‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 213 sur 413 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Et, sur un vasie amas de chars et de victimes,

Les flots en mugissant refermer leurs abîmes :

Tels, sur les flots du lac brûlant et ténébreux,

En foule sont couchés ses bataillons nombreux.

Sa voix tonne de loin sous la voûte profonde;

Les airs en sont troublés , et tout l'enfer en gronde :

« O vous, l'honneur du ciel; vous, mon plus ferme appui,

Hélas ! et que mon œil méconnoît aujourd'hui !

Rois , princes , potentats , chérubins , Gers archanges,

D'un chef jadis heureux belliqueuses phalanges ,

Vous , qu'à vivre toujours le ciel a destinés ,

Est-ce donc la terreur qui vous tient enchaînés ?

Ou bien, jîour respirer de votre chute horrible,

Choisites-TOus ces feux et celte mer terrible

Pour y dmmir en pak comme au palais des cieux ?

Ou bien redoutez- vous un vainqueur odieitx ,

Et ce front prosterné vient-il de reconnoilre

Le tyran que la force a nommé noire maître ?

Il nous voit de son trône ; il voit flotter cpars

Nos armes, nos guerriers , nos drapeaux et nos chars.

Quedis-je? ses guerriers, saisissant l'avantage.

Peut-être jusqu'ici s'en vont porter leur rage;

Et des traits de sa foudre enfoncés dans nos flancs ,

A ces brûlants tombeaux nous attacher vivants.

Levez-vous , armez-vous , ou servez en esclaves. »

11 dit : impatients de rompre leurs entraves , Tous sortent à-la- fois du gouffre des enfers. Et de leur vol terrible ont fait frémir les airs. Tels des gardes, la nuit sommeillant sous leurs armes , Si le péril approche, au premier cri d'alarmes se lèvent en tumulte, et, dormant à demi,

WTiile with perfidious hatred thcy pursued

The sojourDers of Goshen, wbo beheld 3io From the safe shore their floating carcases

And brokcD chariot wheels : so thick bestrown ,

Abject and lost, laj thèse, covering the flood,

Under amazement of their hideous change.

He call'd so loud, that ail the hollow deep

Of Hell resounded. « Princes, Potcntates,

■«'arriors, the flower of Heaven, once jours, now lost,

If such astonishment as this can seize

Eternal sprrits ; or hâve ye chosen this place

After the toil of baltle to repose *" Your wearied virtue, for the ease you find

To slumber hère, as in the vales of Heaven? Or in this abject posture hâve ye sworn To' adore the conqueror? who now beholda

Cherub and Serapb rolling in the flood With scatter'd arms and ensigns, till anon His swift pursuers from Heaven-gates discern The advantage, and, descending, tread us down Thus droopJDg; or with linked thunderbolts Transfix ns to the bottom of this "ulf ? ^^ Awake, arise, or be for ever fall'n. »

They hcard, and were abash'd, and up they spriing Upon the wing, as wlieo men wont to watch On duty, sleeping found by whom they dread, Rouse and bestir themselvés ère well awake. Nor did they not perceive the cvil plight In which they were, or the fierce pains not feel; Yet to their general's voice thcy soon obev'd

I Les yeux à peine ouverts , volent à l'ennemi.

I De la vague enflammée ainsi part et s'élance

i Ce bataillon rapide, impétueiLt , immense.

I Tout s'émeut, tout frémit; et quoique sur leurs cœurs Pèsent leur infortune et le poids des douleurs, Ensemble déployant leurs innombrables ailes, A sa vok ont volé leurs légions fidèles. Ainsi , lorsque d'Amram le redoutable fils Toulut punir l'orgueil de l'altiere ]\Iemphis , A peine il eut tourné sa baguette puissante, Soudain vinrent tomber sur l'Egypte tremblante, Des insectes ailés, des nuages vivants Qui noircissoient les airs et voloient sur les vents. Leur foule ainsi s'empresse; ainsi dans la nuit sombre Nagent pai-mi les feux leurs bataillons sans nombre. Moins nombreux autrefois, le peuple entier du Nord Dans les champs du Midi vint apporter la mort, Inonda les Germains de sa horde guerrière , Des roches de Calpé Uaversa la barrière , Et vomit par torrents ses barbares essaims Des glaces de Norwége aux sables africains.

Tout pvt, forme ses rangs : déjà de chaque bande Les chefs ont entouré le chef qui les commande. Leurs figures , leurs traits n'offrent rien de mortel ; Tous sur des trônes d or ont siégé dans le ciel. Leurs noms n'existent plus : leur rebelle folie Les a tous effacés du livre de la vie. Depuis, cherchant leur proie et quêtant des autels, Dieu, par leur culte impie, éprouva les mortels. Parmi l'encens et l'or, et les fêles pompeuses, L'homme les adora sous cent formes trompeuses ,

Innumerable. As when the potent rod Of Araram's son, in Egypt's evil dar, 3^0 Wav'd round the coast, up call'd a pitchy cloud Of locusts, warping on the eastern wind, That o'er ihe realm of irapious Pharaoh hun" Ltke night, and daiken'd ail the land of Ml^: So numberless were those bad Angels seen Hovering on wing under the cope of Hell, 'Twixt upper, nether, and surrounding fires; Till, as a signal given, the' up-lifted spear Of their great Sultan waving to direct Their course, in even balance down they li<'ht 3^0 On the firm brimstone, and fill ail the pïain^

A multitude, likc which the populous .North Pour'd never from her frozen loins, to pass

Rhene or the Danaw, when her barbarous sons

Came like a déluge on the south, and spread

Beneath Gibraltar to the Lybian sands.

Forthwilh from every squadron and each band

The heads and leaders thither haste, where stood

Their great commander; godlike shapes and forras

Excelling human : princely Dignities; 36" And Powers that erst in Heaven sat on thrones;

Though of their names in heavenly records now

Be no mémorial; blotted out and ras'd

By their rébellion, from the books of life.

Nor had they yet among the sons of Eve

Got them new names, till, wandering o er the earfh,

Through God's liigh suflerance for the trial of man .

By falsities and lies the greatcst part

PARADIS PERDU

Et, dressant à la lunite un autel imposteur, J^aus sa gloire invisible oublia son auteur.

Muse , dis-moi les rangs , les chefs de cette armée; Eans quel ordre , sorti de sa couche enflammée , Chacun saisit son poste, et, docile à sa loi, D'une brillanle élite environne son roi , Tandis qu'au loin planant dans la vaste étendue , La foule dans les airs flotte encor suspendue. Les premiers fmeut ceux dont les fantômes vains Courbant à leurs genoux les crédules humains. De la terre idolâtre usurpèrent l'hommage, En face du vrai Dieu placèrent leur image; Qui, jusque sur son trône assis dans le saint lieu. Osèrent affronter l'œil foudroyant d'un Dieu , El par des rils impurs, des fêtes criminelles, Profanoient de Sion les pompes solennelles.

A leur tète est Moloch , dont les affreux autels Boivent le sang humain et les pleurs maternels. En vain pendant l'horreur de ces scènes fatales Les tambours résonnanis, les bruyantes cymbales, Des enfants dans les feux étouffent les clameurs : Tendres mères , leur cri retentit dans vos cœurs. L'aquaiique Rabba lui soumit ses rivages : Du cruel Ammonite il reçut les hommages, Conquit Basan , Argob : des rives de l'Arnon Courut de proche en proche aux campagnes d'Hinnon, Y plaça son image, y fonda son empire; I,e plus sage des rois éprouva son délire , Et sur le mont d'opprobre , en ses vœux criminels , Aux autels du Très-Haut opposa ses autels.

Des fdles de Moab épouvanlail obscène,

Of mankiud they corriipted to forsakc God their Creator, and tlie' invisible

•>:'' (jlory of him that made thera , to transforra Oit to thc image of a brute, adorn'd Wilh gay religions full of pomp and gold. And devils to adore for deities :

Then wcrc tlicy kuown to men by various naracs , And various idols tbrough tbe Heathen world.

Say, Muse, tbeir naines then known, wbo first, who last, Rous'd frora thc slumber, on that ficry couch, At their great emperor's call, as next in worlh Came singly whcre he stood on the bare strand,

38o W'hile the proiuiscnous crowd stood vet aloof.

Thc chief were thosc, who, frora the pit of llell, Roaraing to seek their prey on earth, durst fix Their seats long after next the scat of God, Their altars by bis allar; gods ailor'd Among the nations round; and turst abide Jehovah thundering out of Sion, thron'd Bet^veen tlie Cherubim; yea, often plac'd Within bis sanctuary itself their shriiies, Abominations, and with cursed things

393 Ilis holy rites and soieran feasts profan'd.

And with their darkness durst alfront bis light.

First, Moloch, horrid king, bcsmear'd with blood Of liuman sacrifice, aiid parents' tears; Though for the noise of drums and tirabrels loud Their children's crics unheard, that pass'd tbrough fire To his grim idol. Him the Ammonite Worghipl in Rabba and hcr watcry plaiii ,

Après lui vint Chamos, dont l'infâme domaine D'Aroër à Nébo courut vers le Midi , Poussa sur Hésébon son empire agrandi , Traversa le désert, franchit ces belles plaines Où des vins de Sibma la grappe enfle ses veines, Régna d'Éléalé jusqu'au lac sulfureux Où de Gomorrhe éteint fument encor les feux. Péor éloit son nom, quand loin de son rivage Le Nil vit les Hébreux d'un impudique hommage Honorer ses autels , source de leurs malheurs. Sur le mont , renommé par l'opprobre des mœurs , La pudeur s'effraya de sa lascive orgie; Elle vit s'élever sa hideuse effigie Dans les vallons fleuris , le long des verts bosquets Où fumoient de Moloch les horribles banquets : Lieux cruels , où le meurtre et la débauche impure Vinrent d'un double outrage affliger la nature. Jusqu'au jour mémorable où, vengeant l'Éternel, Le pieux Josias renversa leur autel.

Après eux s'avançoietit tous ces esprits immondes Qui de l'antique Euphrale asservirent les ondes , Jusqu'à l'humble ruisseau qui des bords syriens Sépare en serpentant les noirs Égyptiens. Asiaroth et Baal furent les noms vulgaires Qui distinguoienl leur sexe et non leurs caractères. Des deux sexes divers chaque esprit a le choix ; Chacun peut en lui seul les unir à-la-fois ; Tant leur être est parfait , tant leur souple nature Surpasse des mortels la grossière structure , Cet amas d'or, de chairs , d'organes , de ressorts , Qui captive notre ame et surcharge nos corps.

In Argob and in Basan, to the stream Of iitmost ArnoD : nor content wilii such

400 Audacious neighbourbood, the wisest beart Of Solomon he Icd by fraud to build Ilis temple right agaiiist tbe temple' of God, On that opprobrious hill; and made his grovc The plcasanl valley of Ilinnom, Tophet thenee And black Gehenna call'd, the type of Hell.

Mext, Chcmos, tbe obscène dread of Moab's sons, Frora Aroar to Nebo, and the wild Of southmost Abarim, in Hesebon And Horonaim , Seon's realm , beyond

<"> The tlowery dale of Sibma clad with vines. And Elealé to the' Asphallic pool.

Peor his other name, when he entic'd Israël in Sittim, on their march from Nile, To do him wanton rites, which cost them woe. Yet thenee his lustful orgies he enlarg'd, Even to that hiil of scandai , by the grove Of Moloch homicide, lust hard by hâte; Till good Josiâh drove them thenee to Hell.

With thèse came they, who, from the bordering flood

42" Of old Euphrates to the brook that parts

Egypt from Syrian ground , had gênerai names Of Baalim and Ashtaroth; those maie.

Thèse féminine: for Spirits, when they please, Can eilher sex assume , or both ; so soit And uncompounded is their essence pure; Not tied or manaclcd with joint or lirab, Nor foundcd on Uie brittle gtrcngth of boncs.

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