‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 222 sur 413 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

El si ces feux vengeurs allumés par sa haine, Redoublant de fureur, redoubloient notre peine; S'il rallunioit sa foudre, et du trône des airs Faisoit pleuvoir sur nous un déluge d'éclairs; Euliu , pour épuiser ses trésors de vengeance , Si ce ciel inferual , de qui la voûte immense Prêle à nous accabler de ses débris affreux , Suspend sur notre tète un océan de feux , S'écrouloit, nous versoit ses flammes dévorantes, Des torrents de l'enfer cataractes brûlantes... Que dis-je ? en ce moment où nos hardis complots De ce Dieu qui nous voit menacent le repos , Au milieu des projets qu'il se plait à confondre, Peut-être ici sur nous un orage va fondre, Et sur ces rocs aigus nous attacher vivants, En proie à la tempête et battus par les vents ; Ou du lac enflammé roulant sur nous les ondes , Nous plonger enchaînés sous ces vagues profondes. Gouffre horrible , habité par les pleurs , les sanglots , Oii, jetés sans pitié, sans retour, sans repos. Nous n'aurons devant nous qu'un théâtre de gêne. Qu'un abîme de maux et des siècles de peine !

« Quels qu'ils soient, croyez-moi, laissons là les combats. De ce terrible Dieu nous connoissons le bras. , En vain nous emploierons ou la force ou l'adresse : Eh ! contre ce Dieu fort que peut notre foiblesse ? Pouvant tout , réglant tout, voyant tout d'un coup d'oeil, Des hauteurs de sa gloire il rit de notre orgueil ; Non moins grand pour braver la force audacieuse, Qu'habile à démêler la ruse insidieuse.

Quoi donc ! nous , fils du ciel , habiter les enfers ! Plier la tête au joug, tendre les mains aux fers !

Chain'd on the burning lake? tliat sure was worse.

'7° What if tlie breath, that kindled those grim fires, Awak'd , should blow them into seveo-fold rage And pluDge us in the fiâmes? or, from above, Should intermitted Vengeance arra again His red right hand to plague us? What if ail Her stores were open'd, and this firmament Of Hell should spout her cataracts of fire. Impendent horrors, threatening bideous fall One day upon our hcads; wbile we perhaps, Designing or exhorting glorious war,

«8o Caught in a fiery tempest shall be hurl'd

Each on his rock transfix'd, the sport and prej Of wrackiog whiriwinds; or for ever sunk Under yon boiling océan, wrapt in chains; There to converse with everlasting groans, Unrespited, unpitied, unrepriev'd.

Ages of hopeless end? This would be worse. « War thcrefore, open or conceard, alike My voice dissuades; for what can force or guile With him , or who deceive bis mind , whose eye

'9° Views ail things at one view? Ile from lleaven's bighth AU thèse our motions vain secs, and dérides j Not more almighty to resist our might Than wise to frustrate ail our plots and wilcs. Shall we then live thus vile, the race of Heaven, Thus trampled, thus expell'd to suffer hère Chains and thèse torments? better thèse thau worse, Bv mv advicc. siuce fate inévitable

Eh bien , aimez-vous mieux appesantir vos peines ? Yaincus, sovunettons-nous ; captifs, portons nos chaînes; C'est l'arrêt du destin , c'est la loi des vainqueurs : Tout oser, tout souffrir appartient aux grands cœurs;. Nous en avons la force , ayons-en le courage. De quel droit se plaint-on? nos maux sont notre ouvrage : Nous devions les prévoir quand , bravant le hasard , Notre orgueil contre Dieu déploya l'étendard. Je ris quand je vois ceux dont la haute vaillance Affrontoit les combats redouter la souffrance , L'exil , l'ignominie , et tous ces maux enfin Dont les droits de la force ont fait notre destin. « Que sais-je .•' désarmé par notre obéissance, Ce Dieu peut quelque jour adoucir sa vengeance, Et, satisfait des maux cpie nous avons soufferts. Nous oubUer un jour dans un coin des enfers. Craignons , en répétant ce défi téméraire, D'éveiller à-la-fois ses feux et sa colère; Ses feux s'amortiront ; nos êtres plus parfaits De leurs noires vapeurs craindront moins les effets ; Le temps adoucit tout; la puissante habitude Rendra ce ciel plus pur, et ce climat moins rude ; Nous-mêmes , pour ces lieux prenant des sens nouveaux, D'un œil moins effrayé nous verrons ces tombeaux ; El , rendant à nos yeux son horreur familière, L'enfer aura son charme , et la nuit sa lumière. Voilà mon espérance. Eh ! comptez-vous pour rien Le hasard qui souvent change les maux en bien, Ce flux et ce reflux d'événements contraires ? Hier comblés de biens, aujourd'hui de misères, Espérons ; mais craignons par des efforts nouveaux D'approfondir l'abime et d'aggraver nos maux. »

Subdues us, and omnipotent decree, The victor's will. To suffer, as to do,

joo Our strength is equal , nor the law unjust That so ordains : this was at first resolv'd. If we were wise against so great a foe Contending, and so doubtful what might fall. 1 laugh, when those who at the spear are bold And venturous, if that fail them, shrink and fear What yet they know must follow, to endure Exile, or ignominv, or bonds, or pain, TLe sentence of their conqueror : this is now Our doom; which if we can sustain and bear,

»»o Our suprême foe in timc may much remit His anger; and perhaps, thus far remov'd, IS'ot mind us not offending, satisficd With what is punish'd; wbence thèse raging fires Will slacken, if his breath stir not their fiâmes. Our purer essence then will overcome Their noxious vapour, or, inur'd, not feel; Or chang'd at lenglh , and to the place conform'd In temper and in nature, will receive Familiar the fierce beat, and void of pain;

"° This borror will grow mild, this darkness ligbt. Besides , what bope the never-ending fiight Of future davs may bring, what chance, what change Worth waiting; since our présent lot appears For liappy tbough but ill, for ill not worst. If we procure not to ourselvcs more woe. »

Thus Belial, with words cloth'd in reason's gaib.

TARADIS PERDU.

Tel Bclial, feignant une fausse prudence, Conseilloil moins la paix qu'une lâche indolence. Mamnion parle après lui. « Célestes potentats, Quand notre chef s'apprête à de nouveaux combats , 11 veut ou délrôner le Dieu qui nous outrage. Ou de nos droits perdus reconquérir l'usage. Ses vœux seront remplis , si , despote incertain , Le hasard peut dompter les arrêts du destin, Ou si, replongeant tout dans la nuit éternelle, Le chaos doit juger cette grande querelle. Mais contre le Très-Haut que peut notre courroux ? Impuissants contre lui , n'espérons rien pour nous : Et quel rang dans le ciel peut nous tenter encore , Si vous n'en bannissez le tyran qu'il adore ? Eût-il de nos complots proclamé le pardon, Irez-vous , de vos droits consacrant l'abandon , D'un vainqueur odieux endurer la présence. Jurer à ses genoux une humble obéissance , Dans vos serviles mains reprendre l'encensoir. Par des hymnes forcés célébrer son pouvoir; Tandis que, sur son trône élevé sur vos têtes, Il mettra votre hommage au rang de ses conquêtes , Et verra ses autels d'anges environnés , Parfumés d'ambroisie et de fleurs couronnés ? Allez donc , vous courbant sous ses lois despotiques. Lui porter vos tributs, lui chanter vos cantiques ; Yoilà quel noble emploi vous attend dans les cieux. Que cette éternité d'hommages ennuyeux Est pénible à payer au tyran qu'on déleste ! Soit donc qu'il vous appelle en sa prison céleste, Soit que la force en puisse aplanir le chemin. N'allez pas, même au ciel, flatter un souverain. Au lieu de mendier un pompeux esclavage. Vivons pour nous; nos biens sont notre propre ouvrage,

Counsel'd ignoble easc, and peaceful sloth, ISot peace : and aftcr liim thus Mammon spake. e< Eithcr to disinthrone the King of Heaven

i3o 'We war, if war be best, or to regain

Our own right lost : Hira to unthrone we then

May hope, whcn everlasting Fatc sliall yield

To fickle Chance, and Chaos judge the strife :

The former, vain to hope, argues as vain

The latter : for what place can be for us

WithJQ Heaven'sbounds, unless Heaven's Lord Suprême

We ovcrpower? Suppose he should relent.

And publish grâce to ail, on promise made

Of new subjection; wilh what eyes could we

>4o Stand in bis présence humble, and receive Strict laws impos'd , to celebratc bis throne With warbled hymns, and to bis Godhead sing Forc'd Halleluiahs; while he lordly sits Our envied sovran, and liis altar breathes Ambrosial odours and ambrosial flowers, Our servile offerings? This must be our task In Heaven, this our delight! how wearisomc Eternity so spcnt, in worship paid To whom we hâte! Let us not then pursue

»Jo By force impossible, by leave obtain'd

Dnacceptable, though in Heaven, our state

Of splendid vassalage; but ralhcr scek

Our own good from ourselves , -and frora our own

Nos biens sont dans nos cœurs ; en ces horribles lieux Nous braverons du moins le despote des cieux. Sachez donc préférer, dans ce séjour paisible , A l'esclavage heureux la liberté pénible. L'obscure indépendance à la pompe des fers.

« Changer nos maux en biens , en succès nos revers , Au milieu de l'exil nous faire une patrie, A la triste indigence opposer l'industrie, Inventer, cultiver les arts ingénieux.

De la misère active enfants laborieux ; Vcilà notre grandeur, voilà notre victoire : Moins grands sont les moyens , et plus grande est la gloire. Ces ombres vous font peur ! Eh ! voyez l'Eternel Prendre au sein de la nuit un air plus solennel : Aux éclats de la foudre , à la voix des orages Grondant profondément dans le sein des nuages , Invisible et présent, sans ternir sa splendeur, La nuit majestueuse ajoute à sa grandeur. Le ciel a de l'enfer pris les couleurs funèbres; Imitons ses clartés, comme lui nos ténèbres. Ici dort enterré plus d'un l)rillant trésor : Nous foulons sous nos pieds les diamants et l'or; Nos mains, pour les polir, manquent-elles d'adresse.'' Nous connoîlrons le luxe , enfant de la richesse. El qu'ont de plus les cieux ? Que dis-je ? nos tourmenls Peut-être deviendront un jour nos éléments : De ces feux dont frémit d'abord notre courage. Une longue habitude adoucira la rage ; L'âge en émoussera l'aiguillon douloureux; Ils changeront pour nous, nous changerons pour eux. Tout conseille la paix : aux vengeances divines Arrachons nos débris; réparons nos ruines. Profitons de nos biens, adoucissons nos maux : Réglons sur notre état nos vœux et nos travaux;

Livc to ourselves, though in this vast recess, Free, and to noue accountable, prefcrring Hard liberty bcfore the easy yoke Of servile pomp.

Our greatness will appear Then most conspicuous; when great tliings of small , Useful of hurtful, prospérons of adverse

260 We can create; and in what place soe'er

Thrive under evil, and work ease out of pain,

Through labour and endurance. This dcep world

Of darkness do we dread? How oft amidst

Thick clouds and dark doth Heaven's all-ruling Sire

Choose to réside, bis glory unobscur'd.

And wilh ihe majesty of darkness round

Covers bis throne ; from whence deep thunders roar

Mustcnng their rage, and Heaven rcsenibies Hell?

As he our darkness, cannot we bis light

270 Imitate when we please? This désert soil

Wauts not hcr hiddcn lustre, gcms and gold; Nor want we skill or art, from whence to raise Magnificence; and what can Heaven show more? Our torments aiso may in Icngth of time Become our éléments; thèse piercing fires As soft as now severe, our temper chang'd Into their temper; which must needs rcmove The sensible of pain. AH thiugs invite To peaceful counsels, and the scttled stdte

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