LIVRE X
« Après tant de bonheur, eh quoi ! tant d'inforliuu s ; Fuyez, de mes plaisirs images imporluues ! Le voilà donc ce monde autrefois si charmant ! Et moi, dont la présence en éioit l'oruement, Voilà mon sort ! Du ciel l'amour se change tn hiùiie; Comme il versoit la joie, il nous verse la peine. Je fuis devant ce Dieu dont la céleste voix, Dans ces lieux enchanteurs, me charma tant de fois: Sa haine de mon crime est le juste salaire. Ah ! que ne peut la mort terminer ma misère ! Mais ce trépas si doux et si bien mérité , riniroit-ii les maux de ma postérité ?... Non. non; mes descendants, leurs fils, toute ma race , Doivent de mes malheurs perpétuer la trace. Ovoix que j'entendis avec un doux transport : Croissez! multipliez! Et pour qui? pour la mort. De mes maux renaissants victime héréditaire, Chaque âge maudira l'auteur de sa misère : Il faut attendre , au lieu de bénédictions , "Un concert de douleurs et d'imprécations. O plaisirs passagers, suivis de longs supplices!
« O Dieu ! t'avois-je donc demandé ces délices ? Ne m'as-tu donc comblé de richesse et d'honneur, Que pour me renverser du faite du bonheur ? Fallo!t-il dans mes traits, ton plus parfait ouvrage, Pour l'effacer toi-même imprimer ton image.' A mon limon poudreux n'as-tu pu me laisser .•* Ce qu'on a pu vouloir, on y peut renoncer : Reprends ces biens cruels, ces dons que je délesie.
And, in a'troubled sea of passion tosl, Thus to disburden sought with sad cuiiipluiiil:
720 «O misérable of bappy! Is this ihe ciid
Of this new glorious world: and me, so laie The glory of that glory, who now becomc Accurs'd, of blcssed? bide me from tho face Of God, wbom to bcbold was tbcu my iiiglitii Of bappiness! — Yet -wcU, if hère would cud The misery; I deserv'd it, and wouid bear My own deservings; but ibis will not serve: Ali tliat 1 eat or drink, or sball beget, Is propagated curse. O voice, once heard
730 Deligbll'uliy , Increase and mullipljr;
ISow dealh to bear! for wbat eau 1 lucrcasc, Or miilliply, but curses on ray hcad?
Who of ail âges lo succecd, but, fecliog Tiic evil on bim brought by me, will curse My hcad? III fare our anccstor impure; For this we may Ihank Adam! but bis ibauks Sball be ihe exécration: so, besidcs Mine own that bide upon me, ail frora me Sball with a fierce reflux ou me reboiind ;
140 On me, as on their natural centre, light Heavy, thougb in their place. O fleetiug jovs Of para^ise, dear bougbt with lasling woes! « Did I requesl thee , Maker , from my clay To mould me man ? did 1 solicit thec Frora darkness lo promote me, or Iiere place lu this delicious garden? As my will Concurr'd not to my bcing, it were but light Atid equal to reduce me to my diist; Oesirnus to rcsign and rendcr back
t5o au I recciv'ii; uuable lo pcifurru
Pourquoi m'afQigcas-tu de ce bonheur funeste ^ Quand de le conserver tu m'imposas la loi , Devois-tu sans secours m'abandonner à moi ? Le perdre n'esl-il point assez pour ta justice ? Faul-il y joindre encore un éternel supplice.' Ah ! que dis-je .' et comment osé-je l'accuser .•• De tes bontés encor n'est-ce pas abuser,' A ces conditions je reçus la naissance, J'acceptai le bienfait... j'en dois la récompense. A son père en courroux un fils dénaturé Diroit-il : Du néant pourqtioi m'as-tu tiré ? Je ne t'en priois pas. Et cependant son être Est le fruil du hasard, et ton choix m'a fait naître. Ah! mon ingratitude en fait enfin l'aveu. Oui , mon crime est de moi, le bienfait est de Dieu : De ses dons méconnus je dois porter la peine. O terre, engloutis-moi ! sauve-moi de sa haine ! Que je puisse à jamais , dans ion sein maternel, M'endormir doucement d'un sommeil éternel! Que je ne tremble plus sous sa main foudroyante ! Loin de moi les éclats de sa voix effrayante ! Ole-moi du passé le cruel souvenir, Et la douleur présente et les maux à venir; Ces maux qui , sur le monde étendant ma misère. Dans ses derniers neveux iront punir leur père! Ah ! quand ari-iveront ces fortunés instants .' Faut-il souffrir sans cesse, et mourir si long-temps ! O mort ! exauce-moi !
Mais un doute me reste :
Thy terms too bard, by wbich 1 was to hold Tlie good 1 soughl not. To ihe loss of that, Sufficicnt penalty, why hast thoa added The seusc of cndlcss woes? Inexplicable Thy justice seems; yet, to say truth, too late I thus contcst; then sbould bave been rcfus'd Those terms, whatever, when tbey were propos'd: Thou didst accept ihcm: wilt tbou enjoy ihe guod, Then cavil the conditions ? and thougb God
^^•o iMade thec without thy leave, wbat if thy son Provc disobedient; and, rejirov'd, retort, Whcrefore didst thou bcget me? I sought it not: Wouldst thou admit for bis contempt of thee That jiroud excuse? yet bim not thy élection. But natural necessity, begot.
God made thee' of choice bis owd, aod of bis own To serve bim; tin- reward was of bis grâce; Thy punisbment then juslly' is at bis will. Be it so, for I submit; bis doom is fair,
77° That dust I am, and sball to dust return: O welcome hour wbenever! Why delays His hand to exécute wbat bis decrce Fix'd on this day? Why do I overlive?
Why am I mock'd with death, and Icngthcn'd out To dcalhless pain? How gladly would I mcct Mortalily my sentence, and be earth Insensible! dow glad would lay me down As in my mothcr's lap! There I should rest. And sleep secure; bis dreadful voice no nmre
7^ Would Ibunder in my ears; no fear of worse To me, and to my ofTspriug, would tormcut me With cruel expcclalion.
Vct ouc doubl
PARADIS PERDU
Mourrai-je loul cniier? et de ce feu ccUîsIe,
Qui de mon corps fragile auima le limon,
Est-il sûr que la mort éteindra le rayon ?
O doute épouvantable ! à quel trouble il me livre !
Quoi ! même en expirant , je risquerois de vivre ,
Et je pcrdrois le jour sans jouir de la mort !
Que dis-je ? de mon ame écoutons le reniord :
Cette ame intelligente est seule criminelle ;
A ce corps innocent pourquoi survivroit-elle ?
Je mourrai tout entier. Quoi donc ! l'être fini
D'un supplice sans fin pourroit èlre puni !
La mort , pour venger Dieu , seroit donc inmiortelle !
Ce pouvoir passeroit sa puissance éiei-neHe :
Il le voudroit en vain ; par sa fiagilité
Mon être échapperoit à sa divinité.
Ce vœu démentiroit sa suldinie sagesse ;
Au lieu de son pouvoir, montreroit sa foiblosse.
Au-delà de ma cendre étendra-t-il ses coups ?
De vengeance affamé, conslant dans son courroux,
Youdroit-il, prolongeant son effroyable joie,
Ainsi que sa colère, éterniser sa proie ?
Contre un être mortel son pouvoir est borné ;
Par les décrets du sort lui-même est enchaîné.
Mais si , de son courroux renaissante victime ,
L'éternité sans fond m'ouvroit son noir abîme !...
L'éternité ! ce mot fait dresser mes cheveux,
El gronde autour de moi comme un tonnerre affreux.
Mon ame et cette argile, également punies,
Pour souffrir à jamais seroient donc réunies f
C'est peu, de mon destin triste fatalité !
Je lègue donc la mort à ma postérité !
Pursues me still, lest ail 1 cannot die; Lest ihat pure breatli of lile, tlie spiril of man Whicli God iDspir'd, cannot togcllier perish With ihis corporcal clod; tlien, in the grave. Or in sorae otlier disinal place, wbo knows But 1 shall die a liviug dcalh ? O tbought Horrid, if true! Yet why? It was but hreatb
790 Of life tbat sinn'd; wbat dies but wbat bad lije Aud sin? Tlie body propcriy bath neitber. AH of rac tben sball die; let ibis appease Tlie doubt, since bunian reacb uo lurllier knows: For tliougb tbc I^ord of ail be infinité, Is his wTutb also? Bc it, man is not so. But morlal duom'd. llow can lie exercise Wratb witliout end on man, wbom dealb musl end? Can be raake deatliless dcatb ? Tbat were to make Slrangc contradiction, wiiicb to God iiiiusclf
*"o Impossible is licld; as argument
Of wcakness, not o( power. Will be draw out. For auger's sake, finite to iutinilc.
In punisb'd man , to satisi'y bis rigour, Satisbcd never! Tbat werc to cxtend llis sentence bcyond dust and nature's law; By wbicli ail causes eisc, according still To tlie réception of tlicir matter, act; Mot to tbe' extent of tlieir owu si)bere. But sav • Tbat deatb be not one strokc, as J suppos'd,
*'o Bcreaving sensé, but endless miscry
From tbis day onward; wliicb 1 f'cel begtm Botb in me, and «itboiit me; aud so lasl
Que n'en puis-je épuiser la coupe tout entière. Et, sa première proie, être aussi la dernière! Mon nom seroit béni par mes derniers neveux ; Pourquoi les innocents seroient-ils malheureux ? Innocents ! le sont-ils ? non : de toute ma race Le levain de mon crime a corrompu la masse : Leur ame, leur esprit, leur cœur, leurs volontés. Sont autant de ruisseaux dans leur source infectés. « O ciel ! à tes rigueurs il faut donc se résoudre ! Mon aveugle raison est contrainte à t'absoudre ; Et même, en t'accusant, elle parle pour toi. Mais ce monde futur est malheureux pour moi ! Puisque seul, de ce Dieu j'ai bravé la défense, Si ce Dieu sur moi seul déchargeoit sa vengeance !... Que dis-tu , misérable .-* ah ! frémis d'un tel vœu ! Peux-tu soutenir seul tout le courroux d'un Dieu , Ce courroux, plus affreux que la foudre qui gronde. Ce courroux, plus pesant que la masse du monde .■* Ah ! quand de ce fardeau ta femme, par pitié, Coupable comme toi, porteroit la moitié, Pourriez-vous soutenir ce poids insupportable .-* Ainsi donc, ô douleur! ô destin lamentable ! Mes prières, mes vœux, mon espoir, mon effroi, Le passé, l'avenir, tout s'arme contre moi! Chef-d'œuvre du malheur, qu'en tremblant je contemple, Qui sera sans égal, et qui fut sans exemple ; Satan, Satan lui seul , ô remords ! ô tourment ! Aussi bien qu'en forfait, m'égale en châtiment. Conscience terrible ! inexorable juge ! Contre Dieu, contre moi, je suis donc sans refuge ! Dans un gouffre sans fin je m'enfonce avec toi ,r
To perpetuity: — Ay me! tbat fear
Cornes tbundering hack witb dreadful révolution
On my del'encelfiss head; botb dealb and 1
Are found eternal, and incorporate botb;
Nor I on ray part single; in me ail
Posterity stands cuis'd : fair patrimony
Tbat 1 must leave ye, sons! O, werc 1 abic
Sîo To waste it ail myseif , and leave ye uone! So disiuberiled, bow would y ou bless Me, now your cuise ! Ah, wby sbould ail raankinj. For one mau's fault, tbus guiltless be condenin'd , If guiltless? But from me wbat can proceed , But ail corrupt; botb mind and will deprav'd INot to do only, but to will tbe same Witb me? How can ihey ihen acquitted stand In sigbt of God?
« liini, after ail disputes, Forc'd I absolve : ail my évasions vain,
83o And reasonings , tbougli througb mazes, lead me still But to my own conviction : first and last On me, me only, as tbe source and spiing Of ail corruption , ail tbe blâme ligbts duo; So niiglit tbe wratb ! Fond wisb ! couldst thou sup|)orl Tbat burden, heavier tban tbe eartb to bear; Tban ail tbe world mucb heavier, tbougb dividcd With that bad woman ? Tbus, wbat thou desir'st. And wbat thou fear'st, alike destroys ail hopc Of refuge, and concludes thee misérable
**io Beyond ail past example and future;
'l'u Satan only likc both crime and dooin.
El l'abîme , en tombant , s'approfondit sur moi. » Dans le raime profond de la nuit ténébreuse, Tel Adam exbaloit sa plainte douloureuse ; Nuit effroyable, bélas ! qu'elle ressemble peu A ces charmaiiles nuits des favoris de Dieu, Qu'égayoit d'un veut frais l'iialeiue douce et pure ! La sombre borreur ajoute aux tourments qu'il endure : Décbiré de remords, sur la terre étendu. Il implore le coup, si long-temps suspendu. Qui doit linir ses maux en détruisaut son être: Il maudit mille fois le jour qui l'a vu naître. « Dieu puissant ! ton courroux, ou plulôt ta bonté, M'avoit promis la mort ; aurois-je en vain compté Sur ce triste bienfait? d'où vient que ta justice, Si je l'ai mérité, diffère mon supplice? Vainement de la mon j'invoque le secours : Toujours sollicitée, elle me fuit toujours; Elle est sourde à ma voix , et se rit de mes peines. O vallons ! à coteaux ! ô forêts I ô fontaines ! Où sont ces doux accents qu'ont redits tant de fois Les écbos de ces monts, la voûte de ces bois ? Vous ne répondez plus à mes cbants d'alégresse ; Témoins de mes plaisirs, ah ! vo\ez ma tristesse ! "
Tandis qu'Adam succombe an poids de son malheur, Eve , qui loin de lui renfermoit sa douleur, Accourt pour adoucir le tourment qui l'accable. Adam la voit venir: « Fuis, serpent détestable ! Lui dit-il d'un accent et d'un œil irrité; Oui , ce nom est le tien , tu l'as trop mérité : Le serpent fit mes maux, et tu fus sa complice; Ta lâche cruauté l'égale en artifice.
Que n'ai-je mieux connu tes perfides attraits ?
0 conscience! into wLat abvss of fcars
And horrors hast tliou driveu me; out of wliich
1 find no wav, froin deep to dceper plting'd ! >•
Tbus Adam to bimself iamentcd loud, Through ihe still night; nol now (as ère man fcll) Wholesome, and cool , and niild, but with black air Accompanicd; wilb daraps and dreadlul glooin; W bi(.'h to bis evil conscience representtd
8^° Ail tbings witb double terror : on tbc ground
Outstrctch'd he lav ; on tbc cold ground j aud ofl Curs'd bis création; deatb as oft accus'd Of lardv exécution, since dcauuuc'd The day of bis offcnce.
« Wby comcs net death , (Said hc) with one thrice-acccptabie strake To end me? Shall trulb fail to kccp lier word? Justice Divine not haslen to be just?
Rut deatb comcs not at call ; Justice Divine Mends not lier slowest pace for pravcrs or crics.
8*» O woods , O fountains, billocks, dales, aud howers I Wilb otber écho late 1 taught \our sliades To answer, and resound far otber song. »
Wbom tbus afflicted wben sad Eve beheld, Dcsolatc whcrc she sat, approaching nigh. Soft words to bis Gerce passion she assaN'd: But her with stern regard be tbus repcU'd : <■ Out of m v sight, thou serpent ! That narae bcst Délits thee with bim leagued; Ibvscif as false And hatcfui; nuthiiig wauts, but thaï thv sbapc,
Ainsi que son poison , que n'avois-tu ses traits ?
Hélas! sans ta beauté, cette beauté divine
Qui faisoit mon bonheur et cause ma ruine,
Mon cœur eût évité ton piège insidieux :
L'enfer est dans Ion cœur et le ciel dans tes yeux.
Beauté qui m'as séduit , et que mon cœur abhorre ,
Hélas! j'élois heureux; je le serois encore,
Si d'errer loin de moi l'indocile désir
Ne t'avoil fail ailleurs chercher un vain plaisir j
Si l'obslinalion d'un oigueil téméraire
Ne t'eût fail dédaigner un avis salutaire ;
N'eût fermé ton oreille à la tendre fraveur
Qui me parloit pour toi dans le fond de mon cœur !
Navois-je pas assez averti la foiblesse ?
Ta rebelle imprudence a vaincu ma sagesse.
Qui sait même, qui sait si tu ne voulois pas
Faire aux yeux de Satan triompher tes appas ,
Peut-être le tenter, le séduire lui-même ?
INIais de ladroi* serpent le fatal stratagème
Te jeta dans le piège; el moi, trop foible époux ,
Te laissai sans défense exposée à ses coups !
J'ai cru que la vertu, plus ferme, plus prudente,
D'un péril annoncé sorliroit triomphante.
Crédule, j'ignorois ( pourquoi me l'appris-tu ? )
Cond)ien est vain l'éclat de la fausse vertu !
Pounjuoi ton sexe ingrat , malheureux que nous sommcsl
Ignoré dans les cieux, regne-t-il chez les honmies ?
Le ciel ne pouvoit-il , de ses fécondes mains,
Comme les esprits purs , propager les humains ?
Ah ! pourquoi la nature , o Dieu ! vit-elle éclore
Ce sexe qui la pare et qui la déshonore ?
O sexe dangereux qui nous plais et nous perds,
S:o Like his, and colour serpentine, roav show
Thy iuward fraud ; to warn ail créatures from thce Ilenccforth : lest that too heavcnly form, preteodcd To bcllish falschood, snare them ! But for thee I bad persisted bappy : had not thv pride And wandcring vanity, when least was safe, Bejected luy lorewaruiug, and disdaiu'd ÎSot to hc trustcd; longing to be secn, Though by the devil hùuself; bim overwcenii;g To over-reach ; but, with tbc serpent mcetieg,
Sô'"" Foord and bcguil'd ; by bim thou, 1 bv ihee, To trust thee Irom my sidc; imagiu'd wise. Constant, mature, proof against ail assaults; Aud underslood not ail was but a show, Bïtbcr tban solid virtuc; ail but a rib Crooked by nature; bent, as now appcars, More to tbc part sioisler, from me drawu; \^"ell if ihrown ort, as supernumerarv To my just number found. O! wbv did God Creator wise, that peoplcd bigliest hcaveu
"9° With spirits masculine, create at last This novclty ou earth, ibis fair dcfect Of nature, and not fill the world at once With men, as angels, wilhout féminine; Or find somc otber wav to générale Maakiud? This mischief had not ihen hefaH'n, Aud more that shall befall, inoumerable Disturhances on earth tbrough female saares. And slrait conjuncttua with Uiis scx : for cilhcr
Que de maux vont par loi désoler l'univers ! L'intérêt marchandant des épouses vénales, Les refus des parents, les chaînes inégales. Le caprice au hasard assortissant les cœurs , Les superbes dédains , les fantasques humeurs , D'une altière beauté les hauteurs despotiques , L'aigreur empoisonnant les douceurs domestiques ; "Voilà quel sort attend d'infortunés époux ; Et par toi ces malheurs ont commencé dans nous. » Il dit , et se détourne : Eve alors fond en larmes , Ses beaux cheveux épars ajoutent à ses charmes; Elle tombe à ses pieds , embrasse ses genoux ; Et de l'air le plus humble et du ton le plus doux : €< Cher Adam, prends pitié de ma douleur extrême ! J'en atteste le ciel , qui sait combien je t'aime , Et pour toi quel respect est gravé dans mon cœur. Ma faute fut bien moins un crime qu'une erreur : L'imprudence la fit , que le remords l'efface ! Vois mes larmes couler sur les pieds que j'embrasse ; Assez de maux sur moi tombent de toutes paris ; Ne me refuse pas tes consolants regards ; Toi seul es mon conseil , mon guide , ma ressource : D'un reste de bonheur ne ferme point la source. Dans ce monde désert tout me glace d'effroi ; Ah ! ne repousse point un cœur qui vient à loi ! Où fuir, si mon époux me défend de le suivre .'' Peut-être nous n'avons que peu d'inslanis à vivre ; Ah! qu'aujourd'hui nos vœux et nos cœurs ne soient qu'un! Nous avons à lutler contre un danger commun : Cet ennemi du ciel , il est aussi le nôtre ; Pour le combattre mieux, liguons-nous l'un et l'autre; Pour la seconde fois ne nous séparons pas ; J'ai failli loin de toi, je vaincrai sur tes pas.
He never shall find out fit mate, but sucli 9"o As some raisfortune brings him, or niistakc; Or whom he wishes most shall seldom gain Through her perversencss, but shall sce her gain'd Bv a far worse; or, if she love, withheld By parents; or liis happiest choice too late Shall mect, alrcady liiik'd and wedlock-bouud To a fell adversapy, his hâte or sharae : Which infinité calamity shall cause To human life, and liousehold pcace confound. » He added net, and frora her turn'd; but Eve,
910 Not so rcpuls'd, with tears Ihat ceas'd not flowing. And tresses al! disorder'd, at his feet Fell humble; and, erabracing ihem, bcsought His peace, and thus proceeded in hex plaint. a Forsake me not thus, Adam! witncss llcavcn What love sincère, and révérence in mv lieart 1 bear thee, and unwecting hâve offended, Lnhappily deceiv'd ! Thy suppliant 1 beg, and clasp thy knecs : bereave me not (Whereou I live) thy gentle looks, thy aid,
920 Thy counsel, in this uttermost distress,
My only strengtli and stay : forlorn of ihce,
Whither shall 1 betake me, wherc suhsist?
While yet we live, (scarce one short hour pcrhaps)
Bctwecn us two let there be peace; bolh joining,
As join'd in injuries, one enraily
Againsl a l'oe l)y doom express assign'd us,
Hélas ! d'un double poids l'infortune m'accal>le : Je suis la plus à plaindre , étant la plus couiiable. Comme moi lu péchas contre le ciel ; et moi , Criminelle envers lui , je le suis envers toi. Aux lieux où l'Éternel prononça la sentence , J'irai , j'irai fléchir, s'il se peut, sa vengeance; Lui dire que moi seule ai provoqué ses coups, Que sur moi seule aussi doit tomber son courroux : Heureuse , s'il exauce un vœu si légitime , D'emporter en mourant le pardon de mon crime ! »
Elle dit , et sa voix expire dans les pleurs. Son maintien suppliant, ses remords, ses malheurs, Ses accents douloureux , l'aveu de sa foiblesse , Ont dans le cœur d'Adam réveillé la tendresse : Le doux ressouvenir fait parler la pitié. L'objet de ses désirs, sa plus chère moitié, Dont son amour naguère idolâtrait les charmes, Prosternée à ses pieds qu'elle baigne de larmes , Embrassant ses genoux , implorant son appui , Résolue à mourir s'il faut vivre sans lui , Ont insensiblement désarmé sa colère.
Il la fixe en silence , et d'un ton moins sévère :
« Imprudente ! dit-il , quelle nouvelle erreur Vient encor l'abuser d'un délire trompeur ! Tu veux seule , dis-tu, supporter la tempête; Contente-toi des maux qui pèsent sur ta tête. Comment peux-tu de Dieu soutenir le courroux, Quand tu ne peux souffrir celui de ton époux ? Tu ne vois que l'essai de nos longues misères : Si j'espérois d'un Dieu fléchir les lois sévères , Je te devancerois au lieu du jugement, J'appellerois sur moi tout son ressentimeni ; J'irois, m'humiliant sous sa main vengeresse,
That cruel serpent : on me exercise not
Thy hatred for this misery befall'n ;
On me alrcady lest, me than thyself 9^0 More misérable! Bolh bave sinn'd; but thou
Against God only; I against God and thce;
And to the place of judgment will return :
There with my cries importune Heaven ; that ali
The sentence, from thy head remov'd, may liglit
On me, sole cause to thee of ail this woe;
Me, me only, just object of his ire! »
She ended weeping; and her lowly plight
Imraovable, till peace obtain'd from fault .
Acknowledg'd and dcplor'd, in Adam wrouglit O'i" Commisération : soon his heart relented
Towards her, his life so late, and sole dcligiit,
Now al his feet submissive in distress; Créature so fair his rcconcilemcnt sceking, His counsel, whom she had displeas'd, his aid; As one disarra'd, his angcr ail lie lost. And thus with peaceful words uprais'd her sooti :
« Unwary, and too désirons, as before, So now of what thou know'st not, who desir'st The punishment ail on thyself; alas!
9^0 Bear thine own first, ill able to sustain
His full wrath, whose thou fccl'st as yet Icasl pari, And my displeasure bear'st so ill. if praycrs Could aller high dccrecs, I to ihal place \^'ould specd before thee, and be loiidcr hc.'d