‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 247 sur 413 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

TOf

El , lout bas lournicnlé d'un bonheur qu'il n'a plus , Sent mieux l'horreur du vice à l'aspect des vertus. Mais Satan avili ! Salan méconnoissable ! Bien plus que ses forfails, voilà ce qui l'accable : Sa douleur est la honle , et non le repentir : Cependant son orgueil craint de se dcnienlir. « Me voilà prêt , dit-il ; mais loi , vil téméraire , D'un potentat des cieux subalterne adversaire, Envoie ici ton chef, ou bien armez-vous tous; Je veux que le combat soit égal entre nous ; Qu'ainsi , soit qu'il obtienne ou perde la victoire , Salan cède sans honte, ou triomphe avec gloire. »

" Ange dégénéré, dit Zéphon sans effroi, "Va , le dernier de nous suffit seul contre toi. »

Satan, sans répliquer, dévore son outrage; Il suit les deux guerriers en frémissant de rage. A la fuite, au combat, il songeroit en vain : Sur lui pèse d'en-haut une invisible main ; L'orgueil de ses regards est vaincu par sa honle : Tel un coursier fougueux mord le frein qui le dompte.

Tous les trois cependant ils approchent des lieux Où le double escadron des milices des cieux, Attendanl le signal de ses bandes guerrières , En cercle à l'occident a rejoint ses bannières; Leur chef au premier rang s'écrie : « A moi, soldats ! On vient : d'un bataillon j'entends ici les pas ; Soyez prêts. Aux lueurs dont le couchant s'éclaire, J'aperçois deux guerriers avec un front sévère Se diriger vers nous; un troisième, à son air Noble, mais abattu, semble un roi de l'enfer; Son front est menaçant, ses yeux brûlent de rage : Armez-vous de prudence, armez-vous de courage. »

And fclt linw awful goodncss is , and saw Virtuc in hcr sliapc liow lovclv; saw, and pin'd His loss; but cliieflv to find lieic ohscrv'd

"'^ His lustre visiblv irupair'd; vet secni'd

Lndaiinted. « If 1 must conlcnd, (said he) Best wltli tlie best, tl)c Scndcr, not tlie sent. Or ail at once; more glory will be won. Or Icss bc lost. »

Tliv foar (said Zeplion bold) Will save us trial wliat the least can do Single ngaiiist tlicc, wickcd, and tlicnce weak. »

The ficnd rcplicd not, overcome «itli rage; But, like a proud slced rein'd, wciit hauglitv on, Cliamping bis iron curb : lo strive or flr

"fw Ile beld it vain; awe from above liad qucU'd

His beart, not elsc disniav'd. Now drew tbcv nigli 'l'be western point, where thosc half-roiinding guaids Just met, and closing stood in sqiiadron join'd, Awaiting next rommand. To wlioin tlicir cbief , Gabriel, from tlic front thus call'd aloiid : «O friends! I hear tiie tread ofnimble fcet Hasting tliis wav; and now bv gliinpse discern Itburiel and Zepboii throngb ihc shade; And witb tiiem conies a tliird of regui port ,

570 But fadcd splendour wan ; who bv his gait

And fiercc deincanour sccms the prince of iicll , Not likely lo part hcnce without coutest ; Staod firin, for in bis look detiauce leurs.

fie scarce liad cnded, wbcn those Iwo approach'd.

Zéphon vien! : à son chef il raconte en quel lieu, (;onunent il a surpris cet ennemi de Dieu ; Ses ruses , ses projets ; et d'un Ion de menace , Gabriel , eu ces mots , gourmande son audace : « Esclave rév(dlé, parle; pourquoi viens-tu Du souille impur du vire infecter la vertu .' Qu'a de commun Salan avec des cœurs fidèles .' Nul de nous n'a trempe dans tes complots rebelles ; Pourquoi donc, échappé de tes cachots affreux, As-tu de ta présence affligé ces beaux lieux ? >•

Alors, avec un froid et dédaigncu\ sourire : « Gabriel, dit Satan, d'où te vient ce délire.' Jadis je l'ai vu sage : apprends-moi donc pourquoi Je te trouve aujourd'hui si différent de toi. Iléponds : quel prisonnier n'aime à briser sa chaiue .' Et quel être au plaisir préféreroil la peine.' Captif, n'aurois-tu pas voulu rompre les fers.' Mais on plaint peu les maux que l'on n'a pas soufferts ; Gabriel dans les cieux ignora linfortune; Bercé par le bonheur, le malheur l'importune. D'un maiire, me dis-tu, j'ai violé la loi! ]Mais pourquoi mon cachot s'esl-il ouvert poiu- moi .' Qu'd y melte, s'il peut, des barrières plus fortes. Ou que ses durs geôliers en gardent mieux les portes. Tes guerriers m'ont surpris voyageant en ces lieux, J'en conviens ; et qu'importe au souverain des cieux ? De ces faits innocents d'où vient que lu m'accuses .' Où sont là mes complots, mes forfaits et mes ruses .' •

Avec un rire amer, le sage Gabriel Répond : •< Il n'est donc plus de raison dans le ciel ! Avec lui dans l'enfer die s'est exilée; Et lui-même, voilà que sa raison troublée

And brief relatcd wliora tlicy hrouglit, where found, How busied , in whal forra and posture conch'd. To whom witli stern regard ihns Gabriel spakc. « Why hast thou , Satan , broke the bonnds prcscrib'd To thy transgressions, and disturb'd tlie charge

89o Of otiiers, who approve not to Irans^rcss Ry thy example, but bave power and right To question ihy bold entrance on this place; Employ'd, it seeros, lo violate sieep, and tliose \Miosc dwclling God halh planled hère in bliss? » To whom thus Satan , witb conteniptuous hrow. « Gabriel! thou hadsl in hcaven the esteem of wis«, -And such I hcld thce, but this question ask'd Puis me in doubt. Livcs there who loves his pain ? Who would not, linding wav, break loose frora hell,

8'.|o Thongh thither doom'd ? Thou woiildst ifarsclf, no doubt. And boldiv venture to whatever place Farthcst from pain, where thou mightst hope to change Tornient witb ease, and soonest recompense Dole with delight, wliich io this place I souglit; To thec no rcason, who know'st onlv good. But ev il hast not tried : and wllt object Ilis will who bounds us? Let hiui surer bar Mis iron gales, ifhe intends our stay In that dark durance: thus mucli what was ask'd.

9^ The rest is true, tliev found me where ihev saT; But ihat implies not violence or harm. »

Thus be in scorn : the warlike angcl raov'd , Disdamfully hnif smiling, tbus replicd.

PARADIS PERDU

Doute si nous devons épier ses complots.

Il est doux, m'as-lu dit, d'échapper à ses maux :

Pourquoi donc irriter le courroux de Ion maître ?

Vil fugitif! bientôt il va saisir un traître.

Te remettre à la chaîne ; el de ses fouets brûlant»

Imprimer les sillons sur tes membres sanglants ;

El tu sauras alors que toutes les souffrances

N'égalent pas un trait de ce Dieu des vengeances.

Mais pourquoi seul ici .•' Tes compagnons, dis-moi,

Au fond de tes enfers souf!Vcnt-ils moins que toi ?

Ou leur chef a-t-il fui la main qui les oppresse ?

A ce parti du moins je connois sa sagesse :

I^ héros qui les laisse en cet abîme ardent ,

S'il est moins courageux, est du moins plus prudent. »

Satan , à ce discours , jette un regard farouche : « Quel propos insolent est sorti de la bouche ! Moi, manquer de courage ! Ah! tel ne m'ont point vu Ces champs de l'empyrée où je l'ai combattu ; Trop heureux que ton Dieu , de ses foudres cruelles , A tes traits languissants daignât prêter les ailes! Tes discours sont plus prompts ; mais ton peu de savoir Me fait pitié. D'un chef connois-tu le devoir ? J'ai fait le mien. L'enfer parloit d'un nouveau monde; Pour consoler enfin leur misère profonde, ■T'y voulois établir mes sujets malheureux. Mais ne falloit-il pas reconnoître les lieux .•' Et devois-je exposer mes compagnons fidèles ? Eh bien, pour observer ces régions nouvelles. C'est moi seul , oui , c'est moi qui , parti des enfers , D'une aile audacieuse ai franchi ces déserts.

« O loss of one in hcaven to jiidge of wise

Since Satan i'ell, whora folly overtlirew,

Aud now rc'lnrns liim froni Lis prison 'scap'd,

Gravely in donbt wliethcr to hold thcm wise

Or iiot, wlio ask -what boldncss broiiglit liim liillicr

Unliccns'd from his bounds in liell prescrib'd;

9»" So wise he jndges it to fly from pain Howcver, and to 'sca|)e liis punisliment ! So jiidgc tiiou still, presnmptnous ! till ihe wralh Whicli tliou incurr'st by flying, meel tiiy fliglit Scvenfold , and scourge lliat wisdom back to Jicll, Whicli lariglit thce yct no bcltcr , tli.it no pain Can cqnal angcr infinité provok'd.

But whercforc thou alone? wbercfore with tlice Came not ail hcll broke loosc ? is pain to ihcm Less pain, less to bc fled; or tlioii iban they*

9'" Less hardy to endure ! Couragcous chief !

The first in flight from pain ! liadst tlioii alledg'd To thy deserted host tliis cause of fliglit Thon surely hadst not coine sole fugitive. »

To which ihe ficnd thns answer'd , frowning stcrn : c< INot that I less endure, or shrink from pain, Insulting angel ! well thon know'st I stood Thy fiercest, wben in battlc to ihy aid Tltc blasting vollied thundcr made ait spced. And sccondcd tliy cise not dreaded spcar.

O'o But still thy words at randoni, as beforc. Argue thy inexpérience what bchovcs Frora liard assays and ill succcsses past A faitliful leader, not to hazard ail 'l'iirou:.di vavs of danger bv himsrif untricd :

Vante-moi tes guerriers , j'appris à les connoîlre : Les délices du ciel, le culle de leur maître, Voilà leur doux emploi : pacifiques soldats , Ils sont faits pour les chants, et non pour les combats. Des molles voluptés que le ciel soit l'empire , Mais qu'ils laissent la lance et reprennent la lyre. »

« Ainsi dans ses discours Satan se contredit. Réplique Gabriel : toi-même me l'as dit , Tu braves les dangers; mais ta honteuse tâche Est-elle d'un guerrier ? Non , c'est celle d'un lâche. Tu me parles ici de la fidélité !

O terme injurieux à la divinité !

Toi fidèle! A qui donc.' à ta horde rebelle, Troupe digne en effet d'un chef si digne d'elle .•' D'un cœur indépendant lu réclames les droits ! Mais dis, quand tu servois ce souverain des rois. Pour mieux le renverser, qui. d'une ame plus vile. Devant son trône d'or courba son front servile ? Ta bassesse, en rampant, marchoit vers la grandeur. Mais grave bien ces mots dans le fond de ton cœurl Toi qui voulois régner sur le roi que j'adore, Si dans ces lieux sacrés je le rencontre encore, Tu le verras saisi par ma puissante main; Ce bras l'accablera de cent chaînes d'airain; Replongé, garrotté dans ces profonds abîmes. Tu saui'as si l'enfer conserve ses victimes : Tente alors d'en sortir ; viens nous dire si Dieu Surveille foiblemenl ce redoutable lieu , S'il faut aux révoltés des barrières plus fortes, Et si ce Dieu terrible en sait garder les pertes. »

I, ihercfore, 1 alone first undertook To wing tlie dosolatc abvss , and s[iy 'Pbis iicw-created world, whcreof in htll Famé is not silent, herc in hope to find Better abode , and my aftlicted powers

9l" To settle herc on eartli, or in mid air;

Tliough for possession but to try once more What tliou and tliy gay légions dare againsl ; Whose easier business wcre lo serve tlieir lord Iligh up in heavcn, with songs lo hymn his thronc. And practis'd distances to cringe, not fight. »

To whom the warrior-angel soon rcplicd. « To say and straight unsay, prcleoding first Wise to fly pain, prof'cssing nc\t the s])y. Argues no leader but a liar trac'd ,

yio Satan, and couldst thou ' failliful' add ? O name, O sacrcd name of failhfulness profan'd!

Fai'dilul to whom? to thy rebellious crew ? Army of fiends, fit body to fit head.

Was ihis your discipline and failli cngag'd , Your military' obédience, to dissolve Allegiance to the' acknowledgcd power suprême? And thou, sly hypocrite, who now woiildst sccm Patron of liber'v» who more tlian thou Once fawn'd, and cring'd, and servilcly ador'd

'f'° Heaven's awful monarch? wherefore, but in hope To dispossess liim, and thyself to reign? But mark what I arcad ihee now : avuunt, Flv thitiicr whcnce thou fled'st! If from this liour Within thèse hallow'd limils lliou appcar, Back to the' infernal pit I drag ihee chain'd,

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