LIVRE II
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A des liouljles nouveaux ne soient livics encore. Qu'il ail formé ce plan, ou d'aulres que j'ignore , Adieu, je pars; je vais reconnoîlre ces licu\, El reviens vous conduire en cet asile heureux, Où, par les voluptés remplaçant les supplices, Libres, rassasiés d'innombrables délices, Toi, ton fils, vous pourrez, invisibles aux yeux. Tous glisser en secret dans l'air silencieux , %'ous embaumer de fleurs, vous ijionder de joie, El jouir triomphants de votre immense proie. »
D'alégrcsse à ces mots tout leur cœur tressaillit ; Par un sourire affreux le Trépas l'accueillit ; Chacun, croyant déjà dévorer ses victimes , Jouit, l'un de sa proie, et l'autre de ses crimes. La Révolte à Satan adresse alors ces mots :
« Seule je tiens ici la clef de ces cachots : Par l'ordre du Trés-Haul j'en suis dépositaire; J'en réponds à lui seul ; et ce maître sévère , Si ce dépôt sacré passoit en d'autres mains, Menace de venger ses ordres souverains.
Rien ne peut violer la porte inviolable ; Si quelqu'un le tenloit , terrible, inébranlable, Le Trépas, plus puissant que ce triple rempart , A l'audace imprudente opposeroit son dard : Tous les pouvoirs vivants cèdent à sa puissance. Mais quels droits a sur moi ce Dieu dont la vengeance Me plongea dans ce gouffre, où moi, fille des cieux. Condamnée à remplh- mon office odieux , Au milieu des tourments et de l'ignominie , Éprouvant les horreurs d'une longue agonie , J'entends incessamment gronder autour de moi Ces monstrueux enfants, mon fléau, mon effroi. Qui déchireut mon sein et vivent de leur mère ? Que mes fils soient ingrats, je dois tout à mon père.
To kuow; and, tbis once known, shail soon rctiirn, "S" And briujj ye to the place where tliou and Deuth Shall dwell atease, and up and down unsecn Wiog silenlly the baxom air, inibalm'd Witb odours; tbere ye sball be fed and fill'd Immcasurabir, ail ihings shaU be vour prcv. »
Ile ccas'd, for botb secm'd highly pleas'd, and Dcatli Grinn'd horrible a gbastlv smile, to bcar Ilis famine should be fill'd; and blest bis raaw, Dcstin'd to that good hour : no less rcjoic'd Ilis motbcr bad, and ibus bespake her sire : 85o „ xbe key of tbis infernal pit by due,
And by command of Heaven's all-powerfui Kiiig, I kcep, by bim forbidden to uolock Thèse adamantine gâtes; against ail force Death ready stands to interpose liis dart, Fearless to be o'ermatcb'd by living miglit. But what owe I to bis commands above Who bâtes me, and hath bither thrust me down Into tbis gloom of Tartarus profound, To sil in hateful office hère confin'd, '60 Inhabitaot of Heaven, and heavculv-born, llcrc in perpétuai agony and pain, With terrons and witb clamours compass'd round Of mine own brood, that on my bowels fecd? Thou art my father, thou mv aiithor, lliou My bcing gav'st me; whum sliould I obcv
Quels droits sont plus sarrcs? C'est toi, toi qui bientôt Vas me porter, du fond de cet affreux cachot, Dans ce brillant séjour, dans ces belles demeures Où le bonheur sans fin mesurera mes heures; Où , siégeant à la droite , au sein d'un doux loisir, Mes jours volupiueux renaîtront au plaisir. Sûre d'un vaste empire et d'un règne prospère, Digne enfin de ta fille, et digne de mon père. »
De sa noire ceinture elle arrache, à ces mots, La clef, la clef terrible, instrument de nos maux; Sur son corps de dragon part , se roule, se traîne Ters la porte fatale , et soulève sans peine L'épouvantable poids de la herse de fer, Que n'ébranleroient pas tous les bras de l'enfer. Alors l'énorme clef dans la vaste ouverture Plonge , tourne , et parcourt l'infernale serrure. Des barres , des verrous , du fer et de l'airain , Les obstacles vaincus sont un jeu de sa main : Soudain, des deux côtés , sous cette main puissante, Recule avec effroi la porte obéissante; Loin d'elle comme un trait ses battants ont volé. Et sur leurs vastes gonds , en grondant , ont roule . Tout l'enfer en mugit ; et de la nuit profonde I>a porte attend déjà les ruines du monde. Le pouvoir qui l'ouvrit ne sauroit la fermer. Tout ce que dans son sein l'enfer peut renfermer. Une armée en bataille et son ordre de guerre , Ses coursiers, ses drapeaux, ses chars et son tonnerre. Ses légions sans nombre élargissant leurs rangs, Par elle iroient de front aux gouffres dévorants.
Tout-à-coup, à travers des torrents de fumée. Un feu brûlant jaillit de la nuit enflammée ; La voûte au loin s'éclaire : alors de toutes parts L'espace illimite se montre à leurs regards :
But tbec? whom foUow? thou wilt bring me soon To that new world of light and bliss, among The god^ who live at ease, whcre I shall reign At thy rigbt hand voluptuous, as beseems
870 Thy daughter and thy darling, without end. » Thus saving, from her side the fatal kev, Sad instrument of ail our woe, she took; And, towards the gale roUing her bestial traio, Forthwith the hugc portcullis high up drcw, Which but herself, not ail the Stvgian powers Could once hâve mov'd; then in the kev-hold lurus The' intricate wards, and cvery boit and bar Of massy iron or solid rock with ease L'nfastens. On a sudden open fly
880 VV'ith impetuous recoil and jarring sound
The' infernal doors, and on their bingcs gratc
Harsh thunder, that the lowest bottom shook
Of Erebus. She open'd, but to shut
Excell'd her power; the gâtes wide open stood,
That with extended wings a banncr'd host,
Lnder spread ensigns marching, might pass through
With horse and chariots rank'd in loose arrav;
So wide thev stood, and like a furnace-mouth
Cast forlh redounding smoke and ruddy flamc.
''jo Before their eves in sudden view appcar The secrets of tlie hnary deep; a dark lilimilablc océan, without buuud.
PARADIS PERDU
Là \ioiinonl s'al>îiiier le temps cl î'clondtie; Là dans riniiiieiisitc la grandeur esl perdue ; Là rien n'est élevé, ni large, ni profond; C'est un désert sans borne , un océan sans fond , Où s'engloutit l'espace, où s'épuisent tes nombres. Là, parmi la discorde, et le bruit, et les ombres, Régnent l'antique Nuit, le Chaos désastreux, De la riche Nature ancêtres ténébreux ; Anarchiques tyrans de ce berceau du monde. Sur la confusion leur puissance se fonde : Là, combattent sans but, sans ordre, sans repos. Les embryons de l'air, de la terre et des flots ; Et le froid et le chaud, et le sec et l'humide, Tumultueux rivaux, se heurtent dans le vide, Et mènent aux combats leurs atomes errants, (ihacun a ses drapeaux et ses chefs différents : Tout fiers de leur aninn-e, ou légère ou pesante; l'nis ou raboteux, leur marche est prompte ou lenic; Ils vont, égaux en nombre à ces sables mouvants Qu'au désçrt de Cyrène ont enlevés les vents , l'onr lester de ce poids leurs ailes trop légères. De ces états changeants puissances passagères , Tous ceux qui, dans ce choc de bruyants tourbillons. Ont de rangs plus nombreux gi-ossi leurs bataillons, Sont les rois du moment. Juge des noirs royaumes. Le Chaos règle seul ces débals des atonies , Ajoute à leurs discords son bizarre décret. Et le Hasard aveugle exécute l'arrêt.
Tel est ce vaste abîme et cette enceinte obscure, fîerceau , peut-être un jour tombeau de la Nainrc, Sans mer et sans rivage, et sans feux et sans airs, Où luttent à jamais les principes divers; A moins que l'Eternel, de leur masse inféconde. Ne fasse encor d'un mot jaillir un nouveau monde. Là s'arrête Satan, pensif, silencieux;
Witliout dimension , where lengtli , brcadtli, in.d liigiilh,
And timc, and place are lost; wliere cidesl INigiit
And Chaos, anccstors of Nature, Iiold
Elernal anarcliv, amidst the noise
01 cndless wais , and by confusion stand.
For hot, cold, moist, and dry, four (;lianj|)ions llcicc,
Stiivc bcre for niastery, and to battlc briuy
y"o Tbcir embryon atoms; they arouud tlie tlag Of cach his faction, in their scvcral clans , Light-arm'd or hcavy, sbarp, smoolb, swift, or slow, Swarm populous, un-numbcr'd as the sands Of Barea or Cyrcne's torrid soil, Lcvicd to side with warring winds, and poise Tlieir ligiiter wings. To wbom thèse mosi adhère Ile iules a moment: Chaos umpirc sits.
And by deeision more ombroils tbe fray, By whieb hc reigns : ncxt biin bigb arbitcr,
9'° Chance governs ail. Into this wilcl abyss ,
The womb of INature, and poihaps ber grave, Of neither sea, nor sbore , nor air, nor fine. But ail thèse in their pregnant causes mix'd Confus'dly, and wliicb ihus must ever light, L'idess the' Abnigbty Makcr them ordaia His dark niatciials to create more worlds.
Into this wild abyss the wary Fiend Slood un the biink of Ib-ll, and look'd a wbile,
De ces bords dans l'espace il jette au loin Ls yeii.v;
Ce trajet ne veut pas un courage vidgairj.
Déjà des ouragans la fougueuse colère.
Des mondes fracassés le choc impétueux ,
Apportent jusqu'à lui leurs sons tumullueux :
Tels (si les grands objets aux petits se comparent),
Quand du terrible Mars les assauts se préparent.
Avec un long fracas, de leurs coups répétés,
Les foudres, en grondant, renversent les cités :
Le ciel même écroulé , les éléments eu guerre,
De ses vieux fondements déracinant la terre ,
L'épouvanleroient moins. Tel qu'on voit sur les meis
Un vaisseau dérouler ses voiles dans les airs,
Salaii a déjiloyé ses gigantesques ailes :
H part, frappant du pied , vers des voiiU's nouvelles,
El, dans l'air léné'ureux traçant de longs sillons,
Il s'enlève, emporté par de noirs tourbillons.
Alors d'un vol rapide, à travers les orages,
11 monte, audacieux, sur un char de nuages;
Mais ce trône léger se dérobant sons lui ,
Un vide inattendu le laisse sans appui.
Des ailes qu'il agite accusant ri.mjiuissance ,
Il tombe, il redescend le long du gouffre innneuse;
Il poursuit en tombant , et tomberoit encor ,
Si l'amas vaporeux qui lui i;end son essor
Par un nouvel élan n'eût renvoyé sa masse
Pins loin qu'il n'est tombé des hauteurs de l'espace.
Tout-à-coup il s'arrête : il rencontre dans l'air
Un sol qui, sous ses pas , n'est ni terre ni mer.
Il aborde; il parcourt ce sol sans cousislance,
D'un climat sans chaleur indigeste substance ;
I) va , vient ; et marchant et volant à moitié,
P.atlanI l'air de son aile et le sol de son pié ,
Il appelle à-la-fois et la voile et la rame.
Par la difficulté son courage s'enflamme :
Pondering bis voyage : for !io narrow frilh ^2i> Ile bad to cross. Nor was bis ear less pcal'd Wilb noises loiid and ruinons, (to compare Great things with small, ) tlian wlicn Bellona slorms, With ail lier battering engiiics bcnt to rase Some capital city ; or less tban if this frame or Heavcu were falling, and thèse cléments lu mutiny bad l'rom ber a^le torii The stedlast Earth. At las! bis sail-broad vans He spreads for flighl, and in the surging suioko IJpliftcd spurns the ground ; thenee niany a leagnc , i)3o As in a cloudy chair, asccudiiig rides
Audacious; but, tha' seal soon failiiig, riicets A vast vacuity : ail unawarcs
Fluttering bis pennons vain , plumb down lie drops. Ten tbousand falliom deep ; and jo this hour Dowu bad becn falling, bad not by ill chance Tbe slrong rebulf of some tumultuous cloud, Instinct wilb fire and nitre, hurried hiin As many miles aloft : thaï fury staid, Ouencb'd in a boggy syrtis, neither sea, glo I\or good dry land : nigh founder'd on he fares, Treadiiig tbe crude consislcnce, balf on l'ool, llalf flyiog; bcbovcs bim now both oar and sail. As wlien a grvphcn, tbrough ihe wilderiicss W ith wingcd course, o'cr bill or muury dale,
LIVRK II.