LIVRE V
Son corps est revêtu de sa seule pudeur ;
Sa belle ame se peint sur son eharmaul visage,
Se lit dans ses regards , s'entend dans son langage.
« Salut ! >• dit Raphaël : mot céleste, qu'un jour L'Eve, mère d'un Dieu , doit entendre à son tour. Mais lune du serpent doit écraser la tête ; Puisse l'autre bientôt n'être pas sa conquête !
« Salut , dit-il, 6 toi, dont la fécondité Promet à l'univers une postérité Plus nombreuse cent fois que les fruits, les feuillages, Et les brillantes fleurs, enfants de ces bocages ! »
On s'assied. Le gazon en table façonné De sièges naturels s'élève environné ; Sous eu.v s'enfle et s'étend une mousse légère ; Là s'étale à leurs yeux l'automne tou. entière : L'automne, le printemps, et les fruits, et les fleurs, Du champêtre banquet disputent les honneurs. '■■ Daigne goûter ces dons, dit le père des hommes! De l'auteur de tout bien , du Dieu par qui nous sommes, Ces fruits sont un bienfait; il prévient nos désirs; [1 veille à nos besoins et même à nos plaisirs. Faits pour d'humbles mortels, ces aliments agrestes Peut-èire flattent peu des essences célestes; Mais ils viennent d'un Dieu libéral envers lous; Daigne, en les partageant, les rendre encor plus doux 1 "
« Ces mets ( bénissons-en le Dieu de la nature) Peuvent nourrir, dit l'ange, une substance pure ; Même goût peut unir des êtres différents : Ton corps reçut une ame , et nos esprits des sens :
She needed, virtue-proof; no thought iofirm
Alter'd her cheek. On whom the angel Bail
Bestow'd , the holy salutation iis'd
Long after to blest Marj, second Eve.
« Hail, mother of mankind, whose fniitful womb
Shall fill the world more numerous with thv sons '9° Than wiih thèse varions fruits the trees of God
Hâve heap'd this table. »
Rais'd of grassv turf
Their table vras, and mossy seals had round.
And on her ample square from side to side
AU aiitumn pil'd, though spring and autumn hcre
Danc'd hand in hand. A while discourse ihev hold;
Ko fear lest dinner cool; when thus began
Our author : « Heavenlv stranger, please to taste
Thèse bounties, which our nourisher, from wbom
Ali perfect good , unmeasured out, descends, «oo To us for food and for delight halh caus'd
The earth to yield; unsavoury food perbaps
To spiritual natures ; only this 1 know,
That one celestial Father gives to ail. »
To whom the angel : « Therefore what he gives
(Whose praise be e%ersung) to man in part
Spiritual, may of purest spirits be found
No' ingratef 1 food : and food alike those pore
Inteliigential substances require,
As doth your ratiooal; and both contain 410 Within them every lower facultv
Of sensé; whereby they hear, see, smell, touch, lasle,
Tasting concoct, digest, assimilate.
And corporeal to incorporeal turn.
For know, wbatever ■was creatcd, needs
Nos êtres sont doués d'une double puissance ;
L'une est le sentiment, i'auire l'iulelligence ;
Si l'homme peut penser, l'ange peut se nourrir;
A nos sens comme aux tiens chaque objet \ient s'offrir.
Il nous donna des yeux témoins de ses merveilles ,
Un goût pour les saveurs, pour les sons des oreilles :
Tout ce qu'il a fait naitre a besoin d'aliments.
Vois de dons mutuels vivie les éléments :
La terre de ses eaux nourrit les mers profondes;
De la terre et des mers les vapeurs vagabondes
Tout alimenter l'air; l'air va nourrir ces feux
Qui roulent suspendus sous la voûte des cieux.
Vois rouler dans les cieux l'astre qui vous éclaire :
De son globe enflammé le monde est tribuiciire ,
Il boit dans l'océan ; et les tributs des mers
Vont payer les bienfaits que lui doit l'univers.
Nos mets sont plus parfaits au séjour de la vie;
Nous buvons le nectar, savourons l'cunbrosie;
Pour nous chaque malin, dans les jardins du ciel,
La manne tombe en perle , et la rosée en miel :
Mais vos fruits sont charmants ; leurs couleurs mariées
Mêlent avec plus d'art leurs teintes variées ;
Avant de plaire au goût, ils enchantent les yeux;
Et la terre n'est pas moins riche que les cieux. -•
Il dit , et prend sa place ; Eve chastement nue , Satisfaisant ensemble et le goût et la vue, Choisit les plus beaux fruits, et de sa jeune moia Dans l'écorce odorémte épanche un jus di%'in. Volupté pure et sainte! ô céleste innocence !
To be sustain'd and fed : of éléments The grosser feeds the purer, earlh the sea Earth and the sea feed air, the air those fires Elhereal, and as lowest first the moon; Whence in her visage round those spots, unpurg'd
iio Vapours net vet into her substance tum'd. iSor doth the moon no nourishment exhale From her moist continent to higher orbs. The sun, that light imparts to ail , receives From ail bis alimentai recompense In bumid exhalations, and at even Sups with the Océan. Though in hcaven the trees Of life , ambrosial fruitage bear, and vines Vield nectar; though from off the boughs each morn V\'e brush melliiluous dews ; and lind the eround
*3o Cover'd with pcarly grain : yel God halh hère Varied his bountv so with new dclights , As may compare with heaven ; and to taste Think not 1 shaU be nice" »
So down thej sat, And to their viands fell ; nor seemingly The angel, nor in mist, (the common gloss Of theolugiaus) bat with keen dispatch Of rcal huoger, and concoctive beat To transubstantiate : what redounJs, transpires Through spirits with ease, nor wonder; if by fire
**° Of sooty coal the' empyric alchemist Can turn, or bolds it possible to turn, Metab of drossiest ore to perfect gold. As from the mine. Meanwhile, at table Eve Minister'd naked, and their flowing cups With pleasant liqnors crown'd. O innocence
PARADIS PERDU
Ah! si les fils du ciel, oubliant leur naissance, A des amours niorlels pouvoieul s'abandonner, Un objet aussi beau l'auroit fait pardonner.
Dès que leur doux banquet, frugale nourriture, Eut, sans la surcharger, satisfait la nature, Adam sent naître en lui le désir curieux De connaître les mœurs de ces eufants des cieux, Qui, de gloire et d'éclat revêtus par Dieu même, Sont les brillants rellels de sa grandeur suprême; Qui, l'honneur de sa cour, chefs-d'œuvre de ses mains, Contemplent de si haut les fragiles humains. D'un air respectueux et d'une voix modeste, Il s'adresse en ces mots au convive céleste : « Fils du ciel, lui dil-il, ah! combien je te doi! Combien l'homme en ce jour est honoré dans moi ! Hôte de nos bosquets , assis à notre table , Toi qui buvois des cieux le nectar délectable, Tu n'as pas dédaigné nos rustiques festins , Quoique bien différents de tes banquets divins ! »
«Adam, répond l'archange, il est temps de connoîlre Et les anges et l'homme, et le monde et son maître. Un Dieu seul règle tout , de tout il est l'appui ; Tout existe, se meut et respire dans lui. Si le mal ne l'a point altéré dans sa course, L'être créé par Dieu retourne vers sa source : Rien n'en sort corrompu. Des êlres différents Il fixe le partage, il assigne les rangs; Plus ils sont près de lui , plus leur essence est pure : Tous , suivant leur penchant, leur état, leur nature.
Deserving paradise! if ever, then, Then had the sons of God excuse to' hâve been Enamour'd at tliat sight; but iu those hearts Love uniibidiiious reign'd , iior jealousy
«50 W'as understood, the injur'd lover's hell.
Thus when with méats and dnnks they had suffic'd , Not burdcn'd nature, sudden mind arose In Adam, not to let the' occasion pass Given him by this great conférence, to know Of things above bis world, and of tlieir being Who dwell in heaven, whose excellence lie saw Transcend his own so far : whose radiant forms, Divine effulgence, whose high power, so far Exceeded human; and his wary speech
«Co Thus to the empyreal rainister lie frara'd :
« lûhabitaiil with God, now know 1 well Thy favour, in this honour done to man; LInder whose lowly roof thou hast vouchsafd To enter, and thèse earthly fruits to taste, Food not of angels, yet accepted so.
As that more willingly lliou couldst not seem At heaven's high feasts to' bave fed : yet what compare? »
To whom the winged hierarch replied :
« O Adam, one Almighty is, from whom
47t> AU things proceed, and up to him return , If not deprav'd from good, created ail Such to perfection, one first matter ail, Endued with varions forms, various degrces Of substance , and , in things that live , of life ; But more refin'd, more spirituous, and pure, As nearer to him plac'd, or nearer tending, Kach in Iheir several active sphères assij;n'd,
De degrés en degrés devenus plus parfaits. S'efforcent d'approcher du Dieu qui les a faits. De sa souche terrestre ainsi la jeune plante Sort , déploie avec grâce une lige élégante ; Sur la tige s'élève un branchage léger, - Ses feuillages mouvants naissent pour l'ombrager; La fleur vient à son tour; enfin , plus pur encore. En nuage odorant son parfum s'évapore.
Tout aspire à monter dans cet ordre inégal , La pierre aux végétaux, la plante à l'animal L'animal jusqu'à l'homme, et l'homme jusqu'à l'ange : Tout de ce corps mortel veut secouer la fange. Moins dégagés des sens , vos esprits sont moins prompts ; Souvent vous raisonnez , lorsque nous contemplons : Et , tandis qu'à pas lents marche votre pensée , Par'nous des vérités la chaîne est embrassée. Ainsi dans l'univers tout monte par degrés. Des habitants des cieux vous-mêmes séparés , Un jour peut-être, un jour, sur de brillantes ailes, Planerez, comme nous, aux voûtes éternelles, Comme nous descendons au terrestre séjour. Vous , fidèles au Dieu qui vous donna le jour, Méritez ce bonheiu' par votre obéissance : Pour conserver ses dons gardez votre innocence ; De la part qu'il vous fit sachez vous contenter. Et n'allez point la perdre en voulant l'augmenter. » «Quel jour pur tu fais luire à notre intelligence ! Répond Adam charmé. Je suis l'échelle immense De ces êtres divers répandus en tout lieu ,
Till body up to spirit work, in bounds Proportion'd to each kind. So from the root
480 Springs lighter the grecn stalk , from thence the leaves More aery, last the bright consuramate flower Spirils odorous brcathes : flowers and their fruit, Man's nourishraent, by graduai scalc sublim'd, To vital spirits aspire, to animal, To intellectual; give both life and sensé, Fancy and understanding; whence the soûl Reason receivcs, and reason is lier being. Discursive or intuitive; discourse Is oftest yours, the latter most is ours,
49° Dilfering but in degree, of kind the same. Wonder not then, what God for you saw good If I refuse not, but couvert, as you, To proper substance. Time may coine, when men With angels may participate, and find No inconvénient diet, nor too light fare; And from thèse corporai nutriments pcrhaps Your bodies may at last turn ail to spirit, Improv'd by tract of tirae, and, wing'd, ascend Ethercal, as we; or may, at choice,
^<"' Hcre or in heavenly paradise dwell; If ye be fotind obedient, and retain Unalterably firm his love entire, Whose progeny you are. Meanwhile enjoy Your fill what happiness this happy state Can compreliend, incapable of raore. »
To whom the patriarch of mankind replied : « O favourable spirit, propitious guest, Well hast tUou taught the way that might diiect Our knowledge, and ^Jie scale of nature sel