‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 268 sur 413 · LIVRE \I · texte numérisé non relu

LIVRE \I

De brillants séraphins conipose son escorte.

Il vient : dix mille chars, dix mille autres eucoi,

Volent à ses côtes et suivent son essor ;

De son trône d'azur partent des étincelles;

De brillants cliérubins le portent sur leurs ailes;

Il vient , il vole , il fend l'immensité des cieux.

De son armée à peine il a frappé les yeux,

Tous, ivres des trausports que son aspect fait naiire.

Ont senti sa présence et reconnu leur maîlre.

Déjà s'est déployé le saint drapeau du ciel,

Le drapeau du Messie. A la voix de Michel ,

Son innombrable armée autour de lui se ranc;e.

Par-tout régnoit l'effroi : Dieu paroît , et tout change ;

Les monts déracinés retournent en leur lieu ;

La nature en riant félicite sou Dieu ;

Le coteau reverdit, le vallon se colore;

Et les fleui^ sous ses pas recommencent d'éclore.

« Ses ennemis l'ont vu : témoins de sou pouvoir, Leur espoir désormais est dans le désespoir; De leurs soldats troublés ils rassemblent les restes ; Tant d'orgueil enire-t-il dans les âmes célestes.' Eh ! l'orgueilleux jamais peut-il être dompté ? De ce qu'ont vu leurs yeux leur cœur est irrité; Contre ce Dieu puissant, que la nature adore, De leur dépit jaloux la fureur les dévore. Pour ces cœurs endurcis les prodiges sont vains; Ils veulent, ou ravir le sceptre dans ses mains , Ou , si dans leur fureur le sort ne les seconde , Tomber ensevelis sous les débris du monde : A.ucun ne veut céder, aucun ne songe à fuir; Tous ont dit dans leur cœur : « Ou régner, ou périr ! » Et cependant des siens , disposés sur deux ailes , Dieu harangue en ces mots les cohortes fidèles :

« Soldais, reposez -vous , dit-il; votre vertu A pour nos droits sacrés vaillamment combattu ;

When the great ensigri of Messiah blaz'd Aloft by angcls borne, his sign in heavcn; L'nder whose condiict Michael soon leduc'd His ariuy, circumfus'd on elther wing, L'nder tbeir licad imbodied ail in one.

7C0 Bcfore liim Power Divine his wav prepar'd; At his command liie' uprooted hills relir'd Each to his place; thc-v heard liis voicc, and wcnt Obseqiiious; licavcii his wonted face renew'd. And with frcsh flowertts hill and valley smil'd.

« This saw his hapless foes, but stood obdur'd. And to rebellions (ight rallied tbcir powers, Insensate, hope conceiving from despair.

In heavenly spirits could such perverseness dwell? But to convince the proud, ^yhat signs avail,

770 Or wonders move the' obdurate to relent?

Tbcy, harden'd more by wbat might most reclaim,

Crieving to see his glory, at the sight

Took en\-y; and aspiriug to his highth,

Stood re-enibatlled tierce, by force or fraud

Weening to prosper, and at length prevail

Against God and Messiah, or to fall

Id universal ruin last; and now

To final battle drew, disdaining flight.

Or faint rctreat; when the great son of God

■ '0 To ail his host on cither liaiid thus spake :

De vos nobles efforts le ciel reçoit Ihommage : Dans vos cœurs généreux il a mis le courage ; Ce que Dieu fit pour vous, vous lavez fait pour lui. Que vos vaillantes mains s'arrêtent aujourd'hui ; Il faut de ces ingi-ats que le crime s'expie : Mais, pour exterminer leur faction impie. Et mettre enfin un terme à ces tristes combats, Le ciel n'exige plus le secours de vos bras; Dieu seul doit châtier leur désobéissance : Oui, Dieu seul, ou le bras chargé de sa vengeance. Le nombre est inutile à ce triomphateur ; Que chacun reste ici tranquille spectateur. L'orgueil méconnut Dieu; sur l'orgueil téméraii'c Vous verrez si ce Dieu fait peser sa colère. Par eux, bien plus que vous, son fils fut oulragé ; Maudit par eux , par moi je dois être vengé. Par leurs jaloux complots ma grandeur poursuivie Excita leur révolte, enflamma leur envie ; Je sais quel intérêt les aigrit contre moi : Celui qui règne au ciel, qui m'a nommé leur roi , A qui seul appartient la gloire et la puissance, En honorant son fils irrita leur vengeémce. Nous verrons qui de nous sait combattre et punir. Leurs bras contre moi seul ont dû se réunir. Seul je m'arme contre eux. Pour leur race parjure La force du pouvoir est la seule mesure, Et tout autre mérite est étranger pour eux. Enfin ils l'ont voulu , je vais remplir leurs vœux : Que le sort des combats à nos deslins préside ; La force fait leur loi, que la force décide. »

<< Son visage à ces mots s'allume de fureur ; Les éclairs de ses yeu.\ répandent la terreur. Soudain , cachant les cieux de l'ombre de leurs ailes , Partent avec son char ses chérubins fidèles ; Ils volent ; et des vents le souffle impétueux ,

' Stand still in bright array, ve saints; hcre stand, Ve angels arm'd; this dav from battle rest; Faithlul bath becn vour warfare, and cf God Acccpled, fcarless in his righteous cause; And as ve bave receiv'd, so bave ye donc, Invinciblr : but of this cursed crew The puiyshnient to otber hand belongs ; Vengeance is bis, or whose he sole appoints: Number to this day's work is not ordain'd,

:o° Nor multitude; stand only, and behold God's indignation on thèse godiess pour'd By me; not you, but me, thcy bave dcspis'd, Yct euvied; against me is ail tbeir rage, Bccause the Father, to wbom in heaven suprême Kingdom, and power, and glory appertaios, Hatb honour'd me, according lo his will. Tbercforc to me their doom he bath assign'd; Tbat they may bave their wisli; to try with me In battle which the stronger proves : they ail ,

800 Or I alone against tbem ; since bv strength Thcy measure ail, of otber excellence ISot emulous, nor care who tbem e^cels; Not other strife with thera do I vouchsafe. '

« So S])ake the Son, and iuto tcrror chang'd llis countenance too sevcre to be beheld, And full of wrath bent on his cnemies.

PARADIS PERDU

D'une armée en fureur le choc tumultueux , Les torrents en courroux précipitant Jeur onde , Cèdent au bruil ducliar, qui court, s'enflamme et gronde.

« Lui, pareil à la nuit dans sa plus sombre horreur, Part, sur ses ennemis s'élance avec fureur; Comme un feu dévorant sa colère s'irrile ; Aux rangs les plus épais son char se précipite : Sous la rapide roue et le brûlant essieu Tout tremble, tout frémit, hors le Irône de Dieu. A peine il s'est mon i ré, pour signal de la guerre, Mille dards, dont chacun est lui-même un tonnerre, Sont partis de sa main, et vont au fond des cœurs Porter en traits de feu l'aiguillon des douleurs : Avec eux dans leurs rangs ont volé les alarmes ; Leurs défaillantes mains laissent tomber leurs armes. Trônes, principautés, boucliers, étendards, Les casques panachés , les coursiers et les chars , Sa roue écrase tout. « Cessez , brûlant orage ! O monis, tombez sur nous ; sauvez-nous de sa rage ! » Crioienl-ils en fuyant. Avec non moins d'ardeur, Les anges qui traînoient le char triomphateur, Leurs innombrables yeux, leurs ailes flamboyantes , El du char animé les clartés foudroyantes , Par-tout faisoient pleuvoir un déluge de feu; Chacun semble lancer le tonnerre de Dieu : Tous, avec l'Élernel marchant d'intelligence, Partagent sa colère et servent sa vengeance.' L'ennemi se consume en efforts impuissants ; Les cœurs sont abattus, et les bras languissants.

« Toul-à-coup du Très-Haut la victoire s'arrête, Et son foudre est resté suspendu sur leur tête : Il ne veut point les perdre; il veut que pour jamais Ces ingrats soient bannis de l' éternelle paix ,

At once tlie four spread out thcir starry wingjs W ilh dreadful sbade contiguoiis, and ilic oihs Of his fierce chariot roU'd, as with thc Sound

Sio Of torrent floods, or of a numerous liost. Hc on bis impious focs right onward drove, Cloomv as niglit; under liis burning «lieels Thc stcdfast empyrean shook throughout, AU but the throne itself of God. Full soon Among tliem he arrivcd; in bis right hand Grasping len thousand thuuders, wliicb he sent Beforc him , such as in llieir soûls intix'd Plagucs : ihey, astonish'd, ail rcsislance lost, AU courage; down thcir idle wcapons dropt :

820 O'cr shiclds, and helms, and behncd beads he rode Of thrones and mighty seraphim prostrate, Tbal wish'd thc mountains now migbt be again Thrown on tbcm as a shelter l'rom bis ire. Kor less on either side terapestuous fell His arrows, from the fourfold-visag'd four Distinct witli eyes, and from the living wheels Distinct aUke with multitude of eyes; One spirit in them rul'd; and every eye Glar'd lightning , and shot forth pernicious fine

83o Among tbe' accurs'd, that withcr'd ail their strenglli And of their wonted vigour left them drain'd, Exhausted, spiritless, afflicted, fall'n.

« Yct half his strength he put not forth, but clieek'd His thuuder in raid voUev; for he incant

Épargnés par son bras. Devant son char rapide Tout fuit, tout est chassé comme un troupeau timide, Jusqu'aux cxirémilés de l'empire des cieux ; L'effroi hàle leurs pas. Tout-à-coup à leurs yeux S'ouvre un gouffre profond, immense, épouvantable, D'où se voit des enfers le séjour lamentable. La foule, à cet aspect, a reculé d'horreur; L'abîme est devant eux , derrière eux la terreur ; Poursuivis et tremblants sous la main souveraine, Vers le bord redouté la foudre les ramène. Là, plongeant dans la nuit leurs yeux épouvantés, Tous des hauteurs dos cieux tombent précipités : Ils tombent ; mais de Dieu la foudre inexorable Ne laisse point de trêve à ce peuple exécrable , Et les poursuit encor de ses flèches de feux.

« Cependant l'enfer tremble à ce tumulte affreux : Cet innombrable amas d'armes et de victimes Jusqu'en ses profondeurs ébranle ses abîmes ; Il croit voir tout le ciel fondre en éclats sur lui : La nuit s'en épouvante, et lui-même auroil fui. Si la main du Destin sur sa base profonde N'eût assis pour jamais les fondements du monde. Durant neuf longues nuits, durant neuf jours entiers , Les bataillons vaincus roulèrent par milliers ; Du chaos étonné les régions tremblèrent , De leurs vastes débris ses gouffres se comblèrent. Mais enfin de l'enfer l'abime ténébreux S'ouvrit, les engloulit, se referma sur eux ; L'enfer, leur digne asile, où mugit sur leur tête D'un océan de feu l'éternelle tempête, Lieux où régnent la nuit , la douleur et le deuil. Tel n'éloit point le ciel, d'où tomba leiu' orgueil : Paisible, délivré de ses sujets rebeiles,

Not to destroy, but root them out of heavcn ; The ovcrthrown he rais'd, and as a herd Of goats or timorous flock togetber throng'd, Drove them beforc him thundcr-struck, pursucd With lerrors, and with furies, to tbe bounds 840 And crystal wall of beaven; which, opcning wide, RoU'd inward, and a spacious gap disclos'd Into the wasteful deep; the monstrous sight Slruck them with borrov backward, but far worse Lrg'd them bchind ; licadlong thcmselvcs tliey tbrcw Down from the verge of heaven ; eternal wrath Burnt after them to the bottomless pit.

« Hell beard the' unsufferable noise, hcll saw - Heaven ruining from beaven , and would bave fled Affrighted ; but strict fate had cast too deep 85o Her dark foundalions, and too fast had bound. INine days they fell : confouuded chaos roar'd. And felt tenfold confusion in their fall Tbrougli bis wild anarchy, so huge a rout Incumber'd him with ruin : hell at last Yawning receiv'd them whole, and on them clos'd; Hell their fit habitation, fraught with firc Unquenchable , the bouse of woe aud pain. Disburden'd heaven rcjoic'd, and scon repair'd Her mural breach , returning whence il roU'd. 8C0 Sole victor, from the' expulsion of his foes, Messiah his triumplia' chariot turn'd; I To mcet him ail hiî saints, who silent stnod

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