‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 257 sur 413 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

BrillenI moins de rubis cl de perles liquides.

Il s'avance , il traverse avec ses légions ,

De mille étals divers les vastes régions,

Que gouvernent des rois, des potentats, des princes,

De l'empire des cieux innombrables provinces ,

Près de qui tout ce globe et ces climats di\ers

Soûl comme tes jardins auprès de l'univers.

Enfin il loucbe au nord , siège de sa puissance.

Là, dans tout l'appareil de sa magnificence,

Te! qu'un mont d'où s'élève un mont audacieux ,

Le palais de Satan se présente à leurs yeux.

De loin on aperçoit ses tours pyramidales ,

Des célestes palais orgueilleuses rivales,

Et de l'ambition coupable monument :

Lui-même les forma d'or et de diamant,

Et sur ce mont superbe où leur masse domine,

Affecta dimiler la montagne divine

Où l'Eternel réside, et, sur son trône assis,

Aux yeux de l'empyrée a couronné son fils.

Là s'arréle Satan, et son conseil s'assemble ;

Là tous les cbefs unis doivent régler ensemble

Les hommages nouveaux qu'en ce jour solennel

Doit offrir l'empyrée au fils de l'Éternel.

Sous ce prétexte heureux, son adroit artifice

Harangue dans ces mois la célesle milice :

— « Trônes , principautés , rois , dominations , Si ces titres pompeux ne sont pas de vains noms. Depuis qu'un roi nouveau , grâce aux décrets suprêmes , Sur nos fronts éclipsés flétrit nos diadèmes, Pour cet oint du Seigneur tout pouvoir est déiruit. C'est pour lui , pour lui seul , qu'au milieu de la nuit

Régions thcr pass'd, llic mightr regencies

Of seraphim, and poteutates, and thrones, 750 In their triple dcgrces; régions to which

AU thv doniinion , Adam, is no more

Tlian what ihis garden is to al! ttie eartli.

And al! tlie sea, from one entire globose

Stretch'd into longitude; w!iic!i liaviog pass'd,

At leiigtli iiito tlie !imits of t!ie nortli

Tliey came ; and Satan to liis royal scat

Iligli on a hi!!, far blazing, as a mount

Rais'd on a inount, witli pvraraids and towcrs

From dianiond qiiarrics licwn, and roclis of gold; ■^ Tlie palace of great Lucifer, (so call

Tliat structure in tlie dialect of men

Interprcled) wliicli not long aftcr, he

Affecting al! equality witli God,

In imitation of tliat mounl wliereon

Messiah was declar'd in siglit of lieaven,

Tlie raountain of tlie congrégation call'd ?

For tliither he assembled al! liis train,

Pretcnding so commanded to consult

About ihe great réception of thcir King, 77i> Tliither to corne, and with calumnious art

Of counterfeited tnith thus held their ears.

— « Thrones, dominations, princedomSjVirtues, powers;

If thèse magnifie titles yet remain

ISot merely titular, since bv dccrce

Another now hath to himself ingross'd

Al! power, and us eclips'd under the namc

Of Ring anointctl, for whom al! this h.iste

D'un maître impérieux la volonté subite

A vers ces bords lointains précipité ma fuite.

Eli ! quel motif pressant nous amène en ces lieux ?

L'honneur de recevoir cet autre roi des cieux,

De régler les tributs qu'on doit à son passage :

Trop heureux, s'il veut bien accueillir noire hommage

Permettre qu'à ses pieds nous tombions à genoux !

Au mépris de vos droits anéantis pour vous,

Deux sceptres à-la-fois vont peser sur vos têtes.

Fils des dieux , levez-vous, et songez qui vous êtes !

Rois vous-mêmes, d'un Dieu serez-vous les vassaux?

Les rangs sont différents , mais les droits sont égaux.

La fière liberté souffre avec patience

Les titres, les honneurs, et même la puissance ;

Mais, d'un pouvoir injuste ardente à s'affranchir.

Au joug de ses égaux s'indigne de fléchir :

L'égalité, fidèle au pouvoir légitime.

Se relève en fureur sous la main qui l'opprime.

Ce tyran à nos droits oppose ses arrêts :

A qui suit la raison qu'importent ses décrets .-'

C'étoit peu que le père usurpât notre hommage ;

Il nous faut dans son fils adorer son image.

Vain espoir : ces sujets qu'il prétend asservir,

Sont nés pour gouverner, et non pas pour servir. «

« Ainsi parle Satan ; tout se tait, aucun n'ose Ou venger l'Elernel , ou défendre sa cause. Seul, du Dieu tout puissant fervent adorateur, Et de toutes ses lois fidèle exécuteur, Abdiel s'est levé : dévoré d'un saint zèle. Dans ses yeux enflammés la fureur étincelle, Et sa voix tonne ainsi contre les factieux :

Of midnigbt-march , and hurried meeting hère, This only io consult how wt may bcst,

780 With what may be devis'd of honours new, Receive him , coming to receive from us Knee-tribute yet unpaid , prostration vile ! Too much to one! but double how endur'd; To one , and to his image now proclaim'd ? But what if better counsels miglit erect Our minds, and teach us to cast off this yoke ? Will ve submil j-our neclis, and cboose to beud The supple Itnee ? Ye will not, if I trust To know ve right; or, if ye know yourselves

790 Natives and sons of heaven, possess'd before By none; and if not equal ail, yet free, Equally free ; for orders and degrees Jar not with liberty, but well consist. Who can in reason tlien or right, assume Monarchy over such as live by right His equals, if in power and splendour less. In freedom equal ? or can introduce Law and edict on us, who without law Err not? much less for this to be our lord,

8C0 Xod look for adoration , to the' abuse Of those impérial titles, which assert Our being ordain'd to govern , not to serve. »

« Thus far his bold discourse without controul Ilad audience; when among the seraphim Abdie! , thaa whom none with more zcal ador'd The deity, and divine commands obcy'd , Slood up, and in a flame of zeal scvere

PARADIS PERDU

— « O forfait ! ô l)laspliènie inouï dans les cieux , Odieux attentat d'un ingrat cl d'un traître Qu'à côté de son trône avoit placé son maître ! Tu te plains que d'un Dieu les ordres tout puissants Aient pour son fils unique exigé notre encens, Aient voulu que le ciel, de sa grandeur divine, Reconulit à genoux la céleste origine ! Oses-tu bien blâmer le décret solennel Qu'il a juré lui-même à la face du ciel ? Aucun dans son égal ne doit trouver un maître ! Est-ce à toi de juger le Dieu qui t'a fait naître, Qui nous donna les cieux , et dont les sages lois Dans leur juste limite ont renfermé nos droits ?

« Nos plaisirs, nos honneurs, de ce Dieu sont l'ouvrage : Rien loin que sa grandeur veuille nous faire outrage , Son éclat , son pouvoir rejaillissent sur nous , Et sous un même chef il nous réunit tous. El quand il seroit vrai, comme lu l'oses dire, Que nul de son égal ne supporte l'empire, Prétends-tu, quels que soient tes litres glorieux, Te croire égal au fds du Souverain des cieux ? Eu vain tu vois marcher sous les ordres suprêmes Rois, dominations, trônes et diadèmes; Quoi que l'ait prodigué sou pouvoir paternel , Qu'es-lu près de ce fils , par qui l'Êlre éternel Créa d'un mol le monde , et toi-même , et les anges ? Qui, sans rien exiger qu'un tribut de louanges. Leur assigna leurs noms, leurs litres glorieux. Et vient, comme un de nous, s'asseoir au milieu d'eux ! Ah! bien loin que par lui nos honneurs s'affoiblisseut,

The carrent of his fury thus oppos'd :

— « O argument blaspheraous, false and prnud !

Bio Words whicli no ear ever to hear in lieavca Expected, Icast of ail from tlice, ingrate. In place thysclf so high above tby peers. Caust Ihou with irapious obloquy condemn The just decrec of God, pronounc'd and sworn, That to bis only son by right endued With régal sceptre , every soûl in heaven Sball bend the kuee, aiid in that honour due Confess him rightful King ? unjust, thon say'st, Flatly unjust, to bind wilh laws tbe free,

810 And equal over equals to let reign, One over ail with unsucceedcd power.

Shalt thou give law to God ? shalt thou dispule With hiin the points of liberty, who made Thee wbal ihou art, and forui'd the powcrs of heaven Such as be pleas'd, and circumscrib'd their being ?

« Yet, by expérience taugbt, we know how good. And of our good and of our dignity How provideut be is; how far from thought To make us less , bent rather to exalt

83o Our happy state , under one head more near United. But to grant it thee unjust , That equal over equals monarcb reign :

Thyself, though great and glorious, dost thou couiil. Or ail angclic nature join'd in one, Equal to him begotten-son? by whom.

As by his word, the mighty fatber made AU Ihings, cven thee; and ail the spirits ol' h?aven By him created in llieir bright degrees,

Ses divmes clartés sur nous se réfléchissent:

Nos biens sont ses présents, sa force est notre appui;

Il gouverne par nous, et nous régnons par lui. »

« Ainsi parle de Dieu le serviteur fidèle; Mais nul n'ose applaudir ou seconder son zèle ; On le nomme indiscret et téméraire : enfin L'affreux Satan triomphe, et, d'un ton plus hautain : « Nous fûmes donc créés, dil-il , cœur bas et lâche ! Et le père à son fils confia cette lâche ? Étrange découverte ! Apprends-nous , si tu peux , Par qui fut révélé ce grand secret des cieux; Dans quels lieux , dans quels temps nous avons pris nais- Quel caprice divin nous donna l'exislence ! [ sance ;

lu t'en souviens : pour moi, je ne me souviens pas Que d'autres avant nous aient peuplé ces états. Aux habitants des cieux ne fais point cet outrage : Contemporains de Dieu , nous sommes notre ouvrage. Quand le cercle fatal eut achevé son tour, Au temps prédestiné nous reçûmes le jour : Race heureuse du ciel , notre antique pairie , Nous ne devous qu'à nous notre éclat , notre vie. Bientôt ils apprendront , nos superbes rivaux , Si nous avons un maître, ou même des égaux; Toi-même lu sauras si c'est par la prière Que nous comptons de Dieu désarmer la colère; Et si dans «on palais nous allons le chercher Pour lui demander grâce, ou pour len arracher. Pars, et cours en porter la nouvelle à ton maître; Pars, un plus long délai seroit peu sûr peut-être. >•

« Il dit: un bruit confus s'entend de tout côté,

Crowu'd thein with glory, and to their glory Dam'd 840 Thrones , dominations, princedoms, virtues, powers, F.ssential powcrs; nor by his reign obscur'd. But more illustrions raade; sincc he, the head, One of our number thus reduc'd becomes; Mis laws our laws; ail honour to him donc Heturns our own. Cease then this impious rage. And tempt not thèse; but hasten to appease The' incenscd father, and the' incensed son , While pardon may be found in time besought. » ce So spakc the fervent angel; but his zeal 8io None secondcd, as out of season judg'd. Or singular and rash : whereat rejoic'd The apostate, and , more haughty , thus replied : — «That we were form'd then, say'st thou? and the woik Of secondary hands, by task transferr'd From fatber to his son? strangc point and new! Doctrine, which we would know whence learn'd: who saw W hcn this création was? remember'st thou Tby making, while the Maker gave thee being? We know 00 time when we were nol as now; 860 Know none before us, self-begot, self-rais'd

By our own quickening power, wlien fatal course Had circlcd his full orb , the birth mature Of this our native heaven, ethereal sons. Our puissance is our own; our own right haiid Sball teacli us highest dceds , by proof to try Who is our equal : then thou shalt behold Whelhcr by supplication we intend AùJress, and to bcgirt the' Almighty ihrone Beseeching or besieging. This report.

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