEMAGiŒ,

cuisinières et se font tant^aimer , que beaucoup de celles-ci les ont pris en affection au point de désirer ardemment leur vue et de les appeler. Mais ces esprits ne se rendent pas volontiers à leur désirs , car ils disent qu'on ne peut les voir sans frissonner à en mourir. Cependant, quand les servantes insistent, les kobolds désignent un endroit de la maison où ils se présentent en personne ; ils préviennent qu'il faut avoir soin d'apporter avec soi un seau d'eau froide. C'est qu'il est ahàvé souvent que le kobold est venu, s'étendre tout nu sur un carreau, avec son grand couteau qui lui sor^ tait du dos , et ' que la servante effrayée est tombée en défaillance. Là- dessus, le petit être se levait, prenait l'eau , et il en inondait la créature pour qu'elle revînt a elle. Et aussitôt la servante perdait son envie et ne demanr dait plus jamais à revoir le petit Chim. Il faut savoir que les kobolds ont tous des noms particuliers, mais qu'ils se nomment ordinaiirement Cfum. On dit aussi qu'ils se livrent à toutes sortes de travaux pour les valets et les servantes auxquels ils se sont adonnés, étrillant les chevaux, faisant la litière de l'écurie , lavant tout^ tenant la cuisine en bon ordre , faisant l'ou-

DE l'allemagne. â5

Trage de la maison', et doimant tant d'attention à tout , que le bétail engraissait et profitait beaucbup sous leur surveillance. Il £iut , pour cela, que la yaletaille#caresse beaucoup les kobolds , qu'on ne leu|fasse{>as la moindre peine , qu'on ne rie jamais d'eux , et qu'on ne leur refu$e jamais les. mets qu'il»affectionnent. Quand une cuisinière a pris une de ces petites créatures pour son aide secret , elle doit chaque joui^ , à la même heure , au même lieu , lui porter un plat bieil préparé et bien assaisonné^ et s'en aller sans regarder derrière elle ; après cela , elle peut paresseir tout a son aise , dormir le sdir , elle ne trouvera pas moins son ouvrage fait dès le matin. Oublie-t-elle une fois son devoir et néglige-t-elle de porter le plat du kobold à l'heure dite , elle ^st forcée de Ëiire toute seule sa tâche , et rien ne lui réussit. Tantôt elle se brûle dans l'eau bouillante , tantôt elle brise les pots et la vaisselle', elle renverse les sauces , etc. ; ce qui la fait infailliblement gronder et punir par le maître ou la maîtresse du logis, cas auquel on, entend souvent le kobold se moquer et rire.De leur côté» les kobolds ont coutume de rester dans la maison même'quand on y change de servantes. Sou-

20 DE L*ALLÈMAGNir.

vent une servante qui s'en allait recommandait le kobold à celle qui prenait sa j)lâce , et quand celle-ci ne tenait pas compte de ses recommandations , les malheurs ne kiirmanq,uaient pas , et" elle était forcée k son tour de quitter bientôt la maison. »

* L'anecdote suivante est peut-être une deà . plus terribles aventures de ce genre :

Une servante avait eu pendant biei>ides an- . nées un invisible esprit familier qui s'asseyait près d'elle au foyer , où elle lui avait feiit une petite place, s'entretenant avec lui pendant les longues nuits d'hiver. Un jour la servante pria Heinzchen (elle nommait ainsi l'esprit) de se laissei* voir dans sa Véritable forme. M aisHéînzchên refusa de le faire. Enfin, ajflrès de longues instances', il y consentit, et dît à la servante de descendre dans la cave où il se montrerait. La servante prit un flambeau , descendit dans le caveau , et là , dans un tonneau ouvert , elle vit un enfant mort^qui flottait au milieu de son sang. Or, longues années auparavant, la servante avait mis secrètement un enfant ait monde, l'avait égorgé, et l'avait caché dans un tonneau.

Les Allemands sont ainsi faits, qu'ils cher-

DE l'aLLÊMAGNE.^ 27

chent leurs meilleures bouffonneries dans les choses terribles ', et les légendes populaires qui parlent dés kobolds sont souvent remplies de traits pluisans^Les histoires les plus amusantes * sont celles du Hudeken , un kobold qui fkisait ses tours dans le xii® siècle , a Hildesheim , et dont il est question dans nos chroniques, dans nos romans mei'veilleux et dans nos veillées. J'emprunte a la chronique du cloître de ÏJi**schau , par Tabbé Trithême , le passage suivant : '

<c En Tan 1132 , apparut à beaiicôup de gens deiPévêché d'Hildesheim , et pendaut un certain tedips, un très malin ^esprit. Il a.v^it la forme* d'un qianant/et portait un chapeau sur sa tête. C'est pourquoi les paysans le nommaient en langue saxonne Hudeken (petit chapeau) < Cet esprit trouvait son plaisir à hanter leshdm%tie^9 à être tantôt visible et tantôt invisible , à leur faire des questions , et à répondreà celles qu'on lui* faisait. Il n'offensait personne sans motif. Mais quand on se moquait de lui , du loi^squ'on Tinjuriait , il rendait le mal avec usure. Le comte Burchard de Luka ayant été tué par le comte Hermann de Wissemdiourg , et son pays se trouvant en danger

â8 DE L'ALLEMAGNE.

de devenir la proie de ce dernier, Hudekea alla réveiller l'évêque Bernhard de 'Hildesheim dans son sommeil y et lui cria : «r Lève-toi, tête «chauve ! la comté de Wissembourg est abandonnée et vacante par le meurtre de son seigneur, et tu pourras facilement l'occuper. ^ L'évêque rasseipbla vitement ses gens d'armes, tomba sur les domaines du comte félon, et les réunît, avec l'assentiment de l'empereur, a son évêché. L!esprit avertit bien souvent ledit évêque de toutes sortes de dangers , iet $e montra souvent dans les cuj^ines du palais épiscopal , où il s'entretenait avec les marmitons „ei leur rendait toutes sortes de sénvices» Comme on était devenu' très familier avec Hudeken,. un jeune marmiton se permettait de le harceler et de lui jeter d^ l'eau malpropre chaqup fois qu'il paraissait. Enfin l'esprit pria le maître-queue ou le principal cuisinier de <^fendre ces espiègleries à ^ce garçon mal courtois ; le maître-queue répondit : >r Tu es un esprit , et tu as peur d'un pauvre gars ! » A quoi Hude* ken répondit d'un ton menaçant : ^ Puisque tu ne veux pas châtier ce garçon , je te montrerai dans quelques jours si je le redoute ! » Bientôt après, le garçon qui avait offensé l'es^

DE L AIXEMÂOinS. 2g

prit , se trouva dormir tout seul* dans la cuisine. L^esprit le saisit, le poignarda, le mit en pièces, et jeta tous les lambeaux de son corps dans les pots qui étaient sur le feu ; quand le cuisinier découvrit ce tour, il se mit à maudire Tesprit , et le jour suivant , Hudeken gâta tous les rôts qui étaieni; à la broche , en y versant du venin et du sang de vipère. La vengeance porta le cuisinier à de nouvelles injures ; alors l'esprit l'entraîna sur un faux-pont enchanté , et le fît périr dans les fossés du château. Depuis ce temps, il passa les nuits sur les remparts et les tours de la ville , inquiétant beaucoup les sentinelles , en les força^it à faire une rigoureuse surveillance. Un bourgeois qui avait une femme infidèle, dit un jour en plaisantant, au moment de se mettre en voyage :

tr Hudeken , mon an^i , je te recommande ma femme; garde -la bien. » Dès que le bourgeois se fut mis en route > la femme déloyale fit venir tous ses .amans les uns après les autres. Mais Hudel^ea n'en laissa pas approcher un seul , et les jeta tous du lit sur le plancher. Lorsque le mari revint de son voyage , l'esprit alla au-devant de lui , et lui dit : t Je me réjouis de ton retour , qui me délivre du lourd

5o DE L'ALLEMAGNE,

service que ttt m'avais imposé. J'ai préservé ta femme du péché d'infidélité avec une peine incroyable, mais je te prie de ne plus la mettre sous ma garde. J'aimerais mieux garder tous les pourceaux du pays de Saxe, qu'une femme qui veut se j^ter dans les bras de ses ftmans. » »

Je dois remarquer , pour l'exactitude tiis* torique , que le chapeau qui couvrait toujours la t^te de Hudeken s'éloigne du costume ordinaire des kobolds; ceux-ci sont habituellement TÂtus de gris, et portent un petit bonnet rouge. Du moins c'est sous cet affublement qu'on les trouve ep Danemarck , oîiils sont encore dans le plus grand nombre. Autrefois, je croyais quH)s avaient choisi ce pays pour séjour à cause w sa belle orge rouge; mais un jeune poète danois, M^ Andçrson, que j'ai eu le plaisir de connaître à Paris, cet été , m*'a positivement assuré que les ms^en^ ainsi qu'on nomme les kobolds en Danemarck , préfèrent pour leitr neurriture la panade^ au beurre.

Quand ces kobolds se sont introduits dans une maison , ils ne se montrent pas facilenient disposés k la quitter. Toutefois, ils ne viei^ nent jamais sans être annoncés, et ils prévien-

D^ l' ALT^EMAGNE , 5l

hertt le maître du logis de la façon suivante. La nuit , ils portent dam la maispn une grande quantité de petits éclats de bois;, et ilsrépan- 4e^t d^ la fiente dç bétail d^ns les" vases oii l'on conserve le l||it; si Iç maître nç jette ]pas les éclats de bois, s'il consomme avec ^a famille ce lait ainsi souillé , Iç^ kobolds s'ipstallent che^ lu^ pour toujours. 'Un pauvre Jiitlandais devint si chagrin de la présence incommode d'un deyce« singuliers commensaux, ^u'ilréiol]|t de lui abandonner sa maison. Il chargea 563 misérables effets sur une bwuetté ^ et se

luît en chemin pour aller s'établir dan^ le vil-» lage prochain. Mais s'étant retourné unefoif sur la route, il aperçut le petit l^nnet rouge et la petite têtç du kobpld, qui s'avançait hors d'une des bâfrante? au betirre^ et qui lui cria amicîalçmevit : wfiuiten ! (nou« déménageons) ! Je me suis arrêté. peut-être un peu trop long- temps près de ces petit* démons , et il est temps que je passe aux grands. Mais toutes ces histoires donnent une idée des croyance^ et du caractère du peuple allemand- Cette croyance était jadis auçsi puissante que la foi en l'église. Lorsque le savant docteur Remigius eut achevé son grand ouvrage sur la sor-

3d PK l'aixkjiagne.

cellerie , il se regarda comme si bien instruit de sa matière , qu'il crut pouvoir se livrer luimême à la magie , et consciencieux docteur qu'il était, il ne manqua pas de se dénoncer aux tribunaux , comme sorcier. Il fiit brûlé publiquemept par suite de ces a^eux» ^

Cesborreurs ne provenaient pas directement de l'église catholique , mais indirectement sans aucun doute , car elle avait si artificieùsement iiïterverti la vieille religion germanique, que le système panthéistique ^^s Allemands était devenp p^ndémonique , et les divinités populaires avaient été changées en diables affireux. L'homme n'abandonne pas volontiers ce qui a été cher à i^s pères, ses prédilections s'y cramponnent secrètement et souvent à soii insu , même quand on l'a mutilé et défiguré.

Aussi cette superstition populaire , ' toute travestie qu'elle soil , djirera-t-elle peut-être en Allemagne plus Ipqg-temps que le culte chrétien, qui n'a pas, comme elle, sa racine dans l'antique nationalité. Au temps de la réformation , le souvenir des légendes catholiques s'eflfaça rapidement , mais nulle* ment la croyance aux enchantemens et aux sorciers. Luther ne croit plus aux miracles du

TDÊ L'ALlifeMACNï:. 35

"<;atliolicfsme; mais il croit encore à la puissance du diable. Ses pi^opos de table sont pleins -d'histoires anciennes et curieuses où il est ques-- ^ioti des tours que fait Satan , des kobolds et tles sorcières. Lui-même, souvent, il crut lutter avec le diable en personne. A la Wartliourg , où il traduisit le Nouveau-Testament , il Ait si fortement troublé par le diable, qu'il lai jeta son Méritoire à la.tête. Depuis ce temps, le diable a^une grande horreur de l'encre, mais peut-être encore plus *du noir d^impriiiierie. Daiis ces propos de table , il est bien souvent question de la finesse et de l'astuce du diable , et je ne puis me dispenser de vous citer encore une histoire.

Le docteur Martin Luther conte qu'un jour quelques bons compagnons étaient assis et devisaient dans un cabaret. Il y avait parmi eux un garçon impatient, emporté et sauvage, qui s'était mis à dire que si quelqu'un voulait lui donner une bonne pinte de vin , il lui vendrait son âme.

l^eu de momens après, un homme entra datis la chambre , s'assit près de lui , but avec iui, et lui dit :

— Écoute , tu as dit tout a l'heure que si I. 3

34 DE l' ALLEMAGNE.

quelqu'un voulait te donner une bonne pinte de vin, tu lui vendrais ton âme?

Celui-là répéta encore: — Oui, je le veux bien ; aujourd'hui buvons, faisons des folies et soyons de bonne humeur.

L'homme, qui était le diable, dit oui, et bientôt après il disparut. Lorsque le même buveur eut passé joyeusement toute la journée , et se trouva ivre, le même homme, le diable , revint, s'assit près dé lui, et dit aux autres compagnons de débauche : .

— Mes chers sires, quand quelqu'un acheté un cheval , la selle et la bride ne lui appartiennent-elles pas aussi? Que vous en semble? Tous eurent une grande frayeur. Mais finalement l'homme leur dit : *

— Allons, parlez nettement.

Us en convinrent, et répondirent: — Oui , la selle et la bride lui appartiennent aussi. Alors le diable s'empara de ce garçon emporté , l'enleva par le toit, et personne ne sut jamais où il était allé.

Bien que je porte le plus grand respect a notre grand maître Martin Luther, il me semble qu'il a complètement méconnu le caractère du diable. Celui-ci ne parla jamais du

€orps avec autant de mépris qu'il le fait en -cette circonstance. Quelqi^e mal qu'on ait dit du diable jusqu'ici, on' ne l'a pas encore accusé d'«tre spiritualiste.

Mais Martin Luther méconnut encore plus les sentimens du pape et de Téglise catholique. Dans une stricte impartialité, je dois les défendre tous deux , comme j'ai défendu le diable contrele zèle par trop ardent du grand homme. £n vérité, si on s'adressaiLà ma conscience, je conviendrais que le pape Léon X n'avait pas du tout tort au fond, et que Luther n'a nullement compris les dernières raisons de l'église catholique. Luther n'avait pas compris, en eflf^t, que l'idéç fondamentale du christianisme, l'anéantissement de la vie sensuelle, était trop en contradiction avec la nature humaine pour être jamais exécutable; il n'avait pas compris que le thristianisme , tel qu'il se trouvait alors , était un concordat entre Dieu et le diable, c'est-a-dire , entre l'esprit et la matière, oii la domination absolue de l'esprit était admise en théorie, mais où la matière :était naise en état d'exercer par |a pratique tous ses droits annulés. De la un prudent .accommodement que l'égliseavait établi au pro-

56 DE l' ALLEMAGNE.

fit des sens, bien que conçu sous une fornae qui flétrissait tout acte de la sensualité et consacrait la superbe usui*pation,de l'esprit. — Il t'est permis d'écouter les battemensde ton cœur et d'embrasser une jolie fille; mais nous t'obligeons à reconnaître que c'eét un péché abofninable, un péché pour lequel tu feras pénitence. — Que ce péché et d'autres pussent être rachetés par de l'argent , c'était une pensée aussi bienfaisante pour l'humanité que profitable à l'église. L'église faisait payer rançon, pour ainsi dire, a chaque jouissance charnelle, et il en advint une, taxe pour toutes sortes de péchés; 11 y eut de religieux colporteurs qui offraient dans le pays , au nom de la sainte église romaine, des indulgences d'après lé tarif de tous les péchés taxables. Tetzel , l'un de ces colporteurs, fut celui contre lequel s'éleva d'abord Luther. Nos historiens disent que cette protestation contre le trafic des indulgences fut une ciréonstance peu importante, et que ce ne fut que poussé par la raideur de Rome , que Luther, qui iie s'élevait d'abord que contre un abus, attaqua l'autorité de l'église à son sommet le plus culminant. Mais c'est encore là ime erreur : le trafic des indulgences n'était

pas an abus; c'était une conséquence de tout le système de l'église ; en l'attaquant , Luther attaqua l'église , et l'église dut le condamner comme hérétique. Léon X, ce superbe Florentin , l'élève de Politien , l'ami de Raphaël , ce philosophe grec , couronné de la tiare que lui conféra le conclave , peut-être parce qu'il souffrait d'une maladie qui n'était assurément pas le produit de l'abstinence chrétienne , et qui était alors encore très dangereuse, Léon de Médicis dut bien rire de ce pauvre , simple et chaste moine , qui s'imaginait que l'Evangile était la charte du christianisme, et que cette charte devait être une vérité! Il n'a peut^tre jamais deviné ce que voulait Luther^ tant il était occupé de la construction de l'é-^ glise Saint^Pierre , dont le trafic d'indulgences faisait les frais, si bien que le péché procura l'argent a l'aide duquel on éleva cette église, qui devint ainsi un monument des extravagances sensuelles, comme la pyramide de Rhodope, qu'une fille ide joie égyptienne éleva avec le produit de ses prostitutions. On pourrait dire de cette maison de Dieu , ce qu'on dit de la cathédrale de Cologne, qu'elle a été bâtie par le diable. Le triomphe du spiritua-

38 DE l'allemagnf.

lisme^ qui faisait bâtir le plus beau de sesp> temples par le sensualisme, qui tirait de la grande quantité de concessions qu'on faisait a la chair les moyens de rendre un magnifique hommage a l'esprit j ce triomphe j on ne pour vait le comprendre dans le nord , en Allemagne , car là , mieux que sous le ciel chaïad de ritalie , il était possible d'établir un christianisme qui fît le moins de concessions possiblesà la sensualité. Nous autres, gens du nord, nous sommes d'un sang plus froid, et nous n'avions pas besoin d'autant d'indulgence»

pour les péchés charnels que nous en envoya notre bon père Léon X. Le climat nous fecilite l'exercice des vertus chrétiennes. Le 3i octobre 1516, lorsque Luther afficha ses thèses contre les indulgences , sur la porte de Féglise des Âugustins , les fossés de Wittemberg étaient sans doute gelés, on pouvait y patiner, ce qui est un plaisir très froid , et non un péché par conséquent.

Je viens de me servir des mots spiritualisme^ et sensualisme. Je les expliquerai plus tard , quand je parlerai de la philosophie allemande. Il me suffit ici de faire observer que je n'emploie pas ces expressions en vue de systèmes»

philosophiques , mais seulement pour distinguer deux systèmes sociaux , dont l'un, le spiritualisme , est hase sur le principe , qu'il flaut annuler toutes les prétentions des sens pour donner la domination entière a l'esprit , qu'il faut mortifier, flétrir, écraser notre chair pour glorifier d'autant plus notre âme; pendant que l'autre système, le sensualisme, revendique les droits de la chair, qu'on ne devrait et qu'on ne poinrait pas annuler.

Les commencemens de la réforme révèlent déjà toute sa portée. Aucun Français n'a encore compris la signification de ce gi'and fait. Les idées les plus erronées régnent en France au sujet de la réforme ; et je dois ajouter que ces idées empêcheront peut-être les Français d'arriver jamais à une juste appiréciation de la vie allemande. LesFrançais n^ont jamais compris que le côté négatif de notre réforme reli- ^euse : ils n'y ont vu qu'un combat contre le catholicisme:; et , comme ils ont combattu aussi contre cette croyance, ils se figurent aussi quelquefois qu'on soutient le combat de l'autre côté du Rhin, par les mêmes motifs qu'on avait en France. Ces motifs sont tout diflférens. La lutte contre le catholicisme en Allemagne ne

4p dk l'allema^nsv

iîit qu'une lutte entreprise par le spiritusUistn^» lorsqu'il entrevit qu'il n'avait que le titre du pouvoir^ quand il s'aperçut qu'il ne Régnait que de jure y tandis que le sensualisme s'était sour^ devient emparé sous main de la domination réelle et gouvernait de facto. Les porteurs d'm* dulgenees furent chassée; les Jbelles concubines des prétries furent rempWcées par de froide^ femmes légitimes j les séduisantes imâ^ ges de madones furent brisées »^ et un véritable puritanisme prit possession du pays. Le combat qu'on livra, pendant li& dix-snepti^e et le dixr^ huitième siècle , en Frainoe ; ooïitae le cath»^ licisme, fut au contraire une guerre que le sensualisme entreprit 9 lorsque, se voyant souverain de fado ^ il ne voulut plus souffrir que le spiritualisme , qui n'existait que de jure , condamnât chacun de ses actes comme illégitimes et les honnît de la façon la plus cruelle. Au lieu de combattre sérieusement et chaste-ment comme en Allemagne , on soutint la guerre par des finesses et des plaisanteries j et k la place des disputes théologiques du nord , ici on composa de joyeuses satires. L'objet de ces satires était ordinairement de montrer la contradiction dans laquelle tombe l'homme

DE l^'v^Iil^EMAGNS. 4^

quand il veut être tout esprit ; et ce fut le bon temps des belles histoires de tous ce$ pieux personnages qui sUcçoinbèrent inVolontaire* ment sous leurs appétits animaux, et voulurent conserver l'apparence de la sainteté , tout en se livrant aux jouissances terrestres. La j*eine de Navarre avait déjà longuement traité ce sujet dans ses nouvelles. Lés rapports des jmoines avec les femmes forment son thème ordinaire, L'ceuvreia plus malicieuse de toute cette polémique gaillarde est sans contredit le Tartufe àeMQhkre i car ccrtte comédie n'est pa^ seulement érigée contre le jésuittsme de son temps I mais eontre le catlwidicî^e lui^^ même? je did plus contre l'idée du cbristianisme, contre le spiritualisme. L'effroi que cause à Tartufe le sein nu de Donne, les paroles qu'il 4it à Elmire :

Le ciel défend , de vrai , certains contentement^ , Mais on trouve avec lui des aocommodemens...

toutes ces choses ne tendent pas seulement \ persifler l'hypocrisie ordinaire , mais aussi le mensonge universel qui dérive nécessairement de l'impossibilité d'accomplir l'idée spiritua^ liste , et encore tout le système de concessions

4^ DE l'allemache.

qae le spiritualisme est obligé de faire au seipsualisme. yraiment les jansénistes avaient bien plus de moti& que n'^en avaient les jésuites de se sentir blessés par la représentation du Tartufe ^^X. Molière serait aujourd'hui aussi insupportable^ aux méthodistes protestans qu'il l'était aux dévots catholiques de son temps.

C'est là ce qui fait Molière si grand , c'est qu'il est , comme Aristophane , comme Cervantes , un poète qui n'a pas seulement bafoué les travers contemporains, c'est que ses railleries sublimes tombent sur les éternelles , sur les indestructibles faiblesses de l'humanité. Voir taire, qui s'attaque toujours aux choses présentes , à son temps , reste , sous ce rapport , bien au-dessous de Molière.

Ce persiflage auquel s'est si bien livré Voltaire a rempli sa mission en Fjrance, et quiconque voudrait, le continuer se montrerait inhabile et intempestif. Si on s'appliquait à anéantir les derniers restes visibles du catholicisme, il pourraitfacilement arriver que l'idée catholique prît une forme nouvelle , qu'elle revêtît un nouveau corps, et que, déposant jusqu'à son nom et sa bannière, elle devînt encore plus embarrassante et plus obsessive

dans cette transfiguration que sous sa vieille £)rme Hiinée et discréditée. Il est même bon <[ue le spiritualisme soit représenté par une religion qui a perdu siss meilleures forces et par un clergé qui s'est placé eti opposition directe avec l'esprit de liberté de notre temps. Mais pourquoi le spiritualisme nous trouve-t-il contraires ? Est-ce donc une chose si mauvaise? Nullement ! L'essence de roses est une chose précieuse , et une fiole de cette essence paraît délicieuse à ceux qui passent leur vie dans les chambres d'un harem. Mais nous ne voulons pas qu'on effeuille et qu'on écrase toutes les roses de cette vie pour en extraire quelque»

gouttes j si enivrantes qu'elles soient. Nous resr semblons plutôt au rossignol , qui fait ses délices de la rose eUe-même , et qui jouit autant de la vue de ses couleurs que de son vaporeux parfum.

J'ai avancé que ce fut le spiritualisme qui engagea en Allemagne la lutte avec la foi catholique. Mais ceci ne peut s'appliquer qu'aux commencemens de la réformation. Dès que le spiritualisme eut fait une brèche dans le vieil édifice de l'église , le sensualisme s'y précipita avec sa brûlante ardeur, contenue depuis si

44 PK l'alleiwagne.

long-temps, et rAllemagne deviat le théâtre tumultueux où s'ébattit une foule ivre de liberté et avide de joies sensuelles. Les paysans comprimés avaient trouvé dans la doctrine nouvelle des armes intellectuelles pour soutenir la guerre contre l'aristocratie , et ils s'y livrèrent avec le feu de gens qui nourrissaient ce désir depuis plus d'un siècle et demi. A Munster, le sensualisme courait tout nu dans les rues, soua la figure <le Jean d,^ Leyde, et se couchait avec ses douze femmes dans le lit monstrueux qu'on y montre encore aujourd'hui àl'hôtel-de-ville. Lés portes des monastères s'ouvraient partout^ et moines et «nonnes, «e jetant dans les bras Ib^ uns des autres , se caressèrent sans vergogne.

L'histoire allemande de cette époque ne consisté guère qu'en émeutes sensualistes. Plus tard , je dirai combien peu cette réaction eut de résultats , comment le spiritualisme étouffa tous ces émeutiers , comment il assura sa puissance dans le nord , et comment il fat blessé à mort par la philosophie, cet ennemi qu'il avait élevé dans son sein. C'est une histoire très confuse , très difficile à débrouiller. Le parti catholique sait trouver les plus méchantes raisons ; et , à l'entendre parler, il ne s'agissait

DE l'Allemagne. 4^

que de légitimer la luxure la plus impudente et de piller les biens de l'église. Sans doute , les intérêts intellectuels doivent toujours faire alliance avec les intérêts matériels, s'ils veulent vaincre ; mais le diable avait si bien mêlé les cartes , qu'on ne reconnut plus rien nnx intentions.

i Les personnages illustres qui s'étaient rassemblés, le 17 avril 45â1 , à Worms dai|s la grande salle de la diète, pouvaient avoir dans* l'âme des pensées qui différaient deleurs paroles, hh siégeait un jeune empereur qui s'enveloppait de sa pourpre neuve avec toute la joie et Tardeur que met la jeunesse à s'emparer ^e la puissance*, et qui se réjouissait secrètement de 'wir le fier pontife romain, dont la inain avait si rudement pesé sur les empereurs et dont les prétentions n'étaient pas oiieore abandonnées , «en butte ^lui-même à de rudes attaques. De son côté, le ^représentant de Rome ayait le plaisir secret cTe voir la division s'introduire parmi les Allemands qui s'étaient si souvent jetés sur la belle Italie pour la piller comme des barbares ivres, et qui la menaçaient de nouvelles incursions. Les princes temporels se réjouissaient de pouvoir mettre

46 DE l'allsmagne.

la main sur les biens de l'église , au moyen des idées que répandait la nouvelle doctrine. Les éminens prélats délibéraient déjà s'ils n'épouseraient pas leurs cuisinières, pour léguer à leurs descendans mâles leurs électorats, leurs évêchés et leurs abbayes. Les Bourgeois des villes se réjouissaient de l'extension dé leur indépendance tant temporelle que spirituelle.

Bref, chacun avait quelque chose à gagner, •et tout le monde songeait aux intérêts terrestres. *

Cependant il se trouvait là un homme qui , j'en suis sûr , ne songeait pas à lui , mais aux intérêts divins qu'il allait défendre. Cet homme était Martin Luther, ce paUvre moine que la Providence avait choisi pour Jiriser cette grande puissance de Rome , contre laquelle les plus vaillans empereiirs et les philosophes les plus hardis étaient venus échouer. Mais la Providence sait très bien sur quelles épaules elle dépose ses farde^x. Il fallait ici.une force non pas seulement morale , npiais physique encore. Il fallait un corps fortifié par une longue discipline monacale et le vœu de la chasteté, pour supporter les fatigues d'une pareille mission. Notre cher maître était encore très maigre

DE l'aLLEMAGNE. 4?

et très pâle alors , si bien que les seigneurs rubiconds et bien nourris qui assistaient à la diète , regardaient presque avec pitié ce pauvre homme décharné sous sa robe noire. Mais il était plein de force et de santé , et ses ner&. étaient si vigoureux^ qu'il ne se laissa pas émouvoir le moins du monde par cette foule brillante; et ses poumons devaient être d^une grande force , car , après la longue défense quHl venait de prononcer, il lui fallut la répéter en langue latine , vu qife sa majesté impériale ne connaissait pas le haut allemand.

Je ne puis me dispenser, d'un mouvement d'humeur chaque fois que je songe à cette circonstance ; car notre cher maître était debout près d'une fenêtre , exposé à un courant d'air très vif, tandis que la sueur découlait le long de son front. Son long discours l'avait sans doute beaucoup fatigué , et il paraît que son gosier fêtait devenu très sec. — Cet homme doit avoir sans doute grand'soif , — pensa le duc de Brunswick ; du moins nous lisons qu'il lui envofya , à son auberge , trois cruchons de la meilleure bière de Eimbeck. Je n'oublierai jamais cette noble action, qui fait tant d'hon* neur à la maison de Brunswick.

48 ÛE L'ALLEMAGNE.

On a conçu en France une idée aussi fausse tle la réformation que des principaux personnages qui y figurèrent. La principale cause de ces erreurs , est que Luther ne fut pas seule*ment le plus grand homme, mais qu'il est aussi Vhomme le plus allemand qui se soit jamais montré dans nos annales; que son caractère réunit au plus haut degré toutes les vertus et tous les défauts.des Allemands , et qu'il représente réellement tout le merveilleux germanique. Il avait en effet des qualités que nous Voyons rarement réunies , et que nous regar*^ dons d'ordinaire comme incompatibles les unes avec les autres. C'était à la fois un rêveur mystique et un homme d'action. Ses pensées n'avaient pas seulement des ailes, elles avaient encore des mains. Il parlait, et chose rat*e, il agissait aussi; il fat a la fois la langue et l'épée de son temps. En même temps Luther était un froid scplastique , un éplucheur de mots et un prophète exalté , ivre de la parole de Dieu. Quand il avait passé péniblement tout le jour à s^user l'âme en discussions dogmatiques , le soir venu , il prenait sa flûte , et contemplant les étoiles , il se mettait à fondre en mélodies et en pensées pieuses. Le même homme qui

DE l' ALLEMAGNE. 49

pouvait^^igstteidbr ses adversaires eômine une poissarde j savait tenir un mou et doux langage, comme une vierge amoureuse. 11 était quelquéfeis sauvage et impétueux comme l'ou^ ragan qui déracine les chênes , puis doux el murmurant coanmele zé{>hyr qui ciyresse légèrement ks violette». Il était plein de la sainte tenreuâ? de Dieu , prêt à Idus le9 sacrifices en Fkotineùr: de l'Esprit saint, il aaVàit s'élancer dans les régiom les ^ ^li» putes du royaume eéieste; et ce^ilendaht il con^iaissait parfaite-* ffîeât !«§ magtiificem^s de oeUè ferre^ il savait ht^ apprécier,' et* de sa bîMàdbe est tpinbé ce

Wer ï\îch% liebt, Wein VVeibea- und Gesang, D^r bleibt ein Narr seiri Lebenlang.

Quiconque n'aime nî les femmes, ni le vlii , tiî le chant , • €ié!'i^ïli est un sot , et le sera sa vie dtil:aût.

>^Bi$6f f c^était un homme complets Le nom-

TÂér un spiritualiste ^ de serait se tromper aussi

^ ^Qort' qfae le îpialîfi^ du tit|*e de sejnsualiste.

<^ue dirai-je? Il avait ^uefl^mQ chose de primesâautiéry d'originel, de miyacîuleux, d'inconcevàhle ; il- avait ce qu'ont tous les hommes providentiels^ quelque chose de terriblement

5ô DÉ t'ÀLLEMAGN£.

naïf, quelque chdse de gauchement sage ; tl était sublime et borné.

Le père de Luther était mineur à Manns- , feld. L'enfant descendait souyent avec lui dans les entrailles du sol oii croissent les puissans métaux , où coulent les sources priâûtives : ce jeune cœur s'appropria, peut-être à son insu , les forces secrètes de la nature, et peut-être encore fut41 enchainté par les ^prits de la terre. C'est de là sans doute que tant de matière terreuse, que tant de restes de la scorie des passions , lui sont restés accolés , comme on If a souvent replroc^ à sa mémoire. On lui fait tort et injustice en cela , car sans tout çetaé^ lange terrestre , eût-il pu jamais devenir un homme d'action? Les purs esprits ne tovent pas sLgir . Ne lisons-nous pas , dans le Traité des Spectres de Jung StiUing^ que les esprits peuvent prendre la forme et l'apparence des créatures humaines, qu'ils privent marche^ , courir , danser comme les vivans , nais qu'ils ne sauraient faire rien de matériel , ni déran* '

ger le moindre meuble de sa place.

Gloire a Luther! honneur éternel à cet homme illustre, à qui nous devons le salut de nos biens les plus chers , et dont les bién&tls.

DE L^ALLEMACNC. 5l

nous font encore vivre à cette heure ! il nous appartient bien peu de nous plaindre des étroites limites de ses vues. Le nain qui est monté sur les épaules d'un géant , peut sans doute voir plus loin que celui-ci, surtout quand il s'avise de prendre des lunette^ y mais de cette haute position, il nous manque le sentiment élevé ^ le cœur du géant que nous ne pouvons pas ^ous approprier. Il nous convient encore moins de laisser tomber une sentence rigoureuse sur ses fautes y ses fautes nous ont été plus utiles que lès vertus de milliers d'autres . ^La finesse d'Erasme et la mansuétude de Mélancton nenous eussent jamais fait faire autant de progrès que la brutalité du frère Martin.

Oui, ses erreurs elles-mêmes 9 que j'ai signalées , ont produit des fruits précieux , des fruits que l'humanité tout entière savoure aujourd'hui. Du jour de la diète oii Luther nia l'autorité du pape et déclara ouvertement qu'il fallait réfiiter ses doctrines par des motifs tirés de la raison ou par des passages des saintes Ecritures y de ce jour commença en Allemagne une ère nouvelle. La chaîne par laquelle saint Boniface attacha l'Eglise allemande au siège pontifical de Rome, fut limée et rompue.

5 2 DE l'alleiu Agiie.

Cette EgUse , qui faisait partie întégrantct de la grande hiérarchie , devint uiie démocratie religieuse. La religion elle-inêine de-^ vint tout autre. Au lieu du spiritualisme in^ dien gnostique , dii boudhismè dé l'Occident ^ qui s'était diangé 6n christianisme romain-catholiqu^-apostolique , naquit le spiritualisme judaïco-déiste» qui reçoit ^ sous le nom de christ tianisme évângéUque, un développement conforme aux temps et aux lieux. Cette dernière croyance n'est pas outrée commiQ ce gnosticisme indien, elle peut êtt*e plus aisétnént mise en {pratique» ,elle laisse à la chair seâ droits naturels; la religion redevient une vérité^ le prêtre, un homme qui accomplit ce que Di^u lui a commandé, en prenant une femme et en montrant au grand jour ses eiifans. D'un autre côté , Dieu redevient un eélihataire céleâte ; U légitimité de son fils est rudement contestée, les baihts sont médiatisés, on coupe les £liles aux anges } la mère de Dieu perd ses droits à la couronne du ciel, et dié-^ fense lui est faite de faire des miracles. Dès-* loi^^ en effet ^ en Inênie temps que'Ies sciences naturelles font des progrès , les miracles cessent. Soit que Dieu n'ait pas été satisfait de

MM L'ALUCMAGirB. &5

voir 1^ ptiysicîiens le jrdgacdar Itia doigts «rop tant de défiance, soîi par toHiJ aorti» mcitif , toujours estrii i|ue, même : dans e» deraisps femp^ où la reli^b^ a'i^ibtfoàhréa en b^sgvsiid féjpil /fl m refusé die la soutenirpar un éeblaiiift mivm^}&» Pâttt-êfaro désnvm^is Uk nouindkb 9Ch

Iigi^ii9 qa^U ddignera étabUr suBla tamV«'«p- •piiti^^!i^-êUes^si»ili8menC shv lat rbia^é , ce <pii J9i9rà li$iiiitoiip plus r^dsonnalile. I)e qui est cieifam t. e'^st q«ia rétaUissenienl lAo saisul-Mmonisiiie^^ qui «st la pli» nÏMrrelle ^dlig^im y à'jsir 1^» prpdiôt lin seul miracle , siiien qii'iiii aôdien mémoire de tailleur que fijânt^Sinien avait l^isèé sur la tvre fiil paj^é dix «ans aprè» par «es discipks. Je tois «acinre l^éx^eUeiït père OHnd^ se dressàhi avec «iiâiottsiasme ^àyr ^ plani::fa.£fi 4^ la salle TaidM>qt «C montrant a la communauté éioniiïée le compte 4tt laâlleiil* acquitté. Et les épiciers de se régarder l'im Fààtne la bouclée liéaiite; e|; les tableurs de vQimuiifiinper à croire.

. iCepën^danl; , $i l' Allemagne perdit beaucoiiqp .de fioésie en perdant les miracles que dissipa Je protestantisme , elle eut d'amples dédommag«Q[iens. Les Immmes devinrent plus vertueux et plus élevés. Le prot^stantîsme eut la

54 DE l'allemagnb .

phis girandeînfl'aéncesur clette pureté demœni's .éfc le i rigoureux âccopfi^ltssement des devoirs qu'oi» homme Jb: morale; le prètestantisme a Imeme pris i!ine dîre<itioiï qm l'identifie parfaitemefot à cettp mofale. NiÂis voyons partoiit HB rhébreuK changement dans la vie desr ecelé*sjastigiies. Aiecieëémbat dispsirâis^nt les vices et les dékerdemens des^^moihe», qui font place à de ii^ertùeiEx prêtres pour lesquels les vieux stoïqu^s eàx^-mâines eussent éprouvé du res^ pect« Il faut avoûr parco«fnÉ h pii^d le nord de TiAll^magâe , en -pauvre étudiaM , pour savoir combien dé vertu, et, |>oii[rlui donner une belle épitbèle^ combien de vertu évangéKqué, se troiiye dans une m^odêste habitation de pasteur. Qiiedefôi&vdians les soi]*ées d'hiver^ ai-je trouvé là une réceptiéii hosjiitalière , moi étranger, san$ autre recommandation que la faim> et la fatigue dont j'étais accablé ! Quand j'avais bien satisfait mon appétit , quand j'avais &it un bon somme , me voyant disposé a partir, le vieux .pastiçiir , en robe de chambre , venait k moi et me donnait sa bénédiction pour le d^min , bénédiction qui ne m'a jamais porté malheur.

La bonne et loquace, femme du pasteur me glissait .dans la poche quelques tartines , qui

DE L'ALLEAtAGlfl. 5 S

Bc la'étaiei^ pa^ mon», utiles j et , a quelque distance de là , dans un parfait siience , le» belles filles du vieux prltre appauraissaknft avec leurs joues rougissantes . et leSors^ damxi yeux couleur de violette > dont le feu timide ranir mait mon coti^. pour, toute celte longue joiir-^ née d'hiver. ,

En. posant! comme thèse que sa doctrine devait, être discutée ou réfiitée au moyen dé la Bible ou. parles notions tirées de là raison , Lnthei; accorda à Tintelligence humaine le droit 4les'e]qpik[uerle& saintes Ecritures, et la raison &t. appelée comme juge suprême dans toutes les discussions religieuses* Delà rés^ta ea Allemagne la Inerte de l'esprit ou de la pensée , comme on voudra la nommer. La pensée devint un droit , et les décisions de la raison devinrenit légitimes. Saiis doute, depuis quelques siècles^ on avait pensé et parlé avjgc Une assez grande liberté > et les scolasti* ques ont disputé sur des choses que nous nous étonnons de voir même mentionner dans le moyen-âge* Mais cela provenait de la. distinction qu'on Élisait des vérités théologiques et philosophiques, distinction au moyen de la-* quelle on se gardait expi^essémentdel'hér^ieH

56 DE L'ALLIJHÂaNB»

^ péH ftvsàt lîefi aètllement d^ctf k» tafle» dits «ni^ersités^ Bt idaipsiiin^tfai gdthîéfue qu6 le peuple ne pou^t compnfnibie . L'Eglise ayait demc pciifrde%bésô>k cliai»d|re de toutes ces disouBsibhgJ Cej^nidàiit eile^n^aYak jamais positiT^m^^t: pbrttis ces piro«éd|Ssv et, detetnpa en temps y comme pour protester , elle brûlaît un pàiiWe scolâ^tique i Depuis Luther, au centr^ire ^ 4>ti n'a pas fait. de distîxiciUm pour la Tériié tfaéàlogiopie «t latérite '^hîlc^ophiiîue,^ et Ton a id&puté- siir la place pàbU^ue^ et en lan^e aHfemânde,'saBs aVtnr pîe^ à erakidre.

Les priiâic^fqui ont aeeepté la p^friHe ont lé« pJàmé cette liberté^^d^ la pensée: v et la pliiio>^ sop^e aileni^;iide est iin de 4k% n^ultâU lee plÂs împotftafis. ' .

Nttile part , pas fxlêmé en Gwbcé , Fe^rit hi»n main n'a pu s'expritt^ér et ëe développer aussi libretnènt qu'il Ta ^ait en Allemagne , 4^puis le milieu du deraiei^ siècle jusqu'à la réreibtion français. En Prusse -, surtout , régnait une liberté de peniser sanfe bornes. L^ marquis de Brandebourg avait compris que lui, qui ne pouvait devenir roi légitime de la Prusse que par le principe protestant, devait maintenir la li-? berté dé penser protest^ante. Depuis ce temps

léB dboses^HMl €lMaigé , f^ le blni|pei^oâ hataral

le parti: idlitMxiâÉilàia pour l^étoùflEerf îi a même trattrettseÉBent &it s^rTor à ses idbssieinB «ne acme traitée et tournpée.oonlM^ipéusptf Iepa^ifB»e:lboeii8i|re; '

QiM^ bbarlieria i Nmb aulf « Ailencaiids , aum wii|ip«è Ia;. phit: fent et le plus ingénieuse de tous les peupleb* Let prïnieei 4^ notre race âc^n^e^t l^om les tr^na» do VEautof^ ; nos Jk^j^bid^d geii^èmii^ U» bouiraes^cttt moùde e^i^i^m^ $^f^n$ i^^e»!; tki» tonl^s lei KQÎ|in«$ii j i^abs^viiiis inirtonté La poudré àcanoi^ it jl»'ijEn|Hrinetie$\èt oefieii^ ^Éa^itfasA^ pi'jiip 4jer>i>em tkè un q(mp^ pôitofeté ii paift troîe t^ers d'omondé ; et , q^andi un de none veut âk)è msânçr ce» mèls dans la GoMiêe de Ha^hwrg : « J« poréidensiiiies amk.el oon*^ oaiaeances «pie nia, femme est heureusement aiDboitdtée d^nn enfi^nt beau coomîe la U^ l^Ofté ! a> M.le docteur fiofiinaiin j^t^nd un cray^onj^o^gQ et efiaèec^ la liberté, ji

^C^ durera- t-il encdiré long-tempâ? Je n'en sdia i^iea. Mais je sais que la queMîwi de la libortié de la pi^esse, ^'on débat si vîolemmeix^ à cette heure en Allemagne, se lie sighiftcat^

58 DE b'AZXEllAGNZ;

t'ement a toules les ^itçé^ons^ que je ifiei» éètxmter; et je orois ^fm hijmh^fàùn ne sera>pa» difficile , si l'^tl songe que la Ithwtè de la presse ayest autra chose que la conséquence de la hn berténdç penser, èJ; par conséqueilt un^rok protestant. Or l'Allemagne a dëjà Torsé son meilleur sang piour des^ droits de ce genxie, et il se pourrait qu'elle fiit appelée , par eeite m^me cause , à ren^w en lice.

Cette r^narqise est applicable à la qu^tion de liberté académicpie qui ^gite aussi ^iveslient les aspvîtsi^ ^ Allemagne. Depuis qu'ôû a a^i découvrir que c'est dans les universilés^ que règiie le pl^ d'èxâitati^n poli tique-, c'e^t^-dire d'aqpLOur de la liberté, on insinue de toutes parts auxsouireraîn$ qu'il faut étoujffer ces^imtti* tu tiens, ou du moins les changer en écoles» oip^ dtnairès. De nouveaux plans sont apportés de toutes parts , et le pour et le contre discutés avec ardeiir. Mais les adversaires avoués des univerâtés 9 tout aussi bien que ceux de leurs défenseurs qui se sont présentés jusqu'ici , ne paraissent pas avoir bi^i saisi le véritable côté ^ la qu^tàon. Us ne comprennent pas qiie la Jeunesse est partout animée d'entkousiiasme jj^ur la liberté, et que^ les universités feriaées.

DE l'allëmacnit. 5g

celte enlhôumaslè jeunesse , eoiiipriiiiée jus;qu'alors dans ces nniyarsilés ^ fk répandra en d'autres Ueul, fera alfiance a^eç la jeunesse des Tilles de commerce et de la classe des ar^ tisans^ et s'exprimera avec plus de force. Lés défen^ur» dès universités ne chi^reiietit qu'à prouYW que là science de rAUemagné dëra anéantie ayec lés universités , que' là liberté académique sert aux études, qu'elle ' permet aux jeunes gens d'envisager les choses sous des aspects divers ; comme si quelques voeables grecs ou quelques rudesses de plus ou de moins faitaieiit quelque chose- à Pafinre ! Et qu'importent aiix princes la conservation de la seieBEice.« i'étedè et la dvilisatibn ; si-lâMinte séj^iirité de J[eur trône çsl en péril ? Ik seraient assez héroïques poinr éicrifier tous ces biens relatif à un seul bien absolu , à leur absolue doKbinatîon ! Car ce bieh^là leur a été confié par Dieu ; et , quand le ciel commande , toutes ccfnsidératioiis terrestres doivent céder. 11 y a d(tn^ malentendu aussi bien du côté des pauvres professeurs, qui défendent les universités que du coté des délégués du pouvoir qui les attaquent. La propagande catholique en Allemagne comprend seule la question. C^Ue-là

im h'AMAjmAaîi%.

r€^nif»9 f^'éihHUqw^^^ et le mam-

mïïÈg^^ '^ » <p^iid.un 4éfl ptenx frères de Pas^ s^Î9l|p£hl3ÎI)n^n$ dfi pnendre intérêt pour les ^fû^^p§ii<d^i^im'ê6^ sous «et

p^^plf#^ ^ i^l^^iia^^yMkè mtrigqe. XeiaJIi my^r^ pw£lî|;i^Éy4e]^. ce ipi: « tcoiiTf avu jèit ef qneU^ s^rt§ ii^ gi»« 0» peut y laire j car l'éf lise pi^t^a^li^ tQiQl^^t^^ftt a!Y6c ies nmTersités, .cëltg ^gUfe q«i^ » d(^^ k. i^éformalîon , n^a â4 i^mén^ ^§ |à > rMiMs^ fil profondes «pe l6titâ : rkiiAi>kâ icW. l'i^&e pnteètapte de> €ef d^Éin^ iîhdLÉ» né- côii8iet& quf da|is> lès disi[;(is^iin9 théol^qoes ifie» doistef univeilât^ de Wilto9tf)erg » de LeijMdg, de lUUmgiie et de Hdle. Lès cùn^oûopée^ ne sonl^ ^^le le MiA% reifiiet de la faculté de théidogie ; ii^ perdrâiieiit loùte tenute et tout i^iraelère , et tomberaient sc^us la dé^adànce des ministères, oii.inê»»e de la police.

Mais je ne veuxpasme livrer aces ccNdsidé-^ rartîotts fâcheuses, surt^eut ayant encore à pailler de cet homme providentiel par lequM tant dt grandes choses ont iié fixités en faveur du pmpJe aUemfànd. J'ai montré comment il nous a fait arriver à la plus grande indépends^nce

DÉ t'ALtftilkèNË. 6l

dé la péMéêi Cepehdsiiifc LùiIict ne notls donna pas seulement là liberté dé nos motcvémeiis , lâais âtiëdl Ust lûàyeiis de notis ïnouvoir i Il d^nna un ûorpâ à f'éëjit'h; Il la pensée /il donna la parole/Iléréa la langue allemainde.

G^ se fit on tfad^isant la Blbté.

L'auleur dhrln dé 60 lifi^e parsnt avëi^^ ^u , aussi bien que now^uk'èS) i|t|0 le dboix d^un t^aductéùrn'o^ p9S du^tdUI Itnê éliose itldiiSPé^ rente. Il eréa iài^^iiiènié l<d sien, et té déùà dé lafkcttlié merveiHètisë do âiire |iassor ëoii èeu^ tf e d'nnèlanguo qui ^tsdt dès long-tompë morte et eriti^rée daitô iiilé autre langue qui était encore à naître.

On possédait ^ il est vrai ^ la Vulgate , qu'on côniprenait, et les Septante, qu^on èouimen- €ait à comprelidre -, mais la connaissance de l'hébreu était complètement perdue dans le monde chrétien « Les Jùifr seuls, qui se tenaient caebés ça et là, dans un coin de ce mdnde , conservaient encore les traditions de ce kiigage. Comme un Ëintôme qui garde un trésUr qu'on lui a confié lorsqu'il était vivant, cette nation égorgée , ce peuple-spectre retiré dans ses ghettos obscurs, y conservait la Bible hébraïque ; et l'on voyait les savans allemands

6j| DE l'all&magne.

se glisser fiirtivement^dans ces culs-de-sac pour s'emparer du trésor de la science. Le clergé catholique s'aperçut qu'un danger le menaçait de ce côté ; voyant -que le peuple pouvait arriver .par cette route à la véritable parole divine^ et découvrir les falsifications romaines , il s'efforça d'étQUffer aussi. les traditions des Israélites, et se disposa à détraire tous les livr^ hébreux. Dès-lors commença vers le Rhin dette guerre aux Uvres contre UquetUe s'éleva si glorieusemefit l'excellent docteur Reuchlîn. Les théologiens de Cologne qui agissaient alors, et particulièrement Hochsl^aten , n'étaient pas aussi bornés que le vaillant champion de Reu* chlin, Ulrich de Hutten, lés représente dans ses lÀtercs obscuroruxn virorum. Il s'agissait de l'anéantissementdelalanguehébraïque. Quand RieuchUn eut vaincu ^ Luther put commencer son œuvre. Dans une lettre qu'il écrivit à cette époque a Keuqhlin, il semble déjà comprendre toute rimportaiice de ce^e victoire remportée par celui-ci dans une situation difficile et dépendante , tandis que lui , le moine augustin , jouissait de toute jsa liberté; dans cette lettre , Luther dit très naïvement : Ego nihil iimeOj quia nihil habeo .

Jusqu'à cette heure il m'a été iiùpossiUe de comprendre comment Luther arriva a ce langage dont il s'est servi pour traduire la Bible. L^ vieux dialecte souabé avait complètement disparu axec la poésie chevaleresque du temps des empereurs de la maison de Hohènstauffeh, Le vieux di^decte i^xoh , qu'on nommé ie/r/a^ allemand , n'était répatndu que dans uiie partie du nord de l'Allemagne, et, en dépit de «

tout ce qu'on a te^té, il n'a jamais pu servir à uti usage littéraire. Si Luther s'étidt servi pour sa traduction delà .Bible du langage, qu'on ptrjte aujourd'hui dan, la Saxe, Adeluog a«rait eu raison fle prétenidice* que le iluifgage saxon , surtont le dialecte de Meissen , était le haut allemand j ç'éUr^à-dire nôtre langage littéraire. M4is cette erreur a été réftitée depuis long-^ temps , et je n'en parle que parce qu'elle est accréditée en France. Le saxon d'aujourd'hui n'a jamais été un dialecte du peuple allemand, aussi peu que le sîlésien, car l'un et Pautre sont nés de la t^oloration slave. Je le répète , je ne sais comment est née la*^langue que nous trouvons dans la Bible de Luther; mais je sais ^e par cette Bible dont la jeune presse jeta des milliers d'exemplaires parmi le peuple , la

64 I^ L'Alil^fiHIACinS,

langue lathéi^^ ^^ se i^épandjt dains tonle VAllemagne^ et serrh pàirtdut delimgage Iht^îrev Elle règne encore en Allemagne ^ et dc^ne à ce pay^^ f)t^etmré religieusement et politiqueinenl^ une unité littétfaire. Gqt iim^ense $er^ vice notN^ dédommage de ce que celte l^^gue^ telle ^'ctte est aujourd'hui , manqiie de cfett^ intimité <pa'on tr<^uve da|u( lés^ languea '^ui se forment d'un Éeul dialecte /Mais le eiyle de Luther dapâ^ la Bijble oâre ce èaraetèife d'ititi--» miléf , et ce vieuix livide éstune sotirée âtemellë de ttyeu]^$9emeiit pour notre langue i Toutes^ les expres^iôm et toutes les touiptmres q^'^il trotive datïs laËibled0 l^Mber sogt^Lileiïiandès^ les é€riYàitispeUYent,toujaiirs Jtei employer; ëf comme ce titré est éan^ les màiii^ des classes l€^ piùspatttrë^, elles n'oilt pats bès^frvde le-* çônssavàtiftes poiil" â'ei^priitièr daiH ritle formé iittérâii'e, Cette éircdiistàfiée produira de re^ marqùables cfffets, qi^and une i^volutién édaftera parmi nous. Partout la iibei^t^ sËUi^li par-^ 1er, et son langage sera biblique.^ *

Les écrits originaux de Luther n'ont paà moins contribué à fixer le langage àlkmând.

Ils pénétrèrent profondément dans les^ esprits par la vivacité et la passion de sa polémique.

DE l'allemagiœ. ' €5

^e ton qui y règne n'est pas toujours très dé^ ^icat ; mais on ne fait pas non plus lès révolu- -tions religieuses à la fleur d'orange. Peur fendre des souches grossières, il fallsdt quelquefois prendre un coin grossier. Dans la Bible^ le langage de Luther conserve toujours une cer- "taine ^gnité par respect pour la présence de l'esprit divin. Dans ses^crits polémiques, il s'a^ handonne au contraire à une rudesse plébéienne qui est encore aussi repoussante que grandiose. Ses expressions et ses métaphores ressemblent assez a ces gigantesques images de pieire qu'on trouve dans les temples égyptiens ou hindous , et dont la laideur et les couleurs bizarres nous attirent et nous repoussent en même temps.

Au milieu de ce stylé baroque et rocailleux , le hardi moine apparaît quelquefois comme un Danton religieux , conlme un prédicateur de la Montagne qui , debout a sa cime , fait rouler sur ses adversaires ses paroles écrasantes comme <les quartiers de rocher.

Ce qui est plus curieux et plus significatif que ces écrits en prose , ce sont les poésies de Luther , ces chansons qui lui ont échappé dans le combat et dans la tourmente du jour. On dirait une fleur qui a poussé entre les pierres; I. 5

*€6 0K l'allsaiacnc.

tm m^n 4ela tnne qui éclaire ntie mer irri

Lnlhcr aimait la moÂque , il a même écrii

traité sur cet art, ausi^i ses chansons sont-c

très mélodiewses. Séxis ce rapport , il a, a

«lérilé son surnom de cygne d'Esleben. M2

n'<était rie^ moins qn'un doux cygne dans 1

tains diants où il ranime le conrage des sk

^t B'e)i:alte lui-même jusqu'à la plus sait^

ardeur. Le chant avec lequel il entra k Woi

aniTi do ses compagnons^ était im vériti

'chant de guerre, lia vieille cathédnde tren

à ces sons notiveanx , et les «coaribeaux fin

efirayés dans leurs nids ohscnrs, li la c

des îmttê. Cet hymne , la Marseillaise d^

ipé&rme, a conservé jusqu'à ce jour sa p

-sance énergicpe , et peut-être entcmnero

4IOUS hientot dans des combats oemU^

ces vieilles paroles retentissantes et hard

•4e fer :

Notre Dieu est une lorteresse, •

Une ^e tt me iioone lumure ^ Il nous délivrera de tous les dangers Qui nous menacent à présent.

Le vieux médiafit démon 3Hous«n veuiftcyourd'hui sérieusement, Il est armé de pou-voir et de ruse , H n'a pas son pareil au monde.

DE I^'aLLBMAONE. 67

Totre puissance ne fera rien ,

Tous verrez bientôt votre perte ;

L'homme de vérité combat pour nous ,

Dieu lui-même Ta choisi.

Veux-tu savoir son nom ?.

C'est Jésus-Christ ,

Le vrai grand seigneur ,

n n'est pas d'autre dieu ^^ luî ,

n gar4era le çhamp^ \l donnera la victoire.

Si le monde était ple^ dé démons , Et ^i%s voktoiept npus dévorer^ Ke nous xt^pt^^s -j^p trpp en peine , . Notre entreprise réussira cependant. Le prince de ce monde , Bien qu'il nous iasse la grima«e> Ne nous fera pas de wal.

n est condamné , Un seul mot le renverse.

.Us nous laisseront la parole, > Et nous ne dirons pas merci pour cela , La parole est parmi nous Avec son esprit et ses dons* îQu'ils nous prennent notre coi^s, Nos b^ens , l'honneur , nos en fans. . .

Laissez-les faire , fis ne gagneront rien là cela ; A nous restera l'entre.

J'ai montré comment nous devons à notre cher docteur Martin Luther la liberté de penser dont la littérature moderne avait besoin

"68 DE L^ALIEMAGNÈ.

pour son développement.. J'ai montré com* ment il nous créa la parole , la langue par la^ quelle devait s'exprimer cette littérature. J'ai encore à ajouter qu'il ouvre en personne cette littérature ; que les belles-lettres^ proprement dites, commencent avec Luther; q[ueses chansons spirituelles en sont le premier monument important , et qu'elles révèlent déjà tout son caractère. Quiconque voudra parler de la littérature moderne de l'Allemagne doit donc débuter par Luther, et non pas par ce bon bourgeois de Nuremberg^ nommé Hans Sachs, comme il est arrivé à quelques littérateurs romantiques de mauvaise foi. Hans Sachs, ce troubadour de l'honorable corporation des cordonniers, dont les maîtres-chants ne sont qu'une informe parodie des anciennes chansons des troubadours , et les dramesun absurde travestissement des vieux mystères ; ce farceur pédant , qui singe péniblement la libre naïveté du moyen-âge , est peut-être le dernier poète des temps anciens, mais assurément il n'est pas le premier poète des temps nouveaux.

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