‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 185 sur 413 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Le carquois charge en vai:i kiirs épaules craintives; Leurs arcs sout dcicndus, et leurs flèches oisives. Tout cède : des coursiers , épouvantés comme eux, Les pas retentissauls battent les champs poudreux; Et vers la ville enfin , leur unique ressource , Dans des flols de poussière ils dirigent leur course. Les femmes, en voyant revenir ces débris, Poussent des cris affreux , frappent leurs seins meurtris.

L'ennemi les poursuit, et jusque sous Icui's portes Atteint ceux dont les murs reçoivent les cohortes. Malheureux ! au trépas ils pensoient échapper. Sur le seuil paternel la mort vient les frapper : Quelques uus sont percés à l'aspect de leurs Lares ; D'autres que le péril , que l'effroi rend barbares , Referment leur asile , et leurs tristes aniis En vain, les bras tendus, demandent deirc admis : On repousse sur eux la porte impitoyable. Alors se renouvelle un carnage effroyable De ceux qui de leurs murs tentent en vain l'abord , Et des concitoyens qui leur donnent la mort. Plusieurs qu'exclut, hélas! l'enceinte désirée, Aux yeux de leurs parents , de leur mère éplorée , Pour fuir les ennemis choisissant le trépas , Dans les fossés profonds précipitent leurs pas ; Cet autre, aiguillonnant le coursier qui l'emporte, Frappe à coups redoublés l'inexorable porte. Mais de Camille à peine on distingue le corps. On redouble de crainte , et de zèle et d'efforts : Les femmes même alors deviennent iuti'épides , Le fer éiiucelanl charge leurs maius timides; Et de longs pieux , armant leur courage indompté , Ont du fer dans la flamme acquis la dureté ; Chacune d'un héros a pris l'ame guerrière , Et veut pour sa patrie expirer la première.

Cependant à Turnus de ces revers affreux '

Nec quisquam instautis Teucros letumque fèrentis Sustcntare valet tells, aut sistere coQtra; Secl laxos referunt humeris languentibus arcus; Quadrupedumque putrpin cm su quatit ungula caœpiim. Volvitur ad muros caligiiie turbidus atra Pulvis, et e speculis percussa: pectora niatres Feinineura clamorem ad cocli sidéra tolliint. Qui cursu portas primi inrupere patentis,

B9o ilos inimica super raixto premit agminc lurba;

ISec niiserara effiigiuut raortem, sed limiiie in ipso, Mœnibus in palriis, atque icter tuta domorura, Coufixi exspirant animas : pars claudere portas; Nec sociis aperire viara, nec mœnibus audent Adcipere orantis; oritiirque miserrima cœdes Defendentura armis aditus, inque arma rucntum. Exclus! , ante oculos lacrymantumque ora pareiituni. Pars in prœcipitis fossas, urgente ruina, Volvitur; inmissis pars ca:ca et concita frcnis

«9" Arielat in portas et duros objice postes. Ipsse de mûris summo certaraine maires , (Moustrat araor veras palrice) ut viderc Camillim, Tela manu trepidae jaciunt; ac roborc dure Stipitibus ferrum sudibusque imitantur obustis l'rïcipites , prima-que mori pro mœnibus ardent. Inlcrea Turuum in silvis saevissiinus inplct

Acca vient apporter le récit désastreux :

« Les Latins sont vaincus, Camille est expirée,

Aux Troyens triomphants l'Ausonie est livrée;

Tout fuit, tout a subi leur rapide fureur,

Et jusque dans Laurente a volé la terreur. »

Le héros furieux (ainsi le ciel l'ordonne)

Frémit de ce désastre ; il part, il abandonne

Les gorges , les forêts qu'occupent ses soldats.

Le Troycn à son tour précipite ses pas ;

Après avoir franchi les bois et les montagnes,

De leurs sombres hauteurs descend dans les campagnes.

Ainsi, se rapprochant , ces deux fameux rivaux

Yers les murs laurenlins marchent à pas égaux ;

L'un pour les attaquer, l'autre pour les défendre.

Enée, en avançant, au loin a vu s'étendre

Les escadrons latins et lein's fiers bataillons,

De torrents de poussière inondant les sillons :

De Turuus à son tour la surprise est pareille.

Déjà de toutes parts arrive à son oreille

Le bruit des escadrons précipitant leurs pas :

C'est l'invincible Énée avançant aux combats.

Et peut-être à l'instant au pied de ces murailles

Tous deux auroient tenté le destin des batailles ,

Si Phébus, déposant ses rayons amortis,

N'avoit plongé son char dans les flots de Thétis.

Tous deux veillent, campés sous les murs de la ville;

El cette nuit du moins leur fureur est tranquille.

Page 1