‹ Œuvres de J. DelilleChapitre 287 sur 413 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

El, choisissant pour eux sa plus sublile flamme,

Leur prête la pensée, el leur inspire une ame.

Tous inégaux en rang , mais sans être jaloux ,

S'obéissent entre eux ; l'homme commande à tous.

O terre ! quels tableaux décorent tes campagnes !

O vous, riants vallons, vous, altières montagnes,

Verls coteaux, antres frais, abris voluptueux,

Elégauts arbrisseaux, arbres majestueux,

Audacieux rochers, agréables prairies.

Ruisseaux , fleuves pompeux , beaux lacs , rives fleuries !

O combien me plairoit votre aspect enchanteur.

Si le plaisir encore étoit fait pour mon cœur !

Il n'en est plus pour moi : pour calmer mes supplices.

J'ai besoin de forfaits , j'ai besoin de complices :

Il me faut un malheur à mes malheurs égal;

Le bien n'est plus pour moi que dans l'excès du mal.

Enfer, en vain j'ai fui ton océan de flamme.

Un enfer plus ardent se rallume en mon ame;

Il me suit sur la terre, il me sui\Toit aux cieux,

Si je u'humiliois leur despote orgueilleux.

Le monde est son chef-d'œu\Te, et l'homme son image :

Au Dieu qui les a faits faisons un double outrage.

Mon sort est trop cruel s'il n'est point partagé;

Satan se croit heureux si Satan est vengé.

Qu'alors tombe sur moi le sort de mes victimes;

Que mes calamités l'emportent sur mes crimes,

Par les douleurs d'autrui je serai consolé.

Que l'homme soit perdu, son séjour désolé :

Ce monde est fait pour lui , ce monde m'importune ;

De ce maître odieux qu'il suive la fortune.

Objets de mon envie, ûl)jets de mon courroux,

Homme , Dieu , terre , ciel , évanouissez-vous !

Dans les mêmes projets ma haine vous rassemble.

Je vous attaque tous ; périssez tous ensemble ;

Qu'au gré de ma fureur tout soit anéanti!

«'O Not in themselvcs, ail their known virlue' appears, Productive in herb, plant, and nobler birth Of créatures animale witli graduai life, Of growth , sensé, reason, ail suinm'd up in man. With vhat delight could I hâve walk'd tbee round , If 1 could joy in aught! sweet interchange Of hill and vallev, rivers, woods, and plains, New land, now sea, and shores witb forcst crown'd. Rocks, dens, and caves! But I in none of thèse Find place or refuge; and tbe more I see

«o pieasures about me, so mucb more I feel Torment within me, as from the bateful siego Of contraries : ail good to me becomes Bane, and in heaven mucb worse wouid be ray statc. But neitber hère seek I, no, nor in heaven To dwcU, unless by mastering heaven's Suprême; ISor hope to be myself less misérable By what I sce, but others to make such As I, though tliereby worse to me redound : For only in destroying I find ease

«3o To my relcntless thoughts; and, hira destrov'd. Or won to what may work his utter loss, From whom ail this was made, ail this will soon FoUow, as to him link'd in weal or woc ; In woe then ; that destruction wide may range : To me shall be tbe glory sole among

Rendons-leur le tourment que mon cœur a senti ; Et qu'heureux d'un désordre où mon bonheur se fonde, Satan seul soit debout sur les débris du monde : Alors je pars content : je cours dire aux enfers : Le voici le vainqueur du Dieu de l'univers! Tombez tous à ses pieds, rendez-lui tous hommage! De six jours en un seul j'ai renversé l'ouvrage , L'ou\Tage du Très-Haut , de l'Être tout-puissant !

« De la création ce prodige récent Semble nouveau pour nous ; mais Dieu dans sa vengeance Peut-être dès long-temps médiloit sa naissance. C'est du sein des fureurs que naquit sa boulé. Peut-être il le conçut quand son bras irrité, De la moitié des siens délivrés de leur chaîne. Par un coup imprudent dépeupla son domaine. Bientôt le repentir irrita son courroux. Pour peupler son palais et se venger de nous. Soit que sa main ne pût créer de nouveaux anges De qui la voix servile entonnât ses louanges (Si les anges pourtant sont sortis de ses mains). Soit pour mieux nous flétrir, il créa les humains, Ce vil peuple, sorti d'une obscure origine, Qui, riche de nos biens, fier de notre ruine, Et de notre grandeur saisissant les débris. Doit monter de sa fange aux célestes lambris. Ce qu'il voulut jadis aujourd'hui se consomme; L homme est né de la terre, et la terre est à l'homme Sur son trône il plaça ces superbes rivaux ; L'empjrée est leur dais, les astres leurs flambeaux; L'ange est leur messager; à leurs grandeurs nouvelles Les brûlants séraphins ont asservi leurs ailes : Pour un indigne maître ils veillent nuit et jour ; Ils forment son cortège et composent sa cour, Et soiunettent sans honte, en cet emploi servile. Leurs célestes esprits à sa terrestre argile.

The' infernal powers , in one day to hâve marr'd What he, Almighty styl'd, six nights and days Continued making.

And who knows how long Before had been contriviug? though perhaps

'13 ISot longer than since I, in one uight, frecd From servitude inglorious well nigh half The' angelic name, and thlnner left the throng Of his adorers. He, to be aveog'd, And to repair bis numbers thus impair'd; W'hether such virtue spent of old now fail'd More angels to create , if they at least Are his creatcd; or to spite us more, Determioed to advance into our roora, A créature form'd of earth ; and him endow,

'5o Exalled from so base original,

With heavenlv spoils; our spoils. Wbat he dccreed,

He' effected : man he made , and for him built

Magnificent this world, and earth his seat,

Him lord pronounc'd; and, O indignity!

Subjectcd to his service angel-wings.

And flaming ministcrs to watch and tend

Their earthly charge : of thèse the vigilance

1 dread; and, to élude, thus wrapt in mist J

Of midnight vapour glide obscure, and pry

iGo In every bush and brake, where hap may fiod

PARADIS PERDU

Pour éviler leurs yeux, je me suis vu réduit

A me glisser couverl des vapeurs de la nuit.

Trop heureux maintenant si , pour tromper leur veille ,

Je trouve pour asile un serpent qui sommeille,

Et si je puis cacher dans ses plis tortueux

Du chef des séraphins les traits majestueux !

« O honte ! ce rival du monarque du monde , Il va donc se cacher dans un reptile immonde ! Moi, qui prétends au ciel, habiter un serpent! Dans les plis sinueux de cet être rampant. Je vais donc, rasant l'herbe et léchant la poussière, Humilier ce front et cette ame si fière ! O puissances d'enfer ! qui de vous, dites-moi, Dans cet état abject reconnoîtra son roi ? O que pour s'élever l'ambition s'abaisse! Plus hauts sont ses projets, plus grande est sa bassesse. Vengeance, dont la rage empoisonna mon cœur, Que d'amertume, hélas! se mêle à ta douceur! Si tes plaisirs sont grands , que leur suite est cruelle ! N'importe! cieux, tonnez sur ma tète rebelle! Sans en être ébranlé, je recevi'ai vos coups; Puissé-je seulement punir ce Dieu jaloux 1 Ou, si mon bras enlin ne l'alleint pas lui-même, Puissé-je m'en venger sur l'insolent qu'il aime, Sur ce fils que créa son dépit envieux , Ce fils de sa fureur, adopté par les cieux ! Ce Dieu me provoqua : c'en est assez ; ma rage Rendra haine pour haine , outrage pour outrage. »

A ces mots , apaisant ses transports orageux , A travers les buissons, les joncs marécageux. Il se glisse sans bruit comme un sombre nuage , Et cherche le serpent, ministre de sa rage. Il le trouve doimaut : en cercles redoublés De son corps sinueiLX les replis sont roulés; Au milieu reposoit sa tête languissante ;

The serpent slceping; in whose mazy folds To hide me, and tlie dark intent I bring.

« O foui descent ! that I , who ersl contended Witb gods to sit ihe higliest, ara now constrain'd lato a beast; and, niix'd with bestial slime, This essence to incarnate and inibrute, That to the highth of deity aspii'd !

But what will not ambition and revenge Descend to? VViio aspires, must down as low ■70 As high he soar'd; obnoxious, first or last,

To basest things. Revcoge, at first thoiigh sweet, Bitter ère long, back on itself recoils : Let it; I reck not, so it light weil aim'd, Since higher I fall short, on him who nexl Provokes my envy, this new favourite Of heaven, this man of clay, son of despite , Whora, us the more to spite, bis Maker rais'd From dust : spite then with spite is best repaid. »

So saying, through each thicket dank or dry, «So Like a black mist low-creeping, be held on

His midniglit search, where soonest he might find

The serpent : him fast sleeping soon he found

In labyriiith of raany a round self-roll'd ,

Ilis iiead the midst, well stor'd with subtlc wilcs :

Not yet in horrid shadc or disraal dcn,

Nor Docent yet ; but, on the grassy hcrb.

Rusé , mais non cruel , sa douceur innocente , Incapable de crainte ainsi que de fureur, N'habitoit point des bois la ténébreuse horreur, Ni des antres muets la profondeur obscure; Tranquille, il sommeilloit sur un lit de verdure.. Le perfide Satan se glisse dans son corps , Dans son cœur s'insinue , anime ses ressorts , Et, prêtant sa raison à l'instinct qui sommeille, Attend paisiblement que le jour le réveille.

Le jour enfin paroît, et vers le ciel serein Montent en pur encens les parfums du matin. Au Dieu qui la créa la terre rend hommage; Ce Dieu puissant et bon sourit à sou ouvrage ; Et, par ces doux tributs payés de ses bienfaits, Voit remonter vers lui les présents qu'il a faits. Le couple heureux alors quitloit ses toits champêtres ; Il vient, joignant sa voix aux chœurs muets des êtres, Du so\eil renaissant saluer le retour, Et goilter à longs traits les prémices du jour. Mais les moments sont chers, leurs jardins les attendent, Il est temps de régler les doux soins qu'ils demandent; Seuls à leur tâche immense ils ne suffisent pas.

« O cher époux ! dit Eve , en vain nos foibles bras Unissent leurs efforts pour un si grand ouvrage ; Ces boulons et ces fleurs, ces fruits et ce feuillage Exercent vainement nos travaux assidus; Les travaux de la veille au matin sont perdus : En vain nous étayons ces tiges languissantes ; Des rameaux trop hâtifs, des feuilles renaissantes En vain nous réprimons l'essor présomptueux; Une nuit reproduit leur luxe infructueux ; Et tout ce que notre art retranche à leur verdure, Leur prodigalité le rend avec usure :

Pour abréger l'ouvrage inventons des moyens : Donne-moi tes conseils, ou profite des miens.

Fearless, unfear'd he siept : in at his raouth The devil enter'd ; and his brutal sensé. In heart or head, possessing, soon inspir'd

'0° With act intelligcntial; but his sleep

Disturb'd not, waiting close the approach of morn.

I\ow, when as sacred light began to dawn In Eden on the humid flowers, that breath'd Their morning incense, when ail things, that breathc, From the' eartli's great altar send up silent praise To the Creator, and his nostrils fill With grateful smell, forth came the human pair. And join'd their vocal worship to the quire Of créatures wanting voice ; that donc, partake

20" Tlie season , prime for sweetest scents and airs; Then commune, how that day they best raay ply Tiieir growing work; for much th»ir work outgrew rhe hands' dispatch of two, gardening so wide; And Eve first to lier husband thus began :

« Adam , well raay we labour still to dress This garden , still to tend phuit, herb, and flower, Dur pleasant task enjoin'd; but, till more hands Aid us, ihc work under our labour grows, Luxurious by restraint; what we by day

*'o Lop overgrown, or prune, or prop, or bind, One night or two with wanton growth dérides, Tending to wild. Thou Ihcrefore now advisc,

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