‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 151 sur 413 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Qui rend l'ardeur çiierrièrc au\ peuples, aux cilés, El dévaste en courant les champs ensanglanlés. Un autre pour Eelloue apprèioit une égide, Signal de la fureur , de la rage homicide : Là cent hideux serpents, entrelaçant leurs nœuds, De leurs écailles d'or éblouissent les yeiLx; Et les regards mortels de l'affreuse Gorgone Vont placer la terreur sur le sein de Bellone.

« Cyclopes , c'est assez ; arrèlez , dit Tulcain : Des travaux plus pressés attendent votre main : Allons , fils de l'Etna , ni délai , ni murmure ; Pour un jeune héros j'ai besoin d'une armure; Que vos feux un instant ne se reposent pas : Il me faut tout votre art , il me faut tous vos bras. Hàtez-Tous , quittez tout. » Ainsi Tulcciin ordonne. Soudain sous les marteaux le mont au loin résonne . Tous d'une même ardeur poursirivent leurs travaux ; L'acier, l'or el l'argent coulent en longs ruisseaux. On forme un bouclier impénétrable, immense, Et seul contre ime armée invincible défense ; Sept couches d'un métal que la flamme a durci S'appliquent sous leurs mains sm* son orbe épaissi. Chacun a ses emplois , et pour hâter rou%Tage Entre leurs bras actifs rou\Tage se partage : Les uns placent l'enclume , et la terre en gémit ; D'autres trempent l'acier dans le flot qui frémit : D'autres , tenant en main la tenaille mordante , A leurs coups répétés offrent la masse ardente : L'autre nourrit les feirx dans leur brûlant séjoiu-; L'autre , enfermant les vents, les chassant tour-à-toiu' , L"rite des brasiers les flammes paresseuses. Tout agit , tout s'empresse; et leurs mains vigoureuses, Tantôt levant, tantôt baissant leurs lourds maileaux, Retombent en cadence , et domptent les métaux.

Tandis que Yulcain presse et dirige l'ouvrage, Évandre dort encor sur son lit de feuillage ;

Certatim squamis serpentnm auroque polibant, Coanexosque anguis , ipsamque in pectore dWx Gorgona, desecto vertentem lumiaa collo.

« Tollite cuDcta, inquit, cœptosque auferte labores,

4-»° itnaei Cvelopes, et hue advertite mentem. Arma acri facicnda viro : nunc viribus usus," IN'unc manibus rapidis, omni nunc arte raagistra : Prsecipitate moras. » Nec plura effatus; et illi Ocius incubuere omnes, pariterque laborem Sortiti : fluit aes rivis, aurique metallum; Volnificusque chaljbs vasta foroace liquescit. logentem clvpeum informant, unum omnia contra Tela Latinorum ; septenosque orblbus orbis Inpediunt. Alii vcntosis foUibus auras

tJJ Adeipiunt redduntque; alii stridentia tingunt ^ra lacu : gémit inpositis incudibus antrum. IIIL inter sese multa vi brachia tollunt In numerum, versantque tenaci forcipe massaai.

Hsec pater jEoliis properat dum Lemnius oris, Evandrum ex humili tecto lus suscitât aima, Et raatutini volucrum sub culmine cantus. CoDSurgit senior, tunicaque inducitur artus. Et Tvrrhena pedum circumdat vincula planlis. Tum lateri atque humeris Tegeaeum subligal enscm.

Les oiseaux , de son toit hôtes harmonieux, Et les premiers rayons qui redorent les cieux, Ont hâté son réveil. Sur ses pieds qu'il embrasse Un brodequin toscan se renoue avec grâce; De l'épaule au côté son glcùve est suspendu ; Un long poil tacheté sur son dos étendu , Jadis d'un léopard la superbe parure, Ramène sur son sein son épaisse fourrure ; Et deux chiens affidés, qui ne le quittent pas, Bondissent sur sa trace ou devancent ses pas. Empressé d'accomplir sa parole donnée, Dans son nocturne asile Évandre cherche Enée : Au devant de ses pas, du lieu de son repos, Avec la même ardeur s'avance le héros.

L'un vient avec Pallas ; l'autre est suivi d'Achate. Un transport mutuel dans leurs regards éclate : Tous deux en s'embrassant renouvellent leur foi ; Tous deux , demeurés seuls dans le palais du roi , De leurs nobles projets, pesés par la prudence, Peuvent se faire entre eux l'entière confidence. Le roi commence ainsi : « Fier successeur d'Hector , Tous par qui Troie en cendre ose espérer encor , Vous par qui le vaincu se promet la victoire , Mes moyens ne sont pas dignes de votre gloire ; Le Tibre d'un côté , protecteur des Toscans , P.orne ici mes états ; el jusque dans mes camps Les Ruiules de l'autre apportent les alarmes ; J'entends d'ici lem-s cris el le bruit de leurs armes. Mais un hasard heureux nous assiu'e aujourd'hui D'un peuple belliqueux l'intérêt el l'appui ; Et le destin ici semble exprès vous conduire.

« Cité riche autrefois , siège d'un grand empii-e , Séjour heiu-eux long-temps des braves Lydiens, Ag}lle ici commande aux monts étruriens ; Dépouillée aujourd'hui de sa splendeur antiqtie , Mézence l'asservit à son joug tyranuique.

460 Demissa ab Isva pantherae t€rga retorquens. Mec non et gemiui custodes limine ab alto Praecedunt gressumque canes comitanlur herileiq. Hospitis Jineae sedem et sécréta petebat, Sermonum memor et promissi muneris, hero«. ISec minus ineas se matutinus agcbat.

Filius huic Pallas, illi cornes ibat Achates. Congressi jungunt dextras, mediisque residunt .Edibus, et licito tandem sermone fruuntur. Rex prior haec :

•JTo « Maxime Teucrorura ductor, que sospite numquain Res equidem Trojs vicias aut régna falebor; ISobis ad belli auxilium pro nomine tanlo Exiguae vires : bine Tusco claudimur amni; Hiuc Rululus premil, et murum circumsonat armis. Sed tibi ego ingénies populos opulentaque legnis JuDgere castra paro : quam fors mopioa salutem Osienlat; fatis bue te poscentibus adi'ers.

« Haud procul hinc saxo incolilur fuadata vctuste Urbis -Agrllinae sedos, ubi Lvdia quoudam

'80 Gens, bello praeclara, jugis insedil Elruscis. Hanc multos florentem annos res deinde superbo Imperio et sa?vis tenuil Mezenlius armis. Quid memorem infandas cxdes, quid facta trranKi

L'KNEIDE.

Comment peindre l'horreur de son règne odieux ? Puisse tomber sur lui la vengeance des dieux ! Ce monstre, joignant l'art avec la barbarie, D'un tourment tout nouveau repaissoil sa furie : Des vivants joints aux morts sur des lits inhumains, La bouche sur la bouche , et les mains sur les maius , Tout dégoullants d'un sang qui faisoil ses délices, Mouroient d'un long trépas dans ces affreux supplices ; Et le monstre auprès d'eux goùloit trancpiillemeut De ces corps déchirés l'horrible accouplement. Son peuple enfin, lassé du poids de tant de crimes, S'arme contre un tyran ; et, vengeant ses victimes, lÉgorge ses amis, assiège son palais, Et kivre au feu vengeur ce séjour des forfaits. Turnus vient au secours de ce roi sacrilège ; Son palais le reçoit , et son bras le protège. Mais l'Étrurie entière a juré sou lrèj)as , Sa vengeance à grands cris appelle les combats. Marchez, prince troyen, avancez à leur tète; Leur flotte est assemblée , et leur armée est prête. Déjà leurs fiers drapeaux flottoient au gré des venis, Lorsqu'un sage vieillard , dont les regards savants Lisent dans l'avenir, arrête leur armée. Tranquille maintenant, mais non pas désarmée; Et sa voix, réprimant leurs transports indiscrets. Du destin en ces mots rappelle les décrets :

« Illustres chefs , dit-il , héros de Méonie , Des braves Lydiens illustre colonie, Contre im tyran cruel lui courroux mérité Provoque justement votre bras irrité, Mais un chef étranger doit guider votre audace. »

« Les Toscans, à ces mots, suspendent leur menace. Tranquilles dans leurs camps , et leurs drapeaux baissés , Ils attendent ces chefs par l'oracle annoncés. Par ses ambassadeurs , déjà Tarchon lui-même Vient de m'offrir le sceptre avec le rang suprême ; 11 veut que, capitaine et monarque à-!a-fois,

F.ffera! Di ca[)iti ipsiiis générique reservent.' Mortua quin etiani jnngebat corpora vivis, Componens manibusque manus atque oribus ora, Tormcnti geuus! et sanie taboqiie fluentes Complexu in misero ionga sic morte necabat. At fcssi tandem cives inl'anda furentem

<9" Armati circumsistunt ipsiiraque domumqtie : Obtruneant socios; ignem ad fastigia jactant. lUc intcr tsdcm Riilulorum elapsus in agros Coufiigere, et Turni defendier liospilis armis. Krgo omnis furiis surrexit Etruiia jiistis; l\egem ad supplicium praesenti Marte reposcunt. Ilis ego te, jEnea, ductorem millibus addara. Toto naraque fremunt condensa; litore pnppes, Signaque terre jubent : retinet longaevus bariispcx, Fata canens : « O Mseoniae délecta jnventus,

Soi) flos vctcrum virtusque virum , qnos justus in hosten> Fert dolor, et mérita adeendit Mezentius ira, NuUi fas Ilalo tantam subjungere gentem; F.vternos optale duces. » « Tura Elriisca rcscdit lioc acies campo, monitis exterrita divum. Ipse oratores ad me rcgniqne coronam Cum sceptre misit, mandalque insignia, Tarclio,

L'armée et tout l'état se rangent sous mes lois.

Mais il n'en est plus temps , et la glace de l'âge

Envie à mes vieux ans un si noble avantage.

J'eusse envoyé mon fils, si le sang maternel

Ne metloit un obstacle à son droit paternel ;

Mais, au peuple toscan étranger par son père,

Mon fils du sang latin est issu par sa mère.

Et ce hasard l'exclut d'un rang si glorieux.

Pour vous, qu'à plus d'un titre ont proclamé les dieux,

Vous de qui la fortune obtint des destinées

Le droit de la naissance et celui des années,

Marchez : puissé-je voir réunis dans vos mains

L'intérêt d'Ilion et celui des Latins !

Ce n'est pas tout : mon fils, dont la tendre jeunesse

Est l'espoir de l'état, celui de ma vieillesse,

Digne appui des Troyens ainsi que des Toscans,

Va quitter mon palais pour voler dans vos camps.

Instruisez aux combats son précoce courage ;

Qu'il en fasse sous vous le noble apprentissage ;

De vos hautes leçons qu'il connoisse le prix :

Savoir vous admirer, c'est avoir tout appris.

De deux cents cavaliers une élite intrépide

Va joindre à vos soldats son escadron rapide ;

Deux cents autres bientôt, également choisis.

Vont sous vos étendards accompagner mon fils. »

Il dit : et le héros, et le fidèle Achate, Malgré le noble espoir dont ce discours les flatte, Tous les deux en silence, immobiles tous deux, Plongent d'un œil tremblant dans l'avenir douteux. Tout-à-coup un signal que donne Cythérée Vient ranimer leur cœur. Dans la plaine éthérée li'air s'ébranle : des cieux partent de longs éclairs , La tiompette éclatante a sonné dans les airs. On regarde, on se tait : de nouveau les cieux grondent. Alors dans l'air serein , où mille échos répondent , Une superbe armure en longs sillons de feux Descend, tonne à l'oreille, et resplendit aux yeux.

Subcedam castris, Tyrrhenaqne régna capessara. Sed milii tarda gclu sœclisque elicta senectiis Invidet imperium , scrœque ad fortia vires.

'■"" Natura exhortarer, ni mixtus matre Sabella

Ilinc partem patriae traheret. Tu, cnjus et annis Et gencri fata indulgent, quera numina poscunt, Ingredere, o Teucrum atque Ifalum l'ortissime ductor. Il une tibi praeterea, spcs et solatia nostri, Pnllanta adjungam : sub te tolerare magistro Mililiam et grave Marlis opus, tua ceriierc facta Adsuescat, prirais et te rairelur ab annis. Arcadas huie équités bis centum, robora pubis Lecta, dabo; totideraque sue tibi nouiine l^allas. ■•

S'o Vix ea fatus erat; defixique ora tenebant jEneas Anchisiades et fidus Achalcs, Midtaque dura suc tristi cum corde putabant : Ni signum cœlo Cylberea dedisset aperlo.' N'amque inproviso vibratus ab aetliere fulgor Cum sonitu venil, et ruere omnia visa repente, Tyrrhenusque tubae raugire per sethera danger. Suspiciunt : iterum atque iterum fragor increpat ingctis. Anna inter nubem, creli in regione serena, l'er suduiu rutilare vident, et puisa tonarc.

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