‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 138 sur 413 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

Un jour vint se poser sur l'un de ses rameaux Un essaim , doul les pieds , en fle.\il)les anneaux , L'un par l'autre attachés à la branche pliante, Montrèrent tout-à-coup une grappe pendante. Un prêtre saint alors fait entendre sa voix : « Mon dieu parle, dit-il , il m'inspire : je vois Des lieux d'où cet essaim aiiorda sui* nos plages , Et de ce vieux laurier envahit les feuillages , Je vois des étrangers fameux par leurs exploits Fondre sur nos remparts, et nous doinier des lois. » C'est peu : dans tout 1 éclat de sa pompe royale, Un jour auprès du roi , de sa main virginale , Sa Clle présentoit l'encens aux immortels; Tout-à-coup, ô terreur! s'elançant des autels, Le feu sacré saisit sa bt-lle chevelure, De son auguste front embrase la parure, Son bandeau , sa couronne , éclatants de rubis ; Parcourt en pétillant ses superbes habits, D'un brûlant tourbillon l'embrase tout entière; Et le temple étonné resplendit de lumière. L'augure est consulté : « Ce présage certain Annonce, répond-il, un illustre destin; Mais ce feu merveilleux, propice à Lavinie, D'un vaste embrasement menace l'Ausonie. »

Latinus s'épouvante ; au temple paternel Il vole du dieu Faune interroger l'autel , Perce la sombre nuit de l'antique Albunée, Qu'entoure un noir marais d'une onde empoisoimée , Et dont les flots sacrés), épanchés en torrents. Font retentir des bois aussi vieux que le temps. Là cent peuples divers , cent nations lointaines Viennent chercher du sort les réponses certaines ; Là , quand le prêtre aux dieux a présenté ses dons , Et des béliers sacrés arraché les toisons , Quand sou corps assoupi presse leurs peaux sanglâmes .

Esanicn subitum ramo frondenle pependit.

Continuo vates : « Externum cernimus , icquil, Adventare virum, et partes petere agmcn casdem

7" Parlibus ex isdem, et summa douiiuaiier arce. « l'raeterea, castis adolet dum altaria taedis, Ut juxta genitorem adslat Lavinia virgo , Visa (nelas) longis cocuprendere criuibus ignem, Atque omnem ornalum flamma crépitante cremari; Rcgalesque adcensa comas, adcensa coroaam iDsignem gemniis; tum fumida lumine fulvo Involvi , ac totis vulcanum spaigere tectis. Id vero horrendum ac visu mirabile ferri : ^araque fore iolustrcm lama fatisque canebant

*o Ipsam, sed populo magnum porleiidere bellum. At rex, sollicitus monstris, oracula Fauui Fatidici geoitoris adit , lucosque sub alla Consulit Aibunea , nemorum quae maxima sacro Fonte sonat, saevamqae exhalât opaca mephitim. Ilinc Italae gentes, omnisque OEnotria tellus , la dubiis responsa petunt. Hue dona sacerdns Quum tulit, et ca;sarum ovium sub noctc silcnti Pellibus incubuit stratis, somnosque petivit, MuUa modis simulacra videt volilaotia miris,

V Et varias audit voces, fruiturque deorum

Cooloquio, atque imis Acherouta adfatur Avernis.

Il voit dans son sommeil mille formes criantes,

Il écoute leurs voix , commerce avec les dieux ,

Interroge l'enfer et fait parler les cieux.

Le roi pénètre au sein de ces forêts antiques,

Presse pendant la nuit les toisons prophétiques,

Attend l'auguste oiacle; et soudain une voix

Arrive jusqu'à lui du silence des bois :

«Mon fils, chez les Latins ne choisis point un gendre;

Un étranger viendra (ton sort est de l'attendre),

Qui par ses noijles faits , son bras victorieux ,

Portera jusqu'au ciel notre nom glorieux;

Dont les fiers descendants vaincront plus de contrées

Que l'astre étincelant des voûtes azurées

N'en découvre sous lui, quand du trône des airs

Il embrasse les cieux , les pôles et les mers. »

Le roi ne cache point la fatale réponse;

Déjà la Renommée à cent peuples l'annonce ,

Taudis que les Troyens , vainqueurs heureux des eaux

Au rivage du Tibre enchaînent leurs vaisseaux.

Dans le heu le plus frais d'une riche campagne , Le héros et ses chefs , et le charmant Ascague , Sur la verdure assis , et d'ombrages couverts , Réparent par des mets les fatigues des mers. Ces mets ne chargent point une table superbe : Des gâteaux de froment qu'ils étendent sur l'herbe (Ainsi s'accomplissoient les arrèis du destin) Composent sans appréis un champêtre festin ; Des tributs des vergers leur coupe se courouue, Et Cérès a reçu les présents de Ponioue. Tous leurs mets épuisés , de ce fatal froment Leur dent audacieuse attaque l'aliment; Et leur faim, s'accordant avec l'ordre céleste. De la pâte sacrée a dévoré le reste.

Ascague , à cet aspect , dans un liansport soudain : « Eh quoi ! la table aussi devient notre festLn ! »

Hic et tum patcr ipse pctens responsa Latinus Centura lanigeras mactabat rite bidentes , Atque haruin el'fultus tergo stratisque jacebat Velleribus. Subita ex alto tox reddita luco est : " î\e pete connubiis natam sociare Latinis, O mea piogenies , thalamis neu crede paratis : Externi veuiunt geueii, qui sanguine nostrura ISomea in astra le.-ant, quorumque ab stirpe nepotcs

loo Omnia sub pedibus, qua sol utrumque recurrens Adspicit oceanum, vertique regique vidcbunt. » Haec responsa patris Fauni , monitusque silenli iNocte datos, non ipse suc premit orc Latinus; Sed circum h'te volitans jara Fama per urbcs Ausonias lulerat, quum Laomedontia pubes Graraineo ri])aE reiigavit ab aggere classcm.

vEneas , primique duces, et pulcher lulus, Corpora sub ramis deponunt arboris altse, Instituuntque dapes, et adorea liba per herbain

"o Subjiciunt epulis (sic Juppiter ipse monebat). Et Céréale solum porais agrestibus augent. CoDSumptis hic forte aliis, ut vertere morsus Exiguam in Cererem penuria adegit edendi , Et violare manu raalisque audacibus orbcm Fataiis crusti, patalis ncc parcere quadris : '< Heus ! etiam mcnsas consumimus ! » iuquit lulus

L'ENEIDE.

S'écria-t-il. Cos mois, qu'on eûl jugé frivoluB,

Page 1