‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 245 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ces dépouilles dos fleurs qui lombeut de leurs bias , Et leurs pleurs résineux, embarrassent nos pas; Il faut les écarter. Cependant l'ombre obscure Nous invite au sommeil : cédons à la naUire. »

De son sexe charmant le modèle enchanteur, Eve alors lui répond : « O charme de mon cœur ! O source de nia vie ! à toi je mabaudonnc. Eh ! peut-on balancer quand l'Éternel ordoune ? Tu te soumets à Dieu, je me soumets à toi; Voir Dieu dans mon époux est ma suprême loi : Une femme doit-elle eu savoir davantage ? C'est sa première gloire et son plus doux partage. Oui, cher époux, dans toi je trouve tous les dous; Je ne dislingue point les heures , les saisons ; Avec toi tout me plait dans la nature entière. J'aime l'aube du jour cl sa douce lumière, Du réveil des oiseaux le concert malinal; J'aime à voir du soleil l'éclat oriental Colorant par degrés, de ses clartés naissantes, Et nos prés et nos fleurs, et nos IVuils et nos plantes. Lorsque la fraîche ondée a plu du haut des cieux , J'aime de ces bosquets l'ambre délicieux; J'aime à voir, sur le sein de la terre arrosée , L'herbe où tremblent encor les gouttes de rosée. Je rêve doucement, quand le soir de retoiu". Vient reposer nos yeux de l'éclat d'un beau jom-, Et lorsque , reprenant son amoureuse veille , Le tendre rossignol euchanle mon oreille, El lorsque de ses feux, pareils au diamant, L'astre brillant des nuiis pare le firmament. Mais tout ce qui me plait dans la nature entière , Les prémices du jour et sa douce lumière, Des oiseaux réveillés le concert matinal. Du soleil renaissant l'éclat oriental ,

That raock our scant maniiring, and rcqiiiic More hands tliaii ours to lop tbeir wanton growth :

f.3o Those blossoms also, and tliose dro[)|)ing gums, Tliat lie beslrowu , iinsiglitly aiid unsraooth, Ask riddaoce, if we iiiean to ticad wil!i case; Meanwhile, as natuie wills , iiiglil liids us rest. »

To wliora thus Eve, willi ])ci-fe(it bcauty adonj'd : €< My author aud disposer, wliat ihou bid'st Unargued 1 obey; so God ordaiiis; God is thy law, tbou mine : to kuow no more Is woraau's happiesl kiiow Icdge , and lier praise. Willi thee convcrsing 1 forget ail tiine ;

Cio AU seasons , and their ciiange, al! please alike. Sweet is tlie breatli of inorn, lier rising swcct, With charm ol eariiest birds; pleasaiit tlie sun, When first on this deliglillid land he spreads Mis orient beaius , on licrb, tree, fruit, aud flowcr, Glistering wilh dew; fragrant tlie fertile carth Aller soit sliowers ; and sweet ihe coiuing on Of grateful evening raild; llicn silent niglit Witb ibis bcr solciun bird, and this fair niooD , And Ibese tbe gems of beaven, her starry train :

•'^0 But ncither brcatb of raorn, wlien slie asecnds Witli charm of eariiest birds; nor rising sua On this delighlful land; nor bcrb, fruit, flower, Glistering with dew; nor fragrance aftcr showcrs; ÎScr grateful evening mild; nor silent niglit,

Et la pluie humectant la campagne arrosée. L'herbe où tremblent encor les gouttes de rosée, Un beau soir, des bosquets l'hôle mélodieux Le repos de la nuil, son cours sileucieux. Ses innombrables feux, ses légions d'étoiles, Et tous ses diamants dont elle orne ses voiles , O charme de mon cœur ! que seroient-ik sans toi .' Mais ces astres des nuits, cher époux, réponds-moi , Quel est donc leur usage ? et lorsque tout sommeille , Dis-moi , si tu le sais , pour qui leur clarté veille. »

« O fille incomparable et de l'homme et de Dieu ! Lui répond son époux , tous ces globes de feu Commençant , achevant leur route régiMière , Renouvellent sans fin leur course journalière ; Et Dieu de leurs clartés desline le trésor A cent peuples divers qui ne sont pas encor. Sans eux , du monde entier lugubre souveraine, La nuit ressaisiroit son antique domaine, Et, rendant au néant cet univers si beau, De la vie expirante éteindroil le flambeau. Leur flamme anime tout; ainsi que la lumière, Leur chaleur se répand sur la nature entière, Verse son influence à tous les corps divers, Nourrit, tempère, échauffe, embellit l'univers. Et prépare en secret chaque èlre qu'il enfante A seulir du soleil l'impression puissante. Ces feux, pendant la nuit, sont perdus pour nos yeux : Mais ce n'est pas en vain qu'ils brillent dans les cieux; Et sans nous, ne crois pas que ce superbe ouvrage Manquât de spectateurs, ni l'Eternel d'hommage. La nuit comme le jour, cachés à nos regards. Des millions d'esprits errent de toutes parts; El, sans que le repos interrompe leur veille, Des mondes lumineux contemplent la merveille.

Wilh this her solcmn bird , nor walk by moon. Or glittcring star-light, wilhout ihee is sweet. But wiiereof ail night long sliine thèse ? for whom This glorious sight, when sleep hatli shut ull eyes? » To whom our gênerai ancestor replicd :

fcCo ,c Daughter of God and man , accoiuplish'd l'.\c. Thèse bave their course lo Knish round tbe earlh , Bv morrow evening, and frora land to land In order, though lo nations yel unborn , Ministering light prepar'd, ihey sel and rise ; Lest total darkness should by night regain lier old possession, and extinguish life In nature and ail ihings, whicli thèse soft fircs Not onlv enlighten, but with kindly beat or varions iniluence foment and warm,

f'T'' Temper or uourisb ; or in part shed dowii Their stellar virlue on ail kinds that grow On earlh , made hereby apter to receive Perfection frora tbe sun's more potent ray. Thèse ihen, though unbeheld in deep of night, Sliine not in vain ; nor thiuk , though racn were noue, That beaven would want spcctators , God want praise : Millions of spiritual créatures walk tbe earlh L nseeii, both when we wake, and when we sleep : AU thèse with ccasticss praise bis works behold

i-s>' Both day and night : how ol'leu frora tbe stccp Of echoins hill or Ihickel bave we heard

PARADIS PERDU

Que de fois dans la miil , des iiioulagiîcs, des bois, L'écho nous apporla leurs scrapliiiiues voix, Tantôt seules , taulôt en concerls réunies , Solennisaut de Dieu les grandeurs infinies ! Souvent leurs escadrons, sentinelles des cieux , Dans leur ronde noclurne, à leurs postes nombreux , (Nous l'avons entendu) des haipcs résonnantes Joignent l'accord divin à leurs voix ravissantes ; Et , divisant la nuit par leurs célesles chœurs , Au Dieu (jui les envoie ils rappellent nos cauis. »

A ce discours succède un amoureux silence : En se donnant la main , l'un et l'autre s'avance Au l)erceau nuptial , berceau voluplueux Que l'Éternel lui-même avoil plaïué pour eux , Où la terre, épuisant ses plus pures délices, Au premier des humains prodigue ses prémices. Pour former ces landjris , ou voit se marier L'amarante au jasmin, cl le myrte au laurier ; Tous s'uuissoient eu voûte , et de leur vert feuillage Sembloient avec plaisir entrelacer l'ombrage ; Mille aibusles charmants, mille buissons fleuris, De deux murs de verdure appuj oieni ces lambris ; Entre eux croissent des fleurs confusément écloses. Mosaïques d'iris , de jasmin et de roses ; Enfin mille aulres fleurs, l'h^acinlhe azuré, L'obscure %ioletle et le safran doré, Défiant et la poiupre, et le jaspe, et l'opale, Décoroient à l'envi la couche nuptiale.

Le quadrupède errant, l'insecte, ni l'oiseau, N'eût osé de Ihymen profaner le berceau , Tant étoil respecté le souverain du monde ! Jamais lieu si secret , retraite si profonde , Dans les champs fabuleux i.e recul autrefois Les Faunes, les Sjhains, et les nymphes des bois.

Celeslial voiccs to ihc raiduight air.

Sole, or respousive eacli to olhcr's note, Siiigiug llieir grcat Creator ! oft in bniids W'hile thcy keep watch , or nightly roiioding walk, With lieavcnlv toiich of instriiniental soumis In fnll harmonie nuinber join'd, llicir songs Diviclc ihe night, and lift oiir thonghts to licavcn. >. Tlms talking, liand in hand along tiicv pass'd Cj" On to their blissful bower; it was a place Chos'n by ihe sovran planter, wlicn lie fraïu'd AU things to raan's dcliglilful use; llie roof Of tbickcst covcrt was inwovcn shadc, Laurel and luyrtlc, and wliat highcr grcw Of firin and fragraut Icaf : on cilhcr sidc Acanthus , and each odorous busliy shrub, l'cuc'd up tlic vendant wall; cach bcautcous flowcr, ]rLs ail Lues, roses, and jessaniine, Rear'd high their (lourisli'd heads bclween, and «roiigiil î«> Mosaic; undcr foot the violet.

Crocus, and hyacinlh, with rich inlay Broider'd the ground, raorc colour'd thau with sione Of costliest cuiblem : othcr créature huic, Bird, heast, insect, or worm, durst enter nonc, Sueh was their awe of man. In shadicr bower More sacred and seipicstcr'd , thongh but feigii'd , Pan or Sylvanus ne\cr sicpt, nor nvniph , Kor Faunus haunlcd.

Là, tous deux vont s'unir ; de sa main virginale

Eve elle-même orna la couche conjugale.

Dans ce jour fortuné, de ses jours le plus doux ,

Où l'ange de l'hymen à son heureux époux

Conduisit par la main sa brillante conquête.

Où tout le ciel en chceur en célébra la fête.

De guirlandes de fleurs, de parfums précieux ,

Elle-même embauma l'abri mystérieux.

Là, des roses pour lit, pour témoin la nature,

La beauté fut sa dot , la pudeur sa parure :

Sa chaste nudilé l'endjcllissoit encor.

Celle à qui tous les dieux ouvrirent leur trésor,

La Pandore des Grecs ne fut point son égale ;

Ah ! puisse-î-elle au monde être un jour moins futaie !

Là, tous deux arrêtés, ils adorent tous deux Le Dieu qui fit les airs , el la terre et les cieux , Et l'aslre de la nuit, et les globes sans nombre Dont la voûte éloilée étincelle dans l'ombre : « Grand Dieu ! tu fis la nuit , tu fis aussi le jour , Témoin de nos travaux dans cet heureux séjour, Doux travaux que partage un couple qui l'adore. Et que le tendre amour lui rend plus doux encore ! Nous les devons à toi ces délices du cœur. Cet amour innocent,' la plus chère faveur. Nous aimer, le bénir, sont noire bien suprême. Nous te devons ces lieux embellis par toi-même : Trop féconds pour nous seuls , trop grands pour nos be- Leur sol manque de bras, leur beauté de témoins; [soins El de tant de bienfaits l'abondance est perdue. Mais tu nous las promis : dans leur vaste étendue. D'autres humains un jour , fruit de nos doux lieus. Ainsi que nos travaux, partageront nos biens: Tous, joinis au grand concert de la reconnoissance , Béniront ta bonté , chauleront ta puissance ,

Ilcre, in close rccess , With llowcrs, garlands, and sweet-smelling herbs,

■10 Espoused Eve deck'd first lier nuptial bcd ; And heavcnly quires the hyincnœan snng, What day the génial angel to our sire Brought her, in nakcd bcauty raorc adorn'd, More lovcly, than Pandora, whom the gods Endow'd with ail their gifts, and O too like In sad event, when to the' unwiser son Of Japhet brought by Hermès, shc cnsnar'd Mankind with her fair looks, to be aveng'd On him who had stole Jove's authentic fire.

Tîo Thus, at tiieir shady lodge arriv'd, both stood, Bolh turn'd, and under opcn sky ador'd The God that made both sky, air, eartli, and Lcavcn Which lliey bcheld, the moon's rcsplendent globe. And starry pôle : « 'i'hou also mad'sl the night, Maker Omnipotent! and tliou the day, Wliich we, in our appointed work employ'd , Hâve finish'd, happy in our iiuUual help And miitual love, the crown of ail our biiss Ordaiu'd by tliee , and this delicious place

'^° For us too large, where thy abundancc waiits Partakers, and uiicropt falls to the groiuid. But thou hast promis'd from us two a race To fill the carlh'; who sliall with us extol Tliv gondness infuiitc, both when wc wakc,

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