‹ Œuvres de Henri HeineChapitre 4 sur 10 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

romantique dont j'ai parlé dans mon livre, et ils peuvent sans contredit être regardés comme les poètes les plus distingués de l'Allemagne pendant la période de Goethe. En tout cas, ils n'ont pas été surpassés depuis, quoique le théâtre allemand de nos jours possède deux poètes du mérite le plus rare en la personne de mes amis Frédéric Hebel, auteur de Judith, et Alfred Meissner, auteur de La Femme d'Uria. Le premier est de la parenté intellectuelle de Kleist et de Grabbe, et ce n'est pas l'affaire d'un critique banal que de savoir apprécier son esprit ; l'autre, Alfred Meissner, est bien plus accessible à l'intelligence des masses, son public est plus grand ; c'est une âme passionnée, et je suis persuadé qu'il saura un jour conquérir la popularité de Frédéric Schiller, dont il est l'héritier présomptif en Allemagne.

Je viens de faire remarquer que je n'ai pu parler dans mon livre de plusieurs de nos grands poètes allemands, parce qu'ils n'entraient pas dans mon cadre, destiné exclusivement à l'école romantique. Parmi ces grands poètes se trouvent aussi quelques poètes lyriques qui s'approchent de ladite école par la tournure de leur esprit imbu de romantisme. Aussi, par erreur, on les nomme parfois des romantiques. De ce nombre sont quatre dont le talent égale celui de nos plus grands poètes, ce sont : feu mon ami Adalbert de Chamisso, Français de naissance ; puis le magnifique Frédéric Ruckert, dont l'imagination est d'une exubérance luxuriante et orientale ; le troisième est mon ami le Comte d'Anersberg, connu sous le nom d'Anastasius Griin, poète lyrique très riche, presque trop riche en métaphores, et respirant une âme grande et noble; enfin, le quatrième, le dernier venu, est Ferdinand Freiligrath, talent de premier ordre, coloriste puissant et doué d'une grande originalité.

Dans un autre ouvrage que je ne désespère pas de finir, j'aurai l'occasion de parler amplement de beaucoup d'auteurs allemands, qui ont été mes contemporains, et dont je n'ai donné aucune information dans mon livre De F Allemagne. Je rachèterai alors avec usure les lacunes de ce dernier ouvrage, et je me fais fort que ni le public, ni les écrivains dont je n'ai pu m'occuper aujourd'hui, n'auront rien perdu pour avoir attendu.

Henri Heine.

Paris, 15 janvier 1855.

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