‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 286 sur 413 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

voit poial dans son origine. Le serpent rcpond que le fruit d'un certain arbre du jardin lui a procuré ces avantages. Eve le prie de la conduire à cet arbre ; elle trouve que c'est celui de la science, qui leur étoit interdit. Le serpent l'engage à manger du fruit, elle le trouve exquis; elle délibère quelque temps si elle en fera part à Adam ou non. Enfin, elle lui porte une branche garnie de ses fruits. Adam est d'abora consterné; mais, par un excès d'amour, il prend la résolution de périr avec elle; et, s'aveuglant lui-même, il mange du fruit. Quels en furent les effets. Ils cherchent d'abord à couvrir leur nudité ; ensuite la discorde se met entre eux, et ils en viennent aux reproches.

O terre malheureuse ! ô changements funestes ! Ils vont finir ces jours, où les esprits célestes Remplissoient ici-bas leurs messages divins ; Où l'ange, hôte indulgent du premier des humains, L'entretenoit du ciel , des grandeurs de son maître ; Quelquefois, s'asseyant à sa table champêtre, Oublioit, pour ses fruits, le doux nectar des dieux. Au lieu de ces accords de la terre et des cieux, Quel sujet vient s'offrir à ma lyre affligée .' L'Éternel méconnu , sa puissance outragée , La révolte aux hiunaius amenant le trépas, Tous les fléaux en foule accourant sur ses pas, Et la justice enfin, vengeresse du crime : Déplorable sujet, mais plus grand, plus sublime Qu'Achille sous les murs d'Ilion désolé. Traînant sept fois Hector, à sa rage immolé; Que la lance de Mars, le trident de Neptune ; Qu'Énée aux champs latins ti'ansportant sa fortune, Et le fougueux Turnus, et la fière Junon Poursuivant sur les flots les débris d'Ilion ! Toi, daigne seulement inspirer ton poëte,

now grown bolder, with maiiy wiles and arguments, induces hpr at length to eat; slie, pleas*d with the taste, délibérâtes awhile whetlier to impart thereof to Adam or not ; at last bi ings him of tlie fruit; relates nhat peisuaded her to eat thereof: Adam, at Crst amazed , but perreiving her lost , résolves, through véhémence of love, to perish with her; and, extenuating the tiespass, eats aiso of the fruit the effects thereof in tbem both ; they seek lo cover tJieir uakedness ; then fall to variance and accusation of one another.

V. I No more of talk where God or angel guest With man, as with his friend, familiar us'd To sit indulgent, and with him partake Rural repast; permitting him the while Venial discourse unblam'd. I now must change Those notes to tragic; foui distrust, and breach Disloya! on the part of man, revolt.

And disobedieuee : on the part of Heaveu Now alienated, distance and distaste,

«o Anger and just rebuke, and jndgmeut given, That brought into this world, a world of woe, Sin and her shadow death, and misery, Death's harbinger : sad task, yet argument Not less but more heroic than the wrath Of slern Achilles, on his foe pursued Thrice fugitive about Troy-wall; or rage Of Turnus for Lavinia disespous'd ; Or Neptune's ire, or Juno's, that so long Perplex'd the Greek, and Cytherea's son;

ïo If answerable style I can obtaiu

Of my celestial patreonss, who deigns lier nightly visiUtlion uuiinplor'd.

O mu.se! qui souvent, dans ma sombre retraite,

En silence reviens , à l'heure du repos ,

Dicter mes vers nombreux qui coulent à grands flots,

Depuis que le sujet dont le charme m'entraîne

Vint transporter mon ame et féconder ma veine.

D'autres assez long-temps ont chanté les guerriers,

La valeur romanesque et les vieiLx chevaliers,

Tandis que leur oubli, dans un ingrat silence,

Laisse le vrai courage et la noble constance.

Qu'ils célèbrent les jeux , les joutes , les tournois ,

La vigueur des coursiers , et l'éclat des harnois ;

Des illustres beautés qu'ils nous vantent les charmes.

Et les grands coups de lance, et les nobles faits d'arme*,

Et les manteaux de pourpre, et les boucliers d'or,

Où des faits glorieux resplendissent encor;

Qu'ils dressent des festins l'ordonnance pompeuse;

De pages , d'écuyers , qu'une foule nombreuse ,

Dans des parcs somptueux, des palais enchantés,

Relève l'appareil de ces solennités :

J'ignore et veux toujours ignorer ces merveilles,

Qui du peuple crédule amusent les oreilles !

Un sujet plus nouveau, plus cher à l'univers

Va réveiller ma lyre et consacrer mes vers;

A moins qu'un ciel glacé, la vieillesse pesante,

!S'éleigneut mon courage, et qu'à ma main tremblante

Ma muse par pitié n'ôte la lyre d'or,

El d'un vol ùidiscret ne réprime lessor.

Le soleil dans les eaux achevoit sa carrière ; Déjà de Vespérus la douteuse lumière.

Qui participe ensemble et de l'ombre et du jour , Éclairoit à demi le terrestre séjour; La nuit venoit couvrir une moitié du monde; Lorsqu'enfin , terminant sa course vagabonde ,

And dictâtes to me sluuiberiug; or inspires

Easy my unpreiueditatcd verse :

Since fîrst this subject for heroic song

Pleas'd me long choosing, and lieginning late;

ISot sedulous by nature to indite

Wars, bitherto the ouly argument

Heroic deem'd ; chief mastery to dissect

3o With long and tedioua havoc fabled knights In battles feign'd; the better fortilude Of patience and heroic martyrdom L'usung; or lo describe races and games, Or tilting furniture, imblazon'd shields. Impresses quaint, caparisons and steeds.

Bases and tinsel trappings, gorgeous knights At joust and tournament; then marshall'd feast Serv'd up in hall with sewers and seneschals; The skill of artifice or office mean ,

i° Not that whieh justly gives heroic uame To person, or lo poem. Me, of thèse Nor skill'd nor studious, higher argument Rcinaius; sufficient of ilself to raise That name, unless an âge too late, or culd Climate, or years, domp my intcnded wing Depress'd; and much they may, if ail be mine, Not hors, who brings it nightly to my car.

The sun was sunk, and after him the star Of Ilcsperus, whose office is to briog

^' Twiliglit upon the earth, short arbitcr

PARADIS PERDU

Salan, du frais Édeii banni par Gabriel,

Prévient braver encor les menaces du ciel.

Non moins fier, mieux instruit, et fidèle à sa haine,

La nuit le vit partir, et la nuit le ramène:

Mais prudent, mais craintif, depuis que cet esprit

Qui guide le soleil dans le tour qu'il décrit,

Vers Éden menacé de ses pièges funestes,

A dénoncé sa marche aux milices célestes ,

Satan a par trois fois, dans son immense cours,

Doublé le cercle ardent qui des nuits et des jours

Conserve l'équilibre et le juste partage.

Durant trois longues nuits il poursuit son voyage;

Durant quatre grands jours son essor agrandi

Revient du sud au nord , et du nord au midi ,

Toujours fuyant l'éclat, et se cachant dans l'ombre.

De la huilième nuit enfin le voile sombre

Seconde dans Éden son retour criminel;

]\lais-il craint les regards des milices du ciel.

Tar des chemins cachés, trompant leur vigilance,

Vers la plage opposée il aborde en silence.

Là jadis fut un antre (avant que sur ces lieux Le désordre marquât la colère des cieux) , Où le Tigre, perdu sous une obscure voûte, S'enfonçoit, ressorloit, et poursuivoit sa route. L'ennemi le découvre : en ce chemin secret Il plonge avec le fleuve, avec lui reparoît. Cependant, pour cacher sa marche frauduleuse. Il emprunte des eaux la vapeur nébuleuse, La jette autour de lui comme un voile mouvant. Et pour asile enfin cherche un être vivant. De l'aui'ore au couchant, du midi jusqu'à l'Ourse,

'Twixt day and night, and now from end to end ISight's hémisphère had veil'd thc horizon round : W'hen Satan, wlio late fled befoie the threats Of Gabriel ont of Eden, now improv'd In meditated fraud and malice, bent On raan's destruction, maugre what might hap Of heavier on hiraself, fearless return'd. By night he fled, aud at midnight return'd From conipassing the carlh ; cautious of day,

Co Since Llriel, régent of the sun, descried His enlrance, and forewarn'd the cherubim That kept iheir watch ; thcnce full of angnish driveu , The space of seven continued nights he rode Wilh darkness : thrice the equinoctial Hne He circled; four times cross'd the car of night From pôle to pôle, traversing each colure; On the' eighth return'd ; and , on the coast averse From entrance or cherubic watch, by steaith Found unsuspected way.

There was a place,

7 •> Nownot, (though sin, not lime, first wrought the change,) Where Tigris, at the foot of paradise, Into a gulf shot under giound, till part Rose up a fountain by the tree of life; In wilh the river sunk , and with it rose Satan, involv'd in rising raist; then sought Where to lie hid; sea lie had search'd, and land, From Eden over Pontus and the pool McEotis, up beyond the river Ob; Downward as far antarclic; and in length,

Il avoit observé , dfltant sa longue course , Les mœurs des animaux : le plus astucieux , Le perfide serpent avoit frappé ses yeux. Là Satan veut cacher et son piège et lui-même. Dans un être stupide, un adroit stratagème Au spectateur surpris auroit avec raison D'une infernale ruse inspiré le soupçon : Le serpent pouvoit seul, connu par sa finesse. D'un air de vérité colorer tant d'adresse. Le traître le choisit ; mais de quelle douleur Ce choix humiliant vient déchirer son cœur !

« O Terre! cria-t-il (puisqu'ainsi l'on te nomme), Séjour digne des dieux, et profané par l'homme, Toi , le second travail de la Divinité , Le second par le temps , le premier en beauté ; Terre ! de quçl éclat ces astres le couronnent ! C'est pour toi que sont faits ces cieux qui l'environnent : Chacun de ces flambeaux , tout fier de son emploi , Se lève, part, revient, et voyage pour toi. De son maître nouveau fidèle tributaire , Chacun de leurs rayons vient tomber sur la terre. Ainsi que dans le ciel lous ces globes de feu Comme au centre commun aboutissent à Dieu , De même autour de lui ce monde heureux assemble Tous ces soleils épars qui rayonnent ensemble ; Ce feu , source de grâce et de fécondité , Tu lui dois tes trésors, lu lui dois ta beauté: Il court dans chaque fleur , circule en chaque lige ; Il forme , accroît , nourrit , par un plus grand prodige, Ces peuples animés , sans cesse renaissants : Il leur donne la vie , il leur donne des sens ,

80 West from Orontes to the océan barr'd At Darien; thence to the land where flows Ganges and Indus : thus the orb he roam'd With narrow search; and with inspection decp Consider'd every créature, which of ail Most opportune raight serve his wilcs ; and fuund The serpent subtlest beast of ail the field. Hira aller long debate, irresolute Of tlioughts revolv'd, his final sentence chose Fit vessel, fittest imp of fraud, in whom

90 To enter, and his dark suggestions hide From sharpesl sight : for, in Ihe wily snake Whatever sleighls, none would suspicious mark. As from his wit and native subtlety Proceeding; which, in other beasts observ'd, Doubt might beget of diabolic power Active within , beyond the sensé of brute. Thus he resolv'd, but first from inward grief His bursting passion inlo plaints thus pour'd : « O earlh , how like to heaven , if not preferr'd 100 More justly, seat worlhier of gods, as built Wilh second ihoughts, reformiiig what was old! For what God, after betlcr, worse would build? Terrestrial heaven, danc'd round by other heavcns That shine, yet bear ihcir bright officions lamps, Light above light, for thce alone, as seems. In Ihee concentring ail Iheir precious beams Of sacred influence ! As God in heaven Is centre , yet cxleuds to ail ; so ihou , Centring , receiv'st from ail those orbs : in ihee

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