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El Dieu même , el la morl dont il nous épouvante ? Le remède du mal, c'est vous, céleste plante , f;'est vous, arbre divin, c'est votre aimable fruit Dont la beauté me plail , dont l'odeur me séduit , Dont le palais chérit la douceur savoureuse , Et qui répand dans lame une lumière heureuse! Allons, plus de délais, cueillons re fruit charmant, Du corps et de l'esprit immortel aliment. »
Elle dit , et soudain , ô forfait lamentable ! Sur le fruit tentateur porte une main coupal)le , Le saisit , le dévore. A peine il est cueilli , D'épouvante et d'horreur la terre a tressailli. La nature en ressent la blessure profonde, Et marque par son deuil la ruine du monde. L'adroit serpent s'enfuit, et dans les antres creux Va cacher, en rampant, son triomphe honteux. Mais Eve avec transport admire sa conquête, Et de ce jour affreux se fait un jour de fête. Jamais aucun des fruits, trésors de ces beaux lieux , Ne lui parut si doux ni si délicieux; Soit que de son nectar la saveur délectable Eût rempli tous ses sens d'un plaisir véritable; Ou soit que du savoir l'impatiente ardeur Eut séduit sa raison, eût abusé son coeur; Et que d'un rang divin la perfide promesse Flattât de son orgueil l'ambitieuse ivresse.
Elle revient à l'arbre , hélas ! et ne sait pas Que l'arbre du savoir est celui du trépas. Enfin, dans les transports où son ame se noie, Ivre de ce doux suc, et d'espoir, et de joie :
« Arbre divin, dit-elle, arbre trop ignoré, Non, Dieu n'a pas en vain produit ton fruit sacre, Cependant de tes biens l'abondance perdue A tes bras dédaignés dcmeuroit suspendue.
L'nder this ignorance of good and evil,
Of God or death, of law or penalty?
Hère grows the cure of ail, tliis fruit divine,
Fair to the eve, inviting to the laste,
Of virtue to make wise. What hindcrs thcn
To rcach , and fecd at once bolh body' and miod?»!
'80 So sayiog, hcr rash hand in evil liour
Forth reaching to tbc fruit, she pluck'd, s!ie eat ! Earth felt tbe wound ; and nature from her seal, Sighiug through ail ber works, gave signs of «oc. Tbat ail was lost. Back to the tbicket slunk Tbe guilly serpent; aod well migbl; for Eve, Intent now wbolly on hcr tasle, nougbt cise Rcgarded; sucl: deliglil till tbcn, as seem'd. In fruit she never tastcd, wbcthcr true Or fancied .so , tbrougb expeclalion bigh
790 Of knowledge; nor was godliead from lier tlioiiglit, Greedily she' ingorg'd witbout restrainl. And knew not cating dcalb. Saliatc at lenglh And heigbten'd as witii wine, jocund and boou , Tbus to berself she pleasinglv began :
"O sovran, virtuous, precious of ai! trccs In paradisc! of opération blest To sapiencc, iiitbcrto obscur'd, infara'd, Aud thy fair fruit let hang, as to no end Crcatcd; but henceforth mv cariv care,
800 ^'l1t wiîhout song, cacb ruorning, and duc praisc.
Mais, j'en jure le ciel ; de leurs riches fardeaux ,
Chaque jour me verra soulager tes rameaux,
Jusqu'à ce que la douce et sainte nourriture
M'ait fait des immortels partager la nature.
D'un trésor qu'ils n'ont pas, les dieux semblent jaloux
Ah! s'il étoit leur bien, seroit-il parmi nous.^
Et loi , ma bienfaitrice, utile expérience,
Salut ! je te dois tout , je te dois la science :
Je l'ignorai long-temps; tu parus, et par toi
La porte de son temple est ouverte pour moi.
« Peut-être aussi ( du ciel la distance est extrême ^ Aux yeux des immortels j'échappe ici moi-même : Ils ne peuvent d'en-haut nous apercevoir tous; Peut-être aussi que Dieu, ce surveillant jaloux. Laissant à d'autres yeux cette pénible lâche , D'une- longue rigueur un moment se relâche, El s'occupe de soins plus pressants ou plus doux. Mais comment retourner .' que dire à mon époux ' Dois-je lui révéler ma fortune nouvelle, Partager avec lui le sort d'une immortelle , Ou garder pour moi seule un bien si précieux .' Alors ce qu'à mon sexe ont refusé les cieux Est compensé sans doule; alors, et je l'espère. Au cœur de mon époux je deviendrai plus chère. Eve aura moins souvent besoin de son appui ; Je pourrai quelquefois marcher égale à lui. Prétendre aux mêmes droits , et peut-être à l'empire. Que dis-je 1 quels pensers un fol orgueil m'inspire ! Qui ? moi désobéir ! Cher époux , es! -ce à moi D'oublier un respect dont tout me fait la loi; D'oublier mon devoir.^ Ah ! si Dieu, notre maître, Voyoit Eve coupa!)le, Eve cesseroit d'être; Et si je n'étois pas , ô regret ! ô douleuw ! Une autre Ère viendroil consolei- ton malheur.
Sball tend thce, and the fertile burdcn ease Of thv ftdJ brancbcs offer'd frce to ail; Till, dieted by thce, I grow mature In knowledge, as ihe gods, who ail tbiogs ki'.ow ; Tbougb otbers envy wbat they cannot give : For, bad tbe gift bcen tbcirs, il bad not hcre Tbus grown. Expérience, next, to thce I owe, Best guide; not l'ollowing thce, I bad rcmain'd In ignorance; ihou opca'st wisdom's way
8io And giv'st acccss, tbougb secret she retire.
«And 1 perbaps ax secret: beaven is bigh, Higb, and remote to see frora ihence distinct Each tiiing on earth ; and other care perbaps May bave divcrted frora continuai walch Our great forbidder, safe witb ail bis spies About bim. But to Adam in what sort Sball I appear? shall 1 to bim make known As yct my change, and give bim to partake Full hafvpiness witb me; or ratlier not,
fîo But kccp the odds of knowledge in mv powcr Witbout copartner? so to add what wanls In female scx, tbe more to draw bis love. And render me more cqual; and perbaps, A tbing not undcsirable, somctime Superior; for, inferinr, who is frce?
Tbis mav be well : but what if God bave And dcath cnsuc! ihcn 1 sball be no more!
PARADIS PERDU
(;'eii est fait , cher cpoiw ; partage avec ta femme La joie, et, s'il en est, les peines de mon ame; Adam est mon bonheur, Adam est tout pour moi : Cher Adam, Ions les maux me sont chers avec toi : Absent, lu manfjues seul à mon ame ravie; Oui , si je perds Adam , que je perde la vie ! »
Alors, après avoir rendu grâce à genoux A cet arbre, à ces fruits qui lui semblent si doux , Ou plutôt à celui que son cœur s'imagine L'auteur de ces beaux fruits, de leur vertu divine , Elle part. Son époux, impatient d'amour, Avec empressement atlendoit son retour.
Il avoit, pour orner sa belle chevelure. Enlacé mille fleurs, doux prix de sa culture ; Sur son trône champêtre , ainsi de ses festons La rose pare encor la reine des moissons. Quels plaisirs se promet son ame impatiente! Combien ils seront chers, embellis par l'attente! Cependant , de ses maux sinistre avant-coureur, Je ne sais quel effroi trouble en secret son cœur; Il ne se contient plus, il marche au-devant d'elle; Il part, prend le chemin que son cœur lui rappelle, Ce chemin du bosquet où , la suivant des yeux , Par un tendre regard il lui fit ses adieux. Eve dans ce moment quiltoit l'arbre funeste ; Au lieu des instruments de son labeur agreste, O douleur ! dans ses mains il voit les pommes d'or, Et la branche où pendoit ce perfide trésor : L'air en est embaumé. Brûlant d'impatience, Eve hàle ses pas; et, s'excusanl d'avance. De loin son doux sourire et son tendre regard Demandent les premiers pardon de son retard , Puis, d'un acceni plus doux qu'un ruisseau qui murmure :
« Cher époux, que te voir, dit-elle, me rassure!
And Adam, wedded to another Eve, Shall live with hcr enjoyin^, I cxtinct;
83o A death to ihink! confirm'd theu I résolve, Adam shall sliare with me in bliss or woc: So dear 1 love him , that with him ail dcatiia I could endure, without liim livv, no life. »
So saying, from tlie tree her step she turn'd: But first low révérence donc, as to ihe powcr That dwclt within, whose présence had infiis'd Into the plant scicntial sap, deriv'd From nectar, drink of gods. Adam the whilc, Waiting desiious hcr return , had wove
S'io Of choicest flowers a garland, to adora Her tresses , and her rural labours crown ; As reapers oft are wont their liarvcst-queen. Grcat joy he proiuis'd to his thoughts, and new Solace in her return , so long delay'd: Yet oft his heart, di\ine of something ill, Misgavc him : hc the faltcring mcasure feit. And forth to meet her weut, the wsy she took That raorn when first they parted : by the tree Of knowledge hc must pass; there he her met,
3^0 Scarcc from tl)e tree rcturning: in her haud A bough of fairest fruit, that downy sniil'd, New galher'd, and ambrosial smell diffus'd. To him she hasted; in her face excuse Caoïe prologue, and apology toc protnpl,
Mes délais n'onl-ils pas affligé ton amour ?
Ah ! que le mien vers toi devançoit mon retour !
Que le temps paroît long à la tendresse absente!
Que mon ame a souffert , loin de toi languissante !
Dès ce jour, c'en est fait, je ne te quitte pas ;
Je vivrai sous tes yeux, marcherai sur tes pas;
Me préserve le ciel d'abandonner encore
L'ami qui me protège, et l'époux que j'adore!
Il m'en a trop coûté. Mais apprends quel hasard.
Ou plutôt quel prodige, a causé mon retard :
Cet arbre qu'on nous peint comme fatal au monde.
Non, il n'est point du mal l'origine féconde,
Non, crois-moi; ce beau fruit, qu'on dit pernicieux,
Illumine notre ame et nous ouvre les cieux :
Le serpent l'éprouva. Soit erreur, soit audace ,
Malgré l'arrêt de mort dont le ciel nous menace ,
Il a goûté ce fruit : loin de subir la mort ,
Ce reptile ennobli s'applaudit de son sort.
Né sans voix , sans raison , il parle ; et la science
Elève son instinct à notre intelligence.
Sur la foi du succès j'ai suivi son conseil ;
J'ai fait la même épreuve , et l'effet est pareil.
Mes yeux sont plus perçants , ma raison plus hardie ;
Devant moi des objets la scène est agrandie.
Mon cœur est plein d'espoir, mon esprit plein de feu,
Mes pensers sont d'un ange, et mes destins d'un Dieu.
Chei époux ! j'ai pour toi cherché ces avantages :
Mes plaisirs les plus doux sont ceux que lu partages.
Avec toi le bonheur a des charmes plus doux ;
Et puis-je rien aimer que n'aime mon époux !
Prends cette pomme, Adam, pour toi je l'ai cueillie ;
Ainsi que même attrait , que même sort nous lie :
De biens et de penchants douce conformité J
Cas destins si brillants, celte immortalité,
Which, with bland words at wili, she ihus address'd ;
« Hast thou not wondcr'd, Adam, at my stay ? Thce 1 bave miss'd, and thouglit it long, depriv'd Thy présence; agony of love till now l\ot felt, nor shall be twice; for never more
sfio Mcao I to try, what rash untricd I sought,
The pain of absence from thy sight. But strange Hath been the cause, and wondcrful to hear : This tree is not, as we are told, a tree Of danger tasted, nor to evil unknown Opening the way, but of divine effect To open eyes, and make ihera gods who tastc; And hath been tasted such ; the serpent wisc , Or not restrain'd as we, or not obeying, Hath eaten of the fruit; and is become,
870 Not dead, as we are threaten'd, but thenceforlh Endued with human voice and human sensé Heasoning to admiration; and with me Persuasively hath so prevail'd, that I Hâve also tasted, and bave also found The' effects to correspond; opener mine eyes. Dira erst; dilated spirits, ampler heart. And growing up to godhead; which for thee Chiefly I sought, without thee caa dcspise. For bliss, as thou hast part, to me is blisg;
f.80 Tedious, unshar'd with thee, and odious sohu Thou therefore also taste, that cqual lot