Oeuvres de Henri Heine
L'espace restreint d'un avant-propos ne m'aurait pas permis de faire ici un ample exposé de tout ce que j'avais de prime abord à communiquer au public. J'ai donc préféré donner en entier ces aveux de l'auteur dans la dernière partie de mon ouvrage, et j'avoue même que le cher lecteur ne ferait pas mal de commencer sa lecture par cette dernière partie. C'est un avis important. Les personnes qui connaissent par hasard la première édition de mon livre, découvriront au premier coup d'oeil que la nouvelle édition de mon livre est augmentée de plus de moitié, et qu'un grand nombre de morceaux en ont été éliminés, de sorte que ce livre De l'Allemagne a gagné une tout autre figure, et que ce n'est plus le même livre.
Dans plusieurs parties nouvelles que j'ai ajoutées, principalement dans celles qui forment tout le second volume, je me suis imposé la tache de dévoiler aux yeux du public français ce que le peuple allemand possède de plus intime et de plus national, et en quoi s'exprime pour ainsi dire toute son âme rêveuse et forte à la fois. Je parle de ces traditions et légendes qui vivent dans la bouche des pauvres gens, et dont les meilleures et les plus originales n'ont jamais été écrites. J'en communique ici plus d'une que j'ai moi-même recueillies au foyer d'humbles cabanes, où les racontaient quelque gueux vagabond, quelque grand'mère vieille et aveugle ; mais les reflets singuliers et mystérieux que les branchages flambants jetaient parfois sur le visage du narrateur, et les battements de cœur de l'auditoire qui écoutait, avec un silence religieux, il m'était impossible de les rendre, et ces récits rustiques et presque barbares restent donc privés de leur charme natif le plus merveilleux.