‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 24 sur 413 · IG · texte numérisé non relu

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Verres cul son image à côlé de Calon ,

Et l'airain s'indigna de reiracer Néron.

IVous sommes moins llalleurs, mais plus ingrals peut-être.

Où sont ces moris fameux que la France a vus nailre ?

Persécutés vivants, regrettés à leur mort,

Dans la poudre oubliés, hélas! voilà leur sort.

Des Français indignés telles étoient les plaintes. Soudain, se ranimant de leurs cendres éteintes, Le tendre Fénelon, le sévère Pascal, Tourville, d'Aguesseau, Duguesclin, l'Hôpital, Lossuet, foudro\ant les grandeurs de la terre, Tout ce que les vertus, ou les arts, ou la guerre. Ont de plus héroïque, ont de plus imposant, L honneur du temps passé, l'amour du temps présent, A la vols, de Louis vont peupler ce musée. De leurs mânes brillants immortel Élvsée.

Mais ces marques d honneur et ces grands monuments Présentent trop de prise aux outrages du temps : Oui , tout périt par l'âge ou par les mains de l'homme. Vois Rome qui devient le sépulcre de Rome ! Son éclat est éteint , ses honneurs sont flétris ; A peine un marbre usé , dans ses savants débris , Garde dun nom mourant une empremte légère, Oui tourmente à-la-fois et charme l'antiquaire. Les hommes, leurs tombeaux, les temples et leurs dieux. Tout meurt, l'orgueil gémit; mais l'ait ingénieux. Pour mieux tromper du temps les atteintes funestes , Donne à ses monuments des formes plus modestes ; L'or, l'argent et l'airain , dans des contoiu-s étroits Renferment les héros, les belles et les rois : Ces métaux animés, précieux à Ihistoire, Même en ia resserrant, assurent mieux leur gloire. Un coin offre à mes yeux le Capitole entier; Un peu d'airain suffit au vol de l'aigle altier, Me peint l'homme et les lieux, contient la terre et l'onde, Ft les fastes du temps et le tableau du monde.

Dignes de ce bel cu-t , quand sauront les Français Conserver les grands noms , consacrer les hauts faits ; Retracer nos héros, nos poètes, nos belles, Les champs de Fontenoi déûant ceux d'ArbelIes , Près du grand l'Hôpital montrer le grand Caton, D'un côté Condillac, et de l'autre Platon; Térence, enorgueilli d'un regard de Molière, Et Sophocle à cent ans auprès du vieux Voltaire ? Du Vivier, c'est à toi de tenter ces travaux ; Et si, dans nos remparts, des Vandales nouveaux Brisent les monuments que le bon goût adore , Ton burin immortel les fera vivTe encore.

Mais ma muse se lasse et veut quelque repos : Tel que le voyageur qui d'Atlas ou d'Athos Gravit, tout haletant, les cimes orgueilleuses, Près d'affronter bientôt leurs roches sourcilleuses, S'assied sur une pierre, et contemple un instant L'espace qu'il franchit et celui qui l'attend : Tel je suspends mon cours. J'ai dit par quels presliges Les monuments, les jeux, les arts et leurs prodiges, Savent nous gouverner, savent nous émouvoii- ; Du costume à son tour je dirai le pouvoir : Variété brillante , appareil nécessaire ,

Dont la religion s'empara la première '". Lorsque chez les Hébreux , dans un jour solennel , Le grand-prèlre avançoit aux marches de l'autel , Pour donner plus de force à ses devoirs sublimes , Sur son front rayonuoit la tiare aux deux cimes, Jusqu à ses pieds floltoit l'éphod majestueux ; De riches diamants, des rubis somptueux, Entouroient noblement, sur sa poitrine sainte, Du nom de Jekova la redoutable empreinte. Des enfants de Lévi le costume est connu : Ce costume sacré, jusqu'à nous parvenu, De la religion fortifioit l'empire ; Et si des nouveautés le profane délire Venoit anéantir le culte des autels , Sans doute il proscriroit ces habits solennels; Et bientôt le lieu saint, dépouillé de sa gloire. De ses honneurs perdus pleureroit la mémoire.

Même loin des autels, cet utile pouvoir Commande la décence et rappelle au devoir. PcU" lui l'homme averti demeure sans excuse, Son costume le blâme et sou habit l'accuse ; Et si sa dignité le condamne à Téclat, Qui lui peut assurer le respect de l'État.' L'orgueil présomptueux vainement le demande; Mais le costume règne et l'appareil commande. Les Pvomains , si savants dans l'art de gouverner. Pour mieiLX charmer le peuple et pour mieux renchaîner, Enipruntoient ce pouvoir. L'auguste laticlave Au peuple souverain soumit le monde esclave. Chez ces graves Romains , qui de nous se peindroit Cornélie en pierrot et César en gilet ? Le costume imposant régnoit dans les comices ; Le costume entouroit le lieu des sacrifices. Hortensius se plaint que des pieds étourdis De sa robe éloquente aient dérangé les plis : • Voyez ce peuple ému; déjà le sang ruisselle. Déjà la flamme vole et le fer étincelle. Allez offrir aux yeux de ce peuple irrité , De notre habit mesquin le costume écourté; Vos efforts seront vains : mais soudain se présente , Dans le noble appareil d'une toge imposante, Le fameux Tullius ; et, saisis de respect, Ces flots tumultueiLX tombent à son aspect. Notre habit est peu grave , et souvent peu modeste. Jadis , pour ennoblir ce costume un peu leste , On vit s'évertuer nos révérends aïeux ; Leur soin fut ridicule , et ne vit rien de mieux Que ces milUers d'anneaux , de qui la bouffissure Gonfloir grotesquement leur fausse chevelure. Mais du moins le docteur, le prêtre, l'avocat. Par des haliits divers distinguoient leur état. Bientôt des vieilles mœurs chacun quittant les traces , En cachant son état crut montrer plus de grâces : Ou vit tous nos alibés raccourcir leurs manteaux, Le médecin co(juet élagua ses marteaux ; Abjurant pour le frac nue robe incommode, On vit à nos soupers nos robins à la mode ; L'épaulette elle-même , orgueil des garnisons , N'eût osé se montrer en d'honnêtes maisons,

L'IMAGINATION

Et l'usage par-tout tiionipha des coulumes.

Bientôt l'esprit d'état eut le sort des coslumes ,

Et les mœurs aux habits ne survécurent pas.

Au lieu de ces héros, de ces grands magistrats,

D'un essaim freluquet vénérables ancêtres ,

La France ne vit plus que gauches pelils-mailres ,

Qu'élégants colonels et jolis présidents,

Et les fats nous ont fait regi'etter les pédants.

Du costume, en tout temps, telle ou vil l'influence!

Les signes à leur tour n'ont pas moins de puissance, Sur-tout si les couleurs secondent leur pouvoir. Distingués autrefois par le rouge et le noir, Le cruel Gibelin, le Guelfe opiniâtre, Changèrent l'Italie en un sanglant théâtre. Dans les combats du cirque, et le vert et le bleu Des partis dans Bysance entretenoient le feu. Dirai-je les fureurs, dirai-je les désastres Qu'ont produits les débals des Yorks, des Lancastres.' La rose aux deux couleurs échauffoit les partis : De ces signes affreux que de maux sont sortis ! Albion à regret boit le sang qui l'arrose, Et cent ans de massacre ont souillé cette rose. Que seuls avoient Ijaignée, en de plus heureux jours, Le beau sang d'Ado*iis et les pleurs des amours.

Et pourquoi loin de nous chercher des témoignages , Quand tout l'empire encor retentit des orages Qu'a produits parmi nous un ruban adoré ? Ce signe tricolor à peine est arboré; Le feu léger qui suit les traces de la poudre. Et dans ses longs canaux court allumer la foudre, La fuite de 1 oiseau, la course des torrents, Du Yésuve enflammé les rapides courants; L'embrasement qui court dans la moisson nouvelle. De l'éclair qui jaillit la subite étincelle , Ont des effets moins prompts : son terrible succès A dans un seul nistaut rallié les Français. Ou le prend, on létale, et notre idolâtrie Toit dans ce ruban seul l'amour de la patrie; De sa triple couleur il orne nos chapoaux , Même en dépit des lis, flotte sur nos drapeaux; Il règne sur la terre, il commande sur l'oude. Et court de nos fureurs enivrer l'autre monde. Femmes, vieillards, enfants, et seigneurs et bourgeois, Nègres, mulâtres, blancs, tout s'en pare à-la-fois. Des hameaux aux cités les bravos se répondent; Les fortunes, les rangs, les états se confondent. Par son propre parti chacun est égorgé ; Les grands livrent les grands , 1 Eglise le clergé ; Leurs débris en milliards se changent sous la presse. Source autrefois d ennui, maintenant de richesse; Avec eux en tous lieux vole un civisme ardent. Tout bourgeois est soldat , tout soldat commandant ; En savant corps-de-garde on change la Sorbonne. O vierge de Nanlerre, et si douce, et si bonne! Ton temple est usurpé, tes honneurs sont proscrits; IS^ous fêtons Mirabeau, le patron de Paris ! Tout prend feu : le boudoir, le barreau , le théâtre ; La beauté, d'un mousquet charge son sein d'albâtre : La pucelle à Théroigne a légué ses vertus;

Roscius au district va répéter Brutus :

Rome est toute à Paris, et la Seine est le Tibre.

Des rois , qu'a détrônés un peuple par trop libre ,

La figure est brisée et le nom est flétri;

Sa popularité n'en défend pas Henri.

On se bat, on s'embrasse, on discute, on arrête;

On propose un triomphe, un massacre, une fête;

On chante, ou tremble, on rit. Ces exploits, ces forfaits.

Tous ces grands changements , un ruban les a faits.

CHANT VIII

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