‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 176 sur 413 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

L'AcRORE cependant abandonnoit les mers : Enée, à ses succès mêlant des soins amers, Des guerriers descendus dans les royaumes sombres Est pressé d'apaiser les héroïques ombres. Mais il veut avant tout, tiiomphatcur pieux. Aux dieux qui l'ont fait vaincre offrir ses justes vœux. Par son ordre, en im lieu qui domine la plaine. S'élève sans rameaux l'énorme tronc d'un chêne : Là du fougueux ^Mézence, immolé par son bras. Il consacre l'image au grand dieu des combats; Il place du guerrier l'armure étincelantc, Ses javelots brisés, son aigrette sanglante; A la gauche il suspend son large bouclier; Son glaive, dont l'ivoire enveloppe l'acier. Se rattache à son cou ; sa pesante cuirasse , De douze coups percée , en offre encor la trace ; Enfin ce tronc brillant, ce chêne tout armé, Paroît offrir aiLX yeux Mézence ranimé.

Le héros , qu'environne une nombreuse suite , De ces braves guerriers harangue ainsi l'élite : « Courage , mes amis ! de glorieux succès

yoo <; Hostis amare, quid increpitas , mortemque minaris? ISulium in cade nefas; nec sic ad praelia veoi, Nec teciim meus haec pepigit niibi fœdera Lausus. Unum hoc, per, si qua est victis veuia boslibus, oro, Corpus bumo patiare tegi. Scio acerba meoruui Circumstare odia ; hune , oro , défende furorem , Et me consortem nati concède sepulcro. »

Haec loquitur, juguloque haud inscius adcipit enscm , Undantique animam ditïundit in arma cruore.

LIBER XL '^- ' OcEAKUM interea surgens Aurora reliquit.

^neas, quamquam et sociis dare tempus humandis Prsecipitant curœ, lurbataque funere mens est. Vota deum primo victor solvebat Eoo.

Ingentem quercum decisis undique ramis Constituit tumulo , fulgentiaque induit arma , Mezenti ducis esuvias, tibi, magne, tropieum, Beliipotens. Aptat rorautis sanguine cristas, Telaque trunca viri , et bis sex thoraca petituui 10 Perfossumque locis : clypcumque ex are sinistré Subligat, atque ensem coilo suspendit cburnuni. Tum socios, namque oiunis eum stipata tcgc;bat Turba ducum, sic incipiens hortatur ovauiis : « Maxuma res efl'ecta , viri ; timor omois ahcsto ,

De votre heureuse audace ont été les essais. Plusieurs chefs sont tondjés : mais ces grands sacrifices De nos tributs guerriers ne sont que les prémices; A la patrie, à vous, ma main les immola : Ce Mézence si fier, mes amis, le voilà! Avançons maintenant, et jusques à Laurcnte Suivons de nos destins la course triomphante. Ma voix à votre ardeur promet d'autres coml)al« : Préparez donc vos cœurs , vos armes et vos bras. Mais avant tout il faut consoler la mémoire De ceux qui de leur vie ont payé notre gloire Et dans leur triste asile accompagner leurs corps. Seule marque d'honneur qui reste aux sombres bords ! C'est leur sang qui pour nous conquit une patrie ; Allez donc , et pleurez sur leur cendre chérie. Dans les murs , dans les bras d'un père malheureux , Remettons ce Pallas, si grand, si généreux, Qui dévoua pour nous sa précieuse vie , Qu'un sort prématuré nous a si tôt ravie. »

Il dit, pleure, et retourne à ce séjour de deiàl , Où du jeune héros repose le cercueil.

Acète y présidoit; ce vieillard plein de zèle, Qui d'Évandre autrefois fut l'écuyer fidèle; Qui depuis, gouverneur du malheureux Pallas, Sous un moins doux auspice avoil suivi ses pas. Là se pressoient en foule , autour du matisolée , De ses chers serviteurs la troupe désolée ; Des Toscans, des Troyens, et des mères en pleurs , Dont les cheveux épars attestent les douleurs. Mais au lit funéraire Énée à peine arrive, Soudain de tous côtés sort une voix plaintive; Et les pleurs, les soupirs, les sanglots , les regrets , De leur deuil imauime ont rempli le palais. A peine il aperçoit la blessure cruelle , Ce beau front que fléliit une pâleur mortelle.

Quod superest; hœc sunt spolia, et de rege snperbo Primitiae; manibusque meis Mezentius hic est. Kunc iter ad rcgem nobis murosque Latioos ; Arma parate, animis et spe praesumite bellum; Ne qua mora ignares, ubi primum vellere signa

20 Adnuerint superi, pubemque educere castris, Inpediat, segnisve metu sententia tardet. Interea socios inhumataque corpora terrae Maudemus; qui solus honos Acheronte sub imo est. Ite, ait; egregias animas, quae sanguine nobis Hanc patriam peperere suo, decorate supremis Muneribus, mœstamque Evandri primus ad urbcm Mittatur Pallas, quem non virtutis cgeutem Abstulit atra dies, et funere mersit acerbo. »

Sic ait inlacrymans, recipitque ad limina gressurr. :

3u Corpus ubi exanimi positum Pallantis Acœtes Servabat senior, qui Parrhasio Evandro Armiger anle fuit; sed non felicibus aeque Tum cornes auspiciis caro datus ibat alumno. Circum omnis famuiumque manus Trojanaque turba. Et mœstum Iliadcs crinem de more sohitje. l.'t vero ineas foribus sese intulit altis, Ingentem gemitura tunsis ad sidéra tollunt Pcctoribus, mœstoque inmugit regia luctu. Ipse , caput nivei fultum Pallantis et ora

Il gémit, il s' celle en le l)aignant de pleurs :

« Objet de ma tendresse , oI)jet de mes douleurs ,

C'est quand je suis heureux que tu quilles la vie !

Tu n'as pu triomphant rentrer dans la pairie ,

Et, me félicitant de mes nouveaux deslins,

Embellir un bonheur préparé par tes mains !

Étoit-ce là , grands dieux ! ce qu'au sensible Evandre

Avoit promis ma foi, quand ce père si tendre,

Dans son dernier adieu me pressant sur son cœur,

De l'amour paternel m'exprimoit la terreur;

M'annonçoil les dangers de celle horrible guerre.

Quel peuple belliqueux habitoit celte terre.

D'un empire puissant m'assuroit le secours ,

Et de son cher Pallas me confioit les jours!

Hélas ! en ce moment sa crédule tendresse

Feut-ètre implore en vain l'effet de ma promesse;

Et , chargeant les autels d'offrandes et de vœux ,

De sa vaine prière importune les dieux ;

Et nous , lorsque son fils descend dans la nuit sombre.

D'inutiles honneurs nous entourons son ombre !

Retour infortuné ! malheureux père , hélas !

Dans quel état affreux je lui remets Pallas !

Des larmes, des cyprès, celte tombe fatale,

Voilà de ce héros la pompe triomphale !

Mais d'un fils avili le coupable retour

INe te forcera pas à délester le jour;

Ta gloire sans rougir pourra voir ses blessures ,

Et son grand nom vivra chez les races futures.

O douleurs ! ô regrets ! ô destins ennemis !

Quel deuil pour les Troy eus ! quel malheur pour mon fils!"

Après avoir pleuré sur ce trépas funeste, Le héros, pour porter ce déplorable reste. Choisit mille guerriers , dont les nobles douleurs Aux larmes de son père iront mêler leurs pleiu's ; Foiblc soulagement d\ine perte si grande !

*o Lit vidit, levique patens iii pectore voluiis Ciispidis Ausonise, lacrymis ita fatur obortis : i> Tene, inqiiit, miseraude puer, quiina lœta venircl, iQvidit Fortuna mihi, ne régna videres Nostra, neque ad sedes victor veberere paternes! Non hsec Evandro de te promissa parenti Discedens dederam, quum me complexus euntem Mitteret in raagnum imperium, metuensque moneret Acris esse viros, cura dura praelia gente. Et nunc ille quidem spe raultum captus inani

^" Fors et vota facit, cuinulatque altaria donis!

Nos juvenein exanimum, et ni! jam cœiestibus ullis Debentera, vano inœsti comitamur honore.

Infelix, riati funus crudele videbisi Hi nostri redilus, exspectatique triumphi? HsEc mea magna fides? At non, Evandre, pudendis Volneribus pulsum adspicies; nec sospite dirum Optabis nalo funus paler. Hei mihi, quantum Praesidium Ausonia, et quantum tu perdis. Iule! » Hfec ubi deflevit, tolli miserabile corpus

*'" Imperat, et toto lectos ex agmine mittit

Mille viros, qui supremum coraitentur lionorem, Intersintque patris lacrymis : solatia luctus Exigua ingenlis! misero sed débita patri. Haud segnes alii cratis et molle feretrum

Mais l'amitié le veut, la pitié le commande.

De la pompe funèbre on hâte les travaux. Et le lierre et l'osier, enlaçant leurs rameaux , Du flexible cercueil forment l'archi lecture ; A l'entour se déploie un voile de verdure. Là, pâle, et de sanglots, de pleurs environné, Repose sur son lit le jeune infortuné : Ainsi de nos bosquets la rose matinale. Que cueille avant l'aurore une main virginale. Pour en parer son sein ou ceindre ses cheveux , D'un reste de beauté brille encore à nos yeux ; Mais du sol maternel une fois séparée, Sa feuille se flétrit et meurt décolorée. Puis deux riches habits , où la belle Didon En or avoit brodé la pourpre de Sidon, (Doux présent de l'amour et son plus cher omTage), Du monarque éploré sont le dernier hommage ; L'un recouvre son corps , et l'autre ses cheveux. Que bientôt du biîcher vont dévorer les feux. Puis viennent à pas lents, par la foule escortées, Les armes des vaincus en triomphe portées; Les lances, les chevaux aux Latins enlevés, Et les nombreux captifs au bûcher réservés , Malheureux, dont le sang doit consoler sa cendre. Et dans la même miit condamnés à descendre! Les chefs les plus vaillants portent sur des tronçoiis Les glaives des vaincus, où se lisent leurs noms. Parmi cet appareil et de deuil et de gloire. Qui de son noble élève honore la mémoire, Acète, succombant à son âge, an chagrin. Déchire ses ha!)ils ou se meurtrit le sein ; Ou, tombant de douleur, s'élend sur la poussière. Après lui s'avançoit, dans sa pompe guerrière. Du malheureux Pallas le char ensanglanté : Puis le fidèle Éthon , son coursier indompté,

Arbuteis tcxunt virgis et vimine querno, Exstructosque toros obtentu frondis inumbrant. Hic juvenem agresti sublimem straroine ponuut : Qiialem virgineo demessum pollice florem, Seu mollis violas, seii langueiitis hyacinthi,

70 Cui neque fulgor adhuc, nec dum sua forma recessit; Non jam mater alit tellus, viresque minislrat. Tune geminas vestis, auroque ostroque rigeutis, Extulit jEneas, quas il!i laeta laborura Ipsa suis quondam manibus Sidonia Dido Fecerat, et feuui telas discreverat auro. Ilarum unam juveni supremum mœstus honorem Induit, arsurasque comas obnubit amictu; Multaque pra-terea Laurcntis pra;mia pugnae Aggerat, et longo praedam jubcl ordine diici.

So Addit equos, et tela, quibus spoliaverat liostem. Vinxerat et post terga manus, quos mitteret umbris Inferias, caeso sparsuros sanguine flammam; ludutosque jubet truncos hostilibus armis Ipsos ferre duces, inimicaque Domina figi. Ducitur infelix sevo conlectus Acœtes :

Pcctora nunc fœdans pugnis, nunc unguibus ora, Sternitur et toto projectus corpore terrse. Ducunt et Rutulo perl'usos sanguine currus. Post bellator equus, positis insignibus, .f.thoQ

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