‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 139 sur 413 · I.e héros les saisit; et ces douces paroles · texte numérisé non relu

I.e héros les saisit; et ces douces paroles

Sont pour lui le signal de la fin de leurs maux.

Rempli du dieu par qui sont inspirés ces mots,

« Salut, s'écria-t-il, terre long-lcmps promise!

Salut, dieu des Troyeus! plus d'une fois Auchise

( J'en avois jusqu'ici perdu le souvenir )

M'annonça comme un bien ce malheur à venir.

Mon fils , me disoit-il , si la faim indomptable

Un jour en aliment te fait changer ta table ,

Dans ce même moment et dans ces mêmes lieux

De ton premier abri fais hommage à les dieux :

Là de ton sort cruel finira la détresse.

Ainsi parloit Anchise; il me tient sa promesse.

Oui, je les trouve enfin ces lieux hospitaliers :

Voilà notre patrie , et voilà nos foyers !

Vous donc, dès que le jour vous rendra la lumière,

Courez de ce pays visiter la frontière;

Que sur des points divers nos compagnons épars

Reronnoissent ses mœurs , ses peuples , ses remparts.

Maintenant invoquons le souverain du monde;

Qu'imploré par nos vœux, Anchise nous réponde.

Et que Bacchus pour nous prodigue sa liqueur. »

Il dit , et l'alégresse a ranimé leur cœur. Lui, le front couronné d'une feuille légère. Adore de ces lieux le pouvoir tutélaire, La Terre, qui naquit avant les autres dieux, Les fleuves , les forêts , inconnus à ses yeux ; Et la Nuit ténébreuse, et ses flambeaux nocturnes. Qui déjà commençoient leurs courses taciturnes ; Jupiter honoré sur les monts idéens, Cjbèle à jamais chère aux peu])les phrygiens. Qui, tous deux protecteurs de la giandeur troyemie , Un jour protégeront la puissance romaine; Et ceux dont il nacjuit , couple auguste , immortel , Anchise dans l'Érèbe , et Vénus dans le ciel.

Nec pltira adUidens. Ea vox audita laborura Prima tulit fincm , primaraque loqueutis ab ore Eripuit pater, ac stnpefactus numine pressit.

120 Conlinuo : « Salve, fatis milii débita tellus; Vosq-.ie, ait, o fidi Trojse, salvete , Pénates, llic domus, hxc patria est. Gcnitor mihi talia, namque ÎS'uQC repeto, Anchises fatoruin arcana reliquit : Quum te, nate, famés ignota ad litora vectum Adcisis coget dapibus cousuruere mensas, Tum sperare domos defessus , ibique mémento Prima locare manu moliiique aggere tecta. Hœc erat illa lames; haec nos suprema manebat, Exitiis positura raodum.

»3o Quare agile , et primo loeti cum lumine solis

Que loca, quive habeant homines, ubi mœnia gentis, Vestigemus, et a porta divcrsa petamus.

ISunc paieras libate Jovi, precibusque vocale Anchisen genilorem , et vina repouite mensis. «

Sic deinde elfatus frondenli tempera ramo Implicat, et Geniumque loci, primamque deorum Tellurem , Nympbasque , et adhuc ignota precatur l'iumina : tum INoctem, Noclisque orientia signa, Idaeumque Jovem, Pbrygiamque ex ordine matrcra

•i" Invocat, et duplices Cœloque Ereboque parentes.

Comme il parloit encor, d'un coup de son tonnerre Le roi des dieux s'annonce , et lui-même à la terre Il montre et fait briller dans l'éclat d'un ciel pur Un nuage éclatant d'or, de poiu'pre et d'azur. Aussitôt dans les rangs des fiers enfants de Troie Il se répand lui bruit qui les remplit de joie : Le jour est donc ve;ui de bâtir leurs remparts ! L'espérance au front gai brille de toutes paris ; Par-tout nouveaux festins et nouvelles offrandes. Et la coupe à pleins bords s'entoure de guirlandes.

A peine dans les cieux l'aurore de retour Reprenoit ses flambeaux et rallumoit le jour. On part , on se répand sur ces nouvelles plages ; Ou reeonnoît les lieux, le fleuve, les rivages; Là , c'est le Numicus et les champs laurentins ; Voilà le Tibre ; ici sont les murs des Latins, Des Latins distingués par leur fierté guerrière. Alors, pris dans les rangs de son armée entière, Cent députés troyens, dont Énée a fait choix, Ont ordre de marcher vers la ville des rois. Chargés de riches dons, l'olivier pour couronne, Ils volent accomplir ce que leur chef ordonne. Énée alors prélude à ses remparts nouveaux ; Lui-même à ses Troyens en prescrit les travaux : Un sillon, où le soc a laissé son empreinte. De la cité future a désigné l'enceinte ; De remparts de gazon les murs sont entourés ; Sous la forme d'un camp ils croissent par degrés.

La troupe arrive enfin, et de la capitale Déjà s'offre à leurs yeux la pompe impériale ; Ils approchent des murs. Là de jeunes guerriers Guident des chars poudreux, domptent de fieis coursiers La lance ou l'arc en main signalent leur adresse , Et disputent d'ardeur, d'audace, et de vitesse. L'un d'eux, aiguillonnant un coursier généreux, Vers son auguste roi vole , arrive avant eux ;

Hic pater omnipotens ter cœlo clarus ab alto Intouuit, radiisque ardentcm lucis et auro Ipse manu quatiens ostcndit ab fftheve nubcm. Didilur hic subito Trojana per agraina rumor, Advenisse diem, quo débita mœnia condant. Certatim instaurant epulas, atque oniine magno Craleras lœti staluunt , et vina corooanl.

Postera quum prima lustrabat lampade terras Orta dies, urbem, et fines, et litora geutis

>io Diversi explorant : ha;c fonlis stagna Numici,

Hune Thybrira fluvium, hic fortes habitare Latinos. Tum satus Anchisa delcclos ordine ab omni Centum oralores aiigusta ad mœnia régis Ire jubet, ramis velalos Palladis omnes; Donaque ferre viro, paccmque exposcere Tcucris. Haud raora; ftstinant jussi, rapidisque ferunlur Passibus. Ipse humili désignai mœnia l'ossa, Molilurque locum; prlmasque iu lilore sedes , Castrorum in raorem, pinnis atque aggere cingit.

'Co Jamque iter emensi, turres ac tecta Latiuorum Ardua cernebant juvcnes , muroque subibant. Ante urbera pueri et primievo flore juveatus Exercentur equis, domitantque in pulvere currus, Aut acres lendunt arcus, aul Icula lacertis

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